Binance, bitFlyer, Coinbase… Les géants de la crypto foncent sur l'Europe

Binance, bitFlyer, Coinbase… Les géants de la crypto foncent sur l'Europe Les grands exchanges américains et asiatiques profitent du vide concurrentiel pour multiplier les annonces produit et les ouvertures de bureau.

L'espoir de voir émerger un Google ou un Facebook européen de la crypto est déjà anéanti. Du moins, dans l'univers des plateformes d'échanges de crypto-monnaies. Les plus gros exchanges crypto du monde sont, sans surprise, américains (Circle, Coinbase, Kraken…) et asiatiques (Binance, Huobi, OKEx). Valorisés plusieurs milliards de dollars, ils enregistrent des centaines de millions voire des milliards de dollars d'échanges chaque jour.

Or, après s'être bien installés sur leur marché respectif, ces plateformes mettent progressivement le cap sur l'Europe. "C'est le seul marché où il y a une masse critique, un pouvoir d'achat assez élevé et il n'y a aucun exchange établi comme au Japon, en Chine ou aux Etats-Unis. Cela représente une très belle opportunité pour un exchange étranger", résume William Piquard, ancien directeur Europe du hongkongais Gatecoin et fondateur du cabinet de conseil blockchain Atka. "L'adoption et la confiance des utilisateurs dans les crypto-monnaies continuent à croître sur le continent. Nous avons récemment mené une étude sur dix marchés européens qui a montré que plus de 50% des personnes interrogées considèrent que les crypto-monnaies existeront encore dans dix ans", atteste Andy Bryant, COO Europe de l'exchange japonais bitFlyer.

"Binance a beaucoup travaillé pour proposer les produits les moins chers en Europe" 

L'objectif commun de tous ces acteurs est évidemment de conquérir le plus de clients possible mais pas seulement sur le segment des particuliers. Coinbase a par exemple lancé un desk OTC en décembre 2018 en Europe, quelques semaines après son déploiement aux Etats-Unis. Cette structure permet aux gros acheteurs et vendeurs (investisseurs institutionnels, asset managers, fonds d'investissement…) d'échanger des volumes importants de crypto-monnaies. "Nous avons déjà des clients européens mais nous souhaitons faire connaître encore plus le desk OTC car le marché européen a beaucoup de potentiel", souligne Andrew Robinson, en charge du développement de Coinbase Institutional, la branche pro de l'Américain qui comprend l'OTC, l'exchange pour les investisseurs professionnels (Coinbase Pro) et Coinbase Custody, un système de stockage de cryptos pour les institutionnels. La plateforme américaine ne révèle pas le nombre de clients européens ni leur identité. Selon nos informations, un acteur français de la crypto est client de l'OTC.

Même stratégie chez Circle, qui tire la majorité de ses revenus de son activité aux professionnels. "De plus en plus de sociétés d'investissements aux Etats-Unis, en Europe ou en Asie investissent dans le top 20 des crypto-monnaies. Nous réalisons des milliards de dollars de transactions chaque mois", a indiqué au JDN il y a quelques mois Jeremy Allaire. La jeune société doit également lancer son produit grand public en Europe, qui viendrait directement concurrencer Coinbase, mais celui-ci tarde à venir…

Binance se positionne davantage sur le marché des particuliers sur le Vieux continent. Fin 2018, il a lancé un exchange européen qui permet d'acheter et de vendre des bitcoins et ethers en euros et en livres sterling. Pour concurrencer ses alter egos américains, le Hongkongais mise sur sa marque de fabrique, à savoir des commissions faibles : 0,1% contre au minimum 1,49% chez Coinbase par exemple. "Depuis le lancement, on a beaucoup travaillé pour être le moins cher sur le continent car c'est un critère très important pour les gens et parce que nous voulons rendre nos produits les plus accessibles possibles", souligne Wei Zhou, CFO de Binance. "Nous espérons ajouter d'autres devises cette année", ajoute-t-il.

Respect de la réglementation

Pour s'installer sur le Vieux continent, il ne suffit pas de développer des versions françaises, italiennes ou allemandes de sites et d'ajouter l'euro à sa liste de devises acceptées. Il faut un agrément de monnaie électronique ou une licence crypto (très peu de pays européens en fournissent). Les critères pour obtenir ces graals varient selon les pays européens. Certains Etats sont plus laxistes que d'autres, comme Malte, Chypre ou Gibraltar. Cette facilité n'attire pas forcément les acteurs qui attachent de plus en plus d'importance à la compliance et aux règles d'anti-blanchiment.

"La licence locale proposée par Malte ne représente pas une solution harmonisée pour le reste du continent"

"La licence locale proposée par Malte ne représente pas une solution harmonisée pour le reste du continent, et la plupart des acteurs qui possèdent cette licence interprètent ses dispositions selon leurs propres termes", fait remarquer Andy Bryant, qui pilote les activités de l'exchange japonais bitFlyer depuis Luxembourg. "Nous considérons que la technologie blockchain nécessitera à long terme un alignement entre juridictions sur son cadre légal. Il sera intéressant de voir comment les licences locales telles que celle proposée par Malte s'adapteront à ce nouveau cadre", ajoute-t-il.

Ce n'est pas l'avis de Binance qui a fait le choix d'installer sa récente activité européenne à Jersey. "On cherche des endroits où il y a de la clarté en termes de régulation et de la certitude en termes de business. C'est le cas de Malte et Jersey. Par exemple, Jersey a été la première juridiction qui a autorisé les fonds en bitcoin, il y a donc un cadre clair. En tant qu'entreprise, vous pouvez investir et grandir sans avoir à vous inquiéter de changements ", se défend le directeur financier de Binance.

L'attractivité française

D'autres plateformes, en majorité américaines et japonaises, choisissent des juridictions "plus strictes" comme le Royaume-Uni, l'Irlande ou le Luxembourg qui ont aussi des atouts linguistiques et fiscaux à faire valoir. "On s'assure d'opérer de façon compliant avec toutes les régions du monde où nous sommes présents", expose Andrew Robinson. Coinbase détient un agrément britannique, un bureau à Londres et depuis fin 2018 un bureau à Dublin (Brexit oblige). Circle est aussi présent dans ces deux capitales mais réfléchit activement à s'installer en France. Son patron pour l'Hexagone nous a confié il y a quelques mois avoir entamé des démarches auprès de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et de l'Autorité des marchés financiers (AMF).

Plusieurs exchanges ont désormais des vues sur la France, notamment depuis l'adoption de la loi Pacte qui comprend un agrément optionnel pour les prestataires de services sur actifs numériques (PSAN), dont les exchanges. Pour être PSAN, il faut être domicilié en France. "On peut donc se demander si Coinbase, qui a un agrément britannique, va demander un agrément en France", glisse Brian O'Hagan, directeur marketing du courtier français Coinhouse. L'exchange ne commente pas cette hypothèse. Binance a aussi dans son viseur la France et a prévu de faire une annonce dans les jours ou semaines à venir. "Nous parlons à des partenaires français", acquiesce Wei Zhou. "Nous avons besoin de partenaires locaux dans les régions dont on ne comprend pas la langue et la culture. Sans cela, on ne réussira pas à faire connaître davantage Binance." A défaut d'avoir un champion français de la crypto, l'Hexagone saura-t-il devenir un hub européen ?

Liste non exhaustive des exchanges crypto implantés en Europe
Exchange (pays d'origine) Siège européen Autres bureaux en Europe Bureau en France
Binance (Hong-Kong) Malte Non Non
BitFlyer (Japon) Luxembourg Non Non
Bithumb (Corée du Sud) Londres Non Non
Circle (Etats-Unis) Dublin Londres, Paris Oui
Coinbase (Etats-Unis) Londres Dublin Non
Huobi (Singapour) Londres Non Non
OKEx (Hong-Kong) Malte Non Non
ZB (Chine) Malte Non Non

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