Le Haut Conseil pour le climat alerte sur l'impréparation de la France face aux impacts du changement climatique

Le Haut Conseil pour le climat alerte sur l'impréparation de la France face aux impacts du changement climatique Le rapport annuel du HCC pointe l'accélération du réchauffement, l'insuffisance des politiques actuelles et la nécessité d'un sursaut collectif et d'investissements accrus.

"La France n’est pas prête à faire face aux impacts du changement climatique." Tel est le constat dressé par le Haut Conseil pour le climat (HCC) dans son huitième rapport annuel, publié ce jeudi 9 juillet 2026. L’instance chargée d’évaluer les politiques climatiques de la France alerte sur l’insuffisance de la préparation du pays alors que les effets du réchauffement s’accélèrent et s’intensifient. Ce rapport intervient alors que la France connaît une succession de vagues de chaleur et des conditions de sécheresse rares propices aux incendies, illustrant la "période tragique" évoquée par Jean-François Soussana, président du HCC, lors d’une conférence de presse.

Une accélération du réchauffement en France

Le HCC acte le "rythme record du réchauffement planétaire", qui atteint 1,4 °C par rapport à la période préindustrielle (1850-1900). Dépasser 1,5 °C de réchauffement d'ici à quelques années est "désormais inévitable", a rappelé la climatologue Valérie Masson-Delmotte, membre du HCC. En France métropolitaine, le réchauffement atteint déjà 2,2 °C, voire 2,9 °C en été. "Nous entrons dans une zone dangereuse, notamment parce que des températures dépassant 40 °C, extrêmement rares au XXe siècle, touchent désormais une large surface de l'Hexagone et se produisent de plus en plus fréquemment en 2025 et 2026", note la scientifique. Le rapport souligne que "tant que les émissions mondiales de CO2 ne seront pas à zéro net, le climat continuera à se réchauffer et les vagues de chaleur à s'intensifier".

Le rythme de baisse des émissions de gaz à effet de serre en France a marqué le pas en 2025, avec une diminution de seulement 2,1% par rapport à 2024. Pour respecter le troisième budget carbone (2024-2028) de la France, ce rythme doit au moins doubler pour atteindre en moyenne plus de 4% par an en 2026, 2027 et 2028. Le secteur des transports reste le premier contributeur aux émissions territoriales (34% des émissions). Le HCC constate également que le puits de carbone forestier "s'est fortement dégradé sous l'effet" du changement climatique.

Les investissements verts publics et privés ont progressé de 50% en dix ans, mais ont reculé de 5% en 2024, alors que les investissements fossiles restent stables (70 milliards d’euros par an). Le fonds vert a été amputé de 20% dans le PLF 2027, ce qui limite la capacité des collectivités locales à mettre en place des actions prioritaires d’adaptation. Les aides aux ménages modestes, telles que MaPrimeRénov’, le leasing social de véhicules électriques ou de pompes à chaleur, sont aujourd’hui "largement sous-dimensionnées". La "justice sociale est essentielle", rappelle Jean-François Soussana.

Le HCC insiste sur l'urgence de "changer d'échelle l'action d'adaptation", car nos infrastructures et nos activités se sont développées "dans un climat qui n'existe plus". Le plan national d'adaptation lancé l'an dernier anticipe une France à 4 °C d'ici à 2100, mais le HCC recommande de compléter cette trajectoire par des scénarios d'éventualités à haut risque, plus "pessimistes". Le rapport souligne que les impacts du réchauffement sont déjà violents et que la France doit renforcer son cadre réglementaire, notamment sur les logements dangereux en cas de fortes chaleurs, et faire évoluer les règles d'urbanisme pour mieux protéger la population.

Le HCC appelle la France à "prendre ses responsabilités pour protéger sa population" et à adapter ses politiques à la nouvelle réalité climatique. Il préconise une planification budgétaire pluriannuelle pour l’action climatique, rappelant que le coût de l’inaction serait bien plus élevé que celui de la transition.