Jean Castex annonce le départ de Christophe Fanichet de la présidence de SNCF Voyageurs et modifie la gouvernance de la filiale

Jean Castex annonce le départ de Christophe Fanichet de la présidence de SNCF Voyageurs et modifie la gouvernance de la filiale Le PDG de SNCF Voyageurs, Christophe Fanichet, va quitter ses fonctions, remplacé par un duo de dirigeants, dans un contexte de réorganisation stratégique du groupe ferroviaire.

Jean Castex modifie la gouvernance de SNCF Voyageurs et se sépare de son patron, Christophe Fanichet. Le PDG de SNCF Voyageurs, la puissante filiale du groupe ferroviaire, va quitter ses fonctions, a annoncé M. Castex, mardi 21 juillet aux équipes dirigeantes de l'entreprise. Il sera remplacé par un duo de vétérans de la maison qui se partageront ses fonctions : la présidence ira à l'actuel directeur général délégué stratégie et finances du groupe, Laurent Trevisani ; la direction générale à Jean-Aimé Mougenot, directeur délégué TER. Cette dissociation des fonctions de président et de directeur général est perçue comme un affaiblissement de la plus puissante des filiales de l'entreprise au profit du groupe SNCF.

M. Fanichet reste pour l’heure aux manettes de la filiale qui exploite les trains de voyageurs. Son départ se fera "prochainement", le temps que le conseil d’administration avalise la décision de M. Castex.

Un bilan solide mais des divergences stratégiques

M. Fanichet occupait ce poste depuis 2020, année où la concurrence longtemps redoutée est devenue réalité. C’est à cette date que les premiers trains italiens ont commencé à rouler sur le réseau à grande vitesse et que les appels d’offres pour les lignes dites conventionnées (les TER et les Intercités) ont été lancés. SNCF Voyageurs a remporté 11 des 15 appels d’offres, les trains n’ont jamais été aussi pleins et le chiffre d’affaires (20,9 milliards d’euros en 2025) comme les bénéfices sont en forte hausse. Et, vante-t-on dans son entourage, jamais il n’y avait eu aussi peu de grèves au sein de l’entreprise.

Dès l'arrivée de M. Castex à la tête de l'entreprise ferroviaire, des divergences stratégiques étaient apparues. M. Castex a montré une ardeur toute relative à plonger l'entreprise dans l'ère de la concurrence, alors qu'il était reproché à M. Fanichet, notamment par les syndicats, son volontarisme, au risque de fragiliser l'unité du groupe.

Depuis la réforme ferroviaire de 2020, les filiales du groupe SNCF s'étaient largement autonomisées. M. Castex a semblé vouloir reprendre la main sur elles. La dissociation des fonctions de président et de directeur général est perçue comme un affaiblissement de la plus puissante des filiales de l'entreprise au profit du groupe SNCF.

La direction de la SNCF a annoncé au Monde qu'un nouveau poste en interne a été proposé à M. Fanichet dont "le professionnalisme n'est pas contestable et qui garde toute la confiance de Jean Castex". "Jean Castex a souhaité faire évoluer la gouvernance de SNCF Voyageurs pour faire face aux enjeux importants que sont la qualité de service, les services librement organisés [les TGV soumis à une concurrence], la maintenance et la distribution", a ajouté la direction.

Fin du projet "Destination 2030" et nouvelle feuille de route

M. Fanichet travaillait depuis près d'un an à une grande transformation de la société anonyme dont il est PDG, appelée "Destination 2030" ou "D30" en interne. L'idée était de séparer dans deux entités distinctes les équipes gérant les trains conventionnés et celles travaillant dans les TGV, où la concurrence est librement organisée, et qui fonctionnent sans intervention ni subvention de la puissance publique. Ce plan aurait dû être effectif au printemps. M. Castex l'avait suspendu jusqu'en juillet. Il le met définitivement à la corbeille en même temps qu'il se sépare de celui qui l'a conçu. "Jean Castex a considéré que D30 ne répondait pas aux enjeux actuels de l'entreprise", fait savoir la direction.

Selon nos informations, M. Mougenot a pour mission de plancher sur un nouveau plan stratégique qu'il devra soumettre à M. Castex d'ici à la fin de l'année, pour allier "performance, décentralisation et unité du groupe ferroviaire". Ce cheminot de 68 ans, pur produit maison, bénéficie d'une bonne image auprès des agents de la SNCF, qu'il a côtoyés tout au long de sa carrière. En tant que directeur des TER, il a eu pour mission de superviser la création de filiales ad hoc – les "sociétés dédiées" dans le langage maison – chargées d'exploiter les lots TER ou Intercités remportés par SNCF Voyageurs.