Geely pousse Renault à renforcer leur alliance avec un nouvel investissement de 319 millions d'euros au Brésil

Geely pousse Renault à renforcer leur alliance avec un nouvel investissement de 319 millions d'euros au Brésil L'alliance stratégique entre Renault et Geely s'accélère au Brésil, avec un investissement majeur, une montée au capital de Geely et des perspectives d'extension en Amérique du Sud.

Le constructeur chinois Geely et le groupe français Renault accélèrent leur collaboration au Brésil avec l’annonce, mardi 15 septembre, d’un nouvel investissement commun de 319 millions d’euros à Curitiba, au sud de Sao Paulo. Cette enveloppe financera l’adaptation d’une ligne de production qui accueillera, dans un an, un nouveau SUV Renault hybride, dont l’essentiel (architecture, châssis, motorisation) provient de son partenaire chinois.

Ce nouvel investissement s'inscrit dans la continuité d'une première enveloppe de 580 millions d'euros, annoncée en 2025, qui a déjà permis à l'usine d'accueillir la construction de deux véhicules Geely. La fabrication du premier, un SUV hybride rechargeable (EX5), a débuté le 1er septembre et celle d'un modèle plus petit, 100% électrique (EX2), démarrera en fin d'année.

Geely monte au capital et vise l’expansion régionale

Fin 2025, leur alliance stratégique a conduit Geely à devenir actionnaire à 26% de la filiale de Renault au Brésil, rebaptisée pour l’occasion "Renault Geely do Brasil". Le groupe français accède ainsi à la technologie chinoise pour concevoir des véhicules plus rapidement. Renault s’est appuyé sur cette plateforme industrielle de Geely pour lancer son prochain SUV au Brésil. Son centre d’ingénierie, basé en Chine, l’a ensuite adaptée pour son modèle en seulement dix-huit mois, deux fois moins de temps qu’un développement en solo.

En contrepartie, Renault ouvre son réseau de 230 points de vente dans le pays à son partenaire chinois. A la fin de l’année, 80 concessions accueilleront des voitures Geely, avec un objectif de 200 d’ici à deux ans.

Leur alliance vise à résister à la déferlante des autres constructeurs chinois, qui ont cassé les prix, toutes gammes confondues, de 30% à 50% depuis deux ans. Absents du marché sud-américain en 2023, ils ont raflé 10% du marché la première année et réalisent aujourd’hui entre 20% et 25% des ventes de véhicules particuliers. Renault cherche à protéger ses 4,7% de part de marché, historiquement dominé par Volkswagen et Fiat. Le Brésil est le sixième pays du groupe et le troisième de la seule marque Renault (hors Dacia), derrière la France et la Turquie.

Geely veut rattraper son retard face à ses concurrents chinois, Chery, Guangzhou Automobile Group (GAC), Great Wall Motors et surtout son grand rival BYD. Tous cherchent à s'implanter au Brésil depuis que le gouvernement a porté, au mois de juillet, à 35% les droits de douane sur les importations de véhicules électrifiés.

Extension possible en Argentine et en Colombie

"Nous voulons devenir l’un des tout premiers acteurs au Brésil et dans toute l’Amérique latine qui est stratégique pour Geely", lance Victor Yang, vice-président du groupe, chargé de la marque et proche du fondateur, Li Shufu. Il précise : "Pour le moment, nous sommes concentrés sur le Brésil mais nous discutons d’autres opportunités." Le dirigeant vise les deux autres pays d’Amérique du Sud où Renault est aussi implanté.

"Nous discutons de l’Argentine et de la Colombie, confirme Fabrice Cambolive, qui pilote la croissance internationale du groupe français. Si cela se passe bien au Brésil, nous sommes ouverts à d’autres collaborations." Les deux partenaires pourraient signer un simple contrat de distribution des voitures Geely depuis l’usine de Curitiba, qui exporte 30% de sa production, ou créer de nouvelles coentreprises dans les deux pays, mais, à ce stade, rien n’est décidé.

Geely cible la Colombie, où Renault détient 14% de part de marché, pour rivaliser avec l’américain Tesla, qui mène une offensive remarquée. En Argentine, Renault verrait d’un bon œil de partager son usine située près de Buenos Aires, dont s’est retiré, fin 2024, son partenaire historique Nissan.

Perspectives industrielles et financières

A l'instar de ses concurrents chinois, Geely s'appuie sur deux marques dédiées à l'export, Zeekr et Lynk & Co, pour écouler ses surcapacités. Ces projets de développement nécessiteront de nouveau de lourds investissements ensemble, au prorata de leurs parts dans la coentreprise, soit les trois quarts pour le groupe français. Si Geely est prêt à financer davantage, son poids dans la filiale brésilienne "peut évoluer", reconnaît Fabrice Cambolive, qui temporise face à l'entrain de son partenaire.

Dans deux ans, Geely représentera environ un tiers de la production de l’usine de Curitiba, soit plus de 100 000 voitures. Renault produit plus de 300 000 véhicules pour ses cinq partenaires Nissan, Mitsubishi, Volvo, Ford et Geely, qui deviendrait ainsi le premier d’entre eux.