Deux offres de reprise industrielles jugées "intéressantes" pour Duralex

Deux offres de reprise industrielles jugées "intéressantes" pour Duralex Deux projets industriels sont en lice pour la reprise de Duralex, mais les salariés s'inquiètent de la perspective de nombreux licenciements.

Une audience technique s'est tenue, jeudi, devant le tribunal de commerce d'Orléans autour des trois offres de reprise de l'usine de verres de La Chapelle-Saint-Mesmin, en redressement judiciaire depuis le 1er juin. Une nouvelle audience est prévue le 12 octobre.

Selon Bercy, deux sont des offres "industrielles intéressantes". La première est portée par Cédric Meston, 32 ans, et sa holding Tomé. Cet ancien consultant chez McKinsey a cofondé l’entreprise Happyvore (qui propose des produits à base de protéines végétales) avant de la quitter pour se spécialiser, depuis deux ans, dans la reprise d’entreprises en difficulté. Après le rachat de Bluedigo (mobilier de bureau reconditionné) en 2024, de Tupperware France en 2025, et de Black Star, entreprise de pneus reconditionnés à Béthune (Pas-de-Calais) en juin, son projet pour Duralex prévoit "le maintien du site industriel et un réinvestissement significatif dans l’outil de production", affirme-t-il, le tout sans en appeler aux banques mais grâce à un tour de table "déjà sécurisé" auprès d’investisseurs privés.

La deuxième offre est portée par le petit groupe métallurgique stéphanois Carlesimo, dirigé par Jonathan Carlesimo, 30 ans. Il s’était déjà positionné sur Duralex lors du précédent redressement judiciaire, en 2024. Mais le tribunal lui avait préféré le projet de reprise en société coopérative de production (SCOP), avec le soutien de la région et de la métropole.

La troisième offre, qui semble ne pas s'intéresser à l'outil industriel mais à la marque, a été déposée par le groupe AA Investments, une société de gestion d'actifs basée à Hongkong, fondée en 2020 par l'homme d'affaires franco-iranien Morteza Goshayeshi et sa famille.

De lourdes suppressions de postes redoutées

L’enjeu-clé pour les salariés réside dans le nombre d’emplois conservés. Des 220 postes actuellement sur le site (contre 243 au début de l’année), AA Investments n’en garderait quasiment aucun. Le groupe Carlesimo en maintiendrait 125, soit une centaine de suppressions. Cédric Meston en conserverait environ 155, pour 70 départs.

Cette perspective suscite une vive inquiétude parmi les salariés. "En licenciant 70 salariés, je ne vois pas trop comment on peut faire tourner deux lignes de production, s’inquiète Pascal Colichet – le site en compte cinq mais pas plus de deux ont tourné ces dernières années. Même pour faire fonctionner une ligne, c’est juste." "S’il n’y avait que 70 licenciements, ce serait 70 de trop !, renchérit Pascal Sudre, secrétaire général de l’union départementale CGT du Loiret. On se battra pour que le projet reprenne la totalité des emplois et assure la pérennité du site."

Deux ans après son dernier redressement judiciaire, Duralex avait alerté sur sa trésorerie à la fin du printemps. La fragilité financière de la SCOP était connue – malgré le soutien de l’Etat et des collectivités locales, la société n’était, dès le départ, pas parvenue à réunir les 15 millions d’euros estimés nécessaires à sa reprise. Le succès d’une levée de fonds citoyenne, en novembre 2025 – 7 millions d’euros récoltés en quarante-huit heures – avait rassuré sur l’engouement pour la marque emblématique, et permis tous les espoirs.

Ils furent douchés au printemps par l’annonce du licenciement du directeur général François Marciano et de son fils, directeur financier, et le lancement d’un audit sur l’état de la trésorerie. Des salariés dénoncent aujourd’hui un "manque de transparence, malgré la SCOP. Tout était opaque."

L'audit financier a révélé "une situation critique et des erreurs de gestion, pas de malversation à première vue", indiquait encore le ministère de l'Economie au Monde le 10 septembre. Le parquet d'Orléans avait ouvert une enquête et déjà mené des perquisitions sur le site au début du mois de septembre.

Les candidats à la reprise de la verrerie Duralex avaient jusqu’au 6 août pour manifester leur intérêt et déposer une offre.