De la structuration à la prédiction, Manty donne du sens aux données des villes

De la structuration à la prédiction, Manty donne du sens aux données des villes L'IA de cette start-up structure les données des villes pour les rendre facilement accessibles et compréhensibles. Elle s'en servira à terme pour prédire l'efficacité des politiques publiques.

Les villes ont des données, beaucoup de données. Mais quel intérêt si elles sont incapables de les agréger pour leur donner du sens ? C'est la problématique que Manty, une start-up incubée au Founders Program de Station F, tente d'aider les collectivités à résoudre. Grâce à une intelligence artificielle spécialisée dans l'extraction d'informations, Manty est capable de structurer les données des villes provenant de différentes sources avec des formats disparates pour ensuite les présenter sous forme de tableaux de bord et permettre des requêtes en langage naturel (par exemple, "je veux la somme des factures de juin 2017"). La start-up a signé avec une dizaine de collectivités, principalement en Ile-de-France, dont Courbevoie, Clichy et Argenteuil.

Tableau de bord proposé par Manty (la base de données a été simulée). © Manty

Lorsque trois anciens camarades de Centrale Paris lancent Manty (Mantic Data à l'époque) en janvier 2017, ils ont de grandes ambitions : permettre aux partis politiques, à l'Etat et aux administrations de prédire l'impact de différentes politiques publiques grâce à l'IA. "Nous avons contacté toutes les administrations que nous connaissions", se souvient Lucas Gaillard, cofondateur de Manty. "Ce sont les mairies qui se sont montrées les plus ouvertes. Nous avons commencé à travailler avec Clichy et Courbevoie en juin 2017." Mais avant de se mettre à jouer les oracles, les deux collectivités avaient besoin de connaître le passé. "Elles nous ont dit : Vous êtes sympa à vouloir prédire le futur, mais si je veux savoir combien de personnes sont parties de mon administration cette année, cela prend un mois", raconte Lucas Gaillard.

Comprendre le passé

Manty n'a pas perdu de vue son objectif de prédiction des politiques publiques. Mais pour en arriver là, les villes doivent d'abord structurer leurs données et pouvoir y accéder facilement, comme c'est devenu la norme dans les grandes entreprises du secteur privé avec des solutions de business intelligence. La start-up a donc co-conçu avec Clichy et Courbevoie un "data lake" où sont structurées toutes sortes de données des villes (RH, scolarité, finance, voirie…).

Manty permet d'effectuer des requêtes complexes dans les bases de données dans un langage naturel. © Manty

Une fois ce travail de structuration effectué, les villes peuvent identifier des anomalies et tenter d'y remédier. Manty a ainsi développé à la demande de Courbevoie un algorithme permettant de prédire la fréquentation des cantines, afin d'ajuster les commandes et éviter le gâchis de nourriture. Autre exemple à Clichy : la réalisation d'un graph présentant la fréquentation des activités proposées par la mairie en fonction du quotient familial. Il a permis de se rendre compte que le conservatoire remportait un franc succès auprès des classes populaires, pour lesquelles l'accès est gratuit, et auprès des classes supérieures, qui paient peu importe le prix, mais que les classes moyennes, qui doivent payer, s'en détournaient. Des outils que Manty peut redéployer dans d'autres collectivités sans développement additionnel, puisque les données sont toutes structurées de la même manière.

Bientôt un comparateur

La start-up parisienne prépare aussi de nouveaux services à destination des villes. Elle sortira en septembre un outil de comparaison entre collectivités (anonymisées). "Cela permettra par exemple de se rendre compte qu'on a une équipe RH surdimensionnée ou trop petite par rapport à la moyenne dans les autres villes d'une taille similaire", détaille Lucas Gaillard. Manty discute également avec OpenDataSoft, une start-up qui aide les collectivités à présenter leurs données ouvertes et créer des interfaces de programmation (API)  pour aider les développeurs à en faire des services. Sa solution permettrait d'automatiser la mise en ligne de l'open data, un processus laborieux lors duquel les équipes informatiques cherchent dans les bases de données, extraient celles qui les intéressent, puis les mettent en ligne.

Dans les mois à venir, Manty se concentrera sur la prise de marchés en Ile-de-France. Pour ne pas se reposer uniquement sur les grandes villes de banlieue, la jeune pousse tente aussi de convaincre les structures départementales de mutualisation des moyens informatiques, comme Infocom 94, avec qui Manty a signé pour développer un "proof of concept". "Même une petite ville avec 500 ou 1 000 agents a besoin de ces outils", assure Lucas Gaillard. L'entreprise veut ensuite aller rapidement en Allemagne, ce qui permettrait à son outil de comparaison de donner une perspective de l'étranger. Pour tout cela, il lui faudra lever entre 1 et 1,5 million d'euros avant la fin de l'année.

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