A Nice, Uber devient un transport public à la demande

A Nice, Uber devient un transport public à la demande Dans une zone mal desservie le soir, le VTC américain complète l'offre de bus par des trajets au prix fixe de 6 euros, subventionnés par l'entreprise et la métropole.

Uber, boulot, dodo. A partir du 4 juillet, certains usagers des transports en commun niçois pourront se déplacer en Uber subventionnés. Il s'agit d'une expérimentation en partenariat avec l'opérateur du transport en commun local, Régie Ligne d'Azur (RLA), qui durera un an et portera sur la ligne 1 du tram. Celle-ci dessert 17 lignes de bus permettant de se rendre vers la périphérie de la métropole. Or ces lignes de bus s'arrêtent à 20 heures, contrairement au tram dont le service continue jusqu'à deux heures du matin. Certaines sont remplacées par des bus de nuit, mais avec une fréquence de passage bien plus limitée.

S'ils se trouvent dans une zone concernée par l'opération, les usagers niçois se verront proposer un trajet à un prix fixe de 6 euros. © Uber

Entre 20 heures et deux heures du matin, les abonnés aux transports en commun pourront réaliser un voyage correspondant au trajet d'une de ces lignes de bus vers une station de tram (ou inversement) pour un prix fixe de six euros. S'ils se trouvent dans l'une des zones géographiques concernées par l'expérimentation, les utilisateurs de l'appli mobile Uber verront apparaître un nouveau choix au moment de sélectionner le type de service souhaité, en plus de Uber X et Berline : Lignes d'Azur. 

Il ne s'agira pas d'un service de transport partagé à la Uber Pool (seulement disponible en Ile-de-France) mais de courses individuelles similaires à Uber X. Uber et RLA financent à parts égales la course pour la faire descendre à six euros, tout en assurant au chauffeur une rémunération égale à une course traditionnelle en Uber X. Les trajets les plus longs couverts par ce mécanisme sont d'une dizaine de kilomètres. Selon leur durée, ils sont habituellement facturés entre 9 et 16 euros, d'après Uber.

Offre inadaptée

"La nuit, notre service est lourd, coûteux et peu satisfaisant", reconnaît Philippe Pradal, premier adjoint de Nice, en charge des transports. "Nous souhaitons proposer à nos usagers un mode de transport complémentaire et mieux adapté à une faible demande." L'édile précise que les passagers pourront descendre n'importe où le long du trajet de la ligne de bus, mais que les Uber ne dévieront pas de son tracé pour les déposer à leur domicile. "Il s'agit de transport public à la demande, pas d'un service de taxi". L'expérimentation permettra à Nice de récupérer des données d'habitude jalousement gardées par Uber, comme la fréquentation des stations, les points de monte et de descente des clients, ainsi que les trajets effectués.

C'est la première fois qu'Uber réalise ce genre d'expérimentations liées au transport public et aux problématiques de dernier kilomètre en France. Ailleurs en Europe (Royaume-Uni, Suède), la société américaine avait déjà expérimenté du rabattement en ville vers des gares (trains grande lignes), mais jamais en zone périurbaine à destination des transports en commun. En Amérique du Nord en revanche, Uber et son concurrent Lyft participent à des dizaines d'expérimentations ou à des services commerciaux dans lesquels leurs VTC subventionnés pallient une offre de transport en commun défaillante, faute de demande ou d'argent public.

Communication ou futur business ?

Uber courtise depuis des mois les métropoles européennes pour développer des services similaires de ce côté de l'Atlantique. "Nous voulons être les partenaires des villes", confirme Alexandre Droulers, en charge des projets de nouvelles mobilités en Europe de l'Ouest chez Uber. "Nous pensons que les transports en commun resteront au cœur de l'offre de mobilités. Et ce que nous partageons avec eux, c'est la volonté de libérer la ville de la voiture personnelle." Faut-il aussi y voir une manière de soigner une image écornée auprès des pouvoirs publics, en leur montrant que les VTC peuvent être des alliés ? "C'est une question de responsabilité", répond Alexandre Droulers, qui voit dans cette initiative un prolongement d'Uber Movement, une plateforme sur laquelle l'entreprise américaine met en accès libre certaines données de circulation dans des grandes villes, dont Paris.

"Nous pensons que les transports en commun resteront au cœur de l'offre de mobilités. Nous partageons avec eux la volonté de libérer la ville de la voiture personnelle"

Cette expérimentation de courses à prix réduit se fait à pure perte pour Uber. Mais l'entreprise y voit un investissement qui permettra d'être bien positionnée dans quelques années, lorsque de nombreuses villes lanceront des appels d'offre pour commercialiser ce genre de services. C'est exactement l'intention de la ville de Nice. Comme Uber, elle finance cette opération à hauteur de 30 000 euros. Si l'opération est un succès, Nice lancera un appel d'offre ouvert à tous les concurrents d'Uber. Comme les opérateurs de transports, les VTC seront alors rémunérés par la collectivité en tant que délégataires de service public. Une relation difficile à imaginer il y a encore quelques années.

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