Les transports en commun, nouveaux véhicules de livraison entre particuliers

Les transports en commun, nouveaux véhicules de livraison entre particuliers Les deux start-up françaises Cocolis et LivingPackets profitent de Ouibus et de la SNCF pour faire transiter les colis en France et à l'étranger via les passagers.

Pourquoi s'embêter à payer un service de livraison ou un livreur quand on peut se reposer à peu de frais sur un transport de masse et ses passagers ? C'est la conclusion à laquelle sont arrivées  des start-up de livraison entre particuliers comme Cocolis et Living Packets, qui espèrent se démarquer des services de livraison traditionnels grâce à la réactivité de leur modèle d'acheminement individualisé.

Lancé en 2015, Cocolis se revendique historiquement comme un "covoiturage de colis", focalisé sur les trajets effectués en voiture, profitant de la place inutilisée dans le coffre des utilisateurs pour y glisser un colis à livrer près de leur destination. Les conducteurs intéressés peuvent retrouver sur le site de la start-up une liste de colis à livrer partout en France avant une certaine date, et avec des rémunérations variables selon la taille du colis. Pour compléter cette offre, Cocolis a noué un partenariat avec Ouibus (SNCF) en avril.

Une fois que ses clients ont réservé leur voyage, l'opérateur de lignes de bus leur propose de le rentabiliser en prenant en charge une livraison Cocolis. De quoi gagner entre 5 et 25 euros par voyage en fonction de l'objet, en plus d'une réduction de 5 euros sur le prochain trajet en Ouibus. Impossible toutefois d'emporter d'énormes objets dans un bus comme on peut le faire dans un coffre de voiture. Mais ce moyen de transport répond à un autre cas d'usage : la livraison d'urgence. "Initialement, nous répondons aux besoins de livraisons d'objets qui ne passent pas par la poste mais peuvent rentrer dans le coffre d'une voiture", rappelle Eliette Vincent, cofondatrice de Cocolis. "Nous avons identifié une typologie de biens qui peuvent facilement transiter, dont la livraison est urgente : un chargeur, un téléphone, un document…" Avec plusieurs connexions par jour entre 230 villes en France et 400 en Europe, l'objet peut être livré le jour même, ce qui est impossible en envoyant un courrier par La Poste. La société ne communique pas de chiffres sur ce partenariat naissant, mais reconnaît que l'activité est encore embryonnaire. 

Une autre start-up française, LivingPackets, croît tellement dans le potentiel des transports en commun en matière de livraison qu'elle a basé tout son modèle économique dessus et se positionne même sur le B2B. Fondée fin 2016, la société a lancé en janvier 2018 un service de livraisons par TGV sur les lignes Paris-Londres, puis Paris-Lille (en juillet).  Elle compte étendre son service vers d'autres villes françaises et européennes d'ici la fin de l'année. Au cœur de son service, un sac connecté qui permet de sécuriser le colis et de le suivre en temps réel. L'expéditeur peut envoyer un coursier chercher le courrier chez lui ou venir le déposer dans un point relais à la gare. Le voyageur-livreur récupère le colis au point relais, embarque dans son train et le dépose à un autre point relais dans sa gare d'arrivée. Une livraison Paris-Londres coûte 18 euros, dont 10 vont au voyageur qui assure la livraison et 4 reviennent aux commerces où sont déposés les colis dans les deux gares.

"En TGV, Il est possible d'effectuer des livraisons Paris-Lille en 1 heure ou Paris-Lyon en 3 heures"

Si les utilisateurs grand public peuvent se contenter d'aller déposer et récupérer le colis en gare, LivingPackets espère bien conquérir les professionnels grâce à son partenariat avec la start-up You2You, qui propose des livraisons urbaines le jour même. Un montage gagnant-gagnant, explique le fondateur de LivingPackets Denis Mourrain. "Nous renvoyons nos utilisateurs vers You2You pour les livraisons de dernier kilomètre, et ils renvoient vers nous pour des livraisons entre villes. Nous ne prenons pas de commissions sur nos activités respectives". Sans prétendre remplacer les modèles existants, il assure pouvoir proposer un service complémentaire de "livraisons individuelles à haute fréquence". "Des dizaines de TGV par jour relient les grandes villes françaises. Il est possible d'effectuer des livraisons Paris-Lille en 1 heure ou Paris-Lyon en 3 heures. Ainsi, nous sommes plus rapides qu'Amazon." La SNCF ne semble en rien contrariée par cette utilisation commerciale de ses trains, puisqu'elle a intégré en mars la start-up à son programme d'accompagnement Jeune Pousse. Quand les voyages et le fret ne font plus qu'un.

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