Markus Villig (Taxify) "Nous envisageons de nous lancer prochainement dans de nouvelles villes en France"

Voilà un an que la plateforme de VTC estonienne a débarqué en France, avec un lancement à Paris puis dans la région lyonnaise. Son PDG revendique la deuxième place sur ce marché derrière Uber.

JDN. Txfy (Taxify dans le reste du monde, renommé en France après une condamnation judiciaire), s'est lancé il y a un  an sur le très compétitif marché parisien des VTC. Avez-vous réussi à vous y faire une place ?

L'Estonien Markus Villig a fondé Taxify en 2013. © Taxify

Markus Villig. Nous sommes très satisfaits de notre lancement jusqu'ici. Nous voulions être numéro deux et c'est la place à laquelle nous nous trouvons aujourd'hui.  Six mois après notre arrivée, 500 000 personnes avaient déjà utilisé notre application pour réserver au moins une course à Paris. Je n'ai pas encore de nouveau chiffre à communiquer mais ce demi-million a largement été dépassé.  Des milliers de chauffeurs nous ont également rejoints. Notre croissance est très importante en France et nous envisageons de nous installer prochainement dans de nouvelles villes françaises, en plus de Lyon, Grenoble et Saint-Etienne où nous nous trouvons déjà.

La France est l'un des plus gros marchés dans lesquels Taxify s'est lancé. Quels poids pèse ce pays dans votre business aujourd'hui ?

La France est l'un de nos cinq plus gros marchés. Nous sommes déjà leaders en Europe Centrale et de l'Est, mais ce qui est enthousiasmant ici, c'est qu'il y a un énorme potentiel, car la France est le plus gros marché de transport d'Europe.

Vous êtes arrivés en France avec l'une des commissions les plus basses du marché, à 15%. Est-ce suffisant pour devenir rentable ?

Depuis le début, notre objectif est d'être la meilleure plateforme pour les chauffeurs. Pour cela, il faut qu'ils gagnent un maximum. Nous ne prévoyons pas de changer notre commission, car elle convient aux chauffeurs comme aux passagers. Le marché du VTC est très compétitif, il faut y investir énormément. La question de la rentabilité dépendra aussi des formes additionnelles de transport que nous proposerons : nous nous intéressons au segment du luxe et des voitures premium et nous venons de lancer Bolt, un service de trottinettes électriques en libre-service à Paris.

Vous voulez donc, comme votre concurrent Uber, devenir un opérateur de services de mobilités, plutôt qu'une simple plateforme de VTC ?

"Les utilisateurs veulent un fournisseur de transports unique, et pas jongler entre plusieurs applications"

Tout à fait, nous voulons agréger toutes sortes de services car les utilisateurs veulent un fournisseur de transports unique. Et pas jongler entre plusieurs applications. Notre but est d'offrir aux gens la meilleure manière de se déplacer, pas seulement de proposer un service de VTC. Je ne suis d'ailleurs pas un grand fan d'automobile, je n'ai même pas le permis ! Par exemple, nous proposons depuis six mois des courses à moto dans certaines villes d'Afrique où c'est un moyen de transport très populaire.

Cette panoplie de transports que vous souhaitez déployer doit-elle forcément être composée de services maison, comme Bolt pour les trottinettes électriques ?

Tout ce qui compte, ce sont les besoins de l'utilisateur. S'il veut un service, nous devons le lui offrir, mais nous n'avons pas forcément besoin de le contrôler. Par exemple, quand nous ajouterons les transports publics à l'application, nous ne les opérerons évidemment pas.

Les services comme les trottinettes ou les vélos en libre-service dégagent de très faibles marges. N'avez-vous pas peur qu'ils cannibalisent votre offre VTC plus rentable ?

"Notre seule manière de continuer à grandir est de proposer d'autres services"

Réaliser des profits à court terme n'a jamais été notre but. C'est vrai, beaucoup de petits trajets aujourd'hui effectués en VTC pourraient basculer vers les vélos ou les trottinettes. Mais seule une minorité de personnes utilisent les taxis et les VTC. Notre seule manière de continuer à grandir est donc proposer d'autres services. Il faut se demander comment nous pouvons créer des services ayant de la valeur pour une majorité de personnes en prenant une petite commission.

Vous avez levé 175 millions de dollars en mai dans un tour de table emmené par Daimler. Cet argent doit-il servir à vous étendre sur de nouveaux marchés ou à concurrencer Uber de manière plus agressive ?

Nous voulons être les meilleurs en Europe et en Afrique. C'est un marché de deux milliards de personnes, il y a de quoi y créer cinq entreprises comme Google ou Facebook en proposant la meilleure plateforme. Nous voulons donc proposer plus de produits, plutôt que de nous implanter dans de nouvelles régions du monde.

A présent, deux de vos actionnaires, Didi et Daimler, sont liés à vos deux plus gros concurrents en France, Uber et Chauffeur Privé. N'est-ce pas problématique pour vous ?

Ils se sont tous deux rendu compte que les transports sont un énorme marché et qu'il ne peut pas y avoir qu'un seul vainqueur. D'autant qu'il semble que ce sont les acteurs locaux qui gagnent, notamment en Russie, en Chine et en Asie du Sud-Est (respectivement Yandex, Didi et Grab, qui ont réussi à sortir Uber de leurs marchés, ndlr). Il y a des chances que cela se produise aussi en Europe et en Afrique. Didi et Daimler voient bien que nous sommes les mieux positionnés pour proposer des solutions locales et c'est pour cela qu'ils nous soutiennent. Et déjà, il est très clair que nous sommes de loin le numéro 2 en Europe.

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