Axel Demazy (Spendesk) "Spendesk n'ajoutera pas de brique crédit ou comptabilité à court terme"
Alors que de nombreuses fintech multiplient les solutions tout-en-un, Spendesk reste fidèle à sa spécialité : la gestion optimisée des dépenses. Son CEO, Axel Demazy, revient sur ce choix stratégique.
JDN. Une partie de la fintech est gagnée par la tendance de la super app. Spendesk semble se tenir à l'écart de ce phénomène. Pourquoi ?
Axel Demazy. Il existe effectivement un mouvement de fond vers plus de simplification et de rationalisation des outils. L’essor de l’IA permet d’intégrer plus facilement de nouvelles briques fonctionnelles au sein d’une même plateforme. C'est un sujet stratégique sur le marché. Mais au fond, qu’est-ce qu’une super app ? À l’origine, il s’agit d’un concept BtoC : une application unique qui centralise plusieurs services au même endroit. Sous cet angle, Spendesk peut déjà être considéré comme une super app : la plateforme regroupe la gestion des achats, des notes de frais, des factures…
Avec le terme super app, je faisais référence aux néobanques pour les pro et aux compatech qui convergent les unes vers les autres en enrichissant leur offre : comptabilité, affacturage, gestion des dépenses et de la trésorerie, compte pro…
Dans ce cas, Spendesk n'est pas vraiment une super app. Le concept que vous évoquez concerne surtout des acteurs qui s'adressent à de petites entreprises alors que nous sommes davantage mid-market avec des clients qui ont des centaines voire des milliers d'employés et qui ont donc des besoins plus sophistiqués.
C'est donc la taille de la clientèle ciblée qui détermine si la construction d'une super app est cohérente ?
Pour une petite entreprise, il est logique de n'utiliser qu'une seule application. Dès lors que l'on parle d'une entreprise plus importante, je ne crois pas à une unique application qui réponde aux besoins de tous les employés et tous les services. Un CFO d'une boîte de 10 employés ne fait pas le même métier que celui d'une boîte de 1 000 employés. Le premier peut à la fois cumuler finance et ressources humaines donc c'est normal que ça l'ennuie de recourir à plusieurs logiciels. En revanche, le second préfèrera une solution plus spécialisée.
Donc on ne verra jamais Spendesk proposer une offre de crédit ou de comptabilité ?
Dans notre secteur, le spend management, le gagnant n'est pas celui qui coche toutes les cases de manière basique mais celui qui coche toutes les cases d'un métier particulier. On aurait sans doute plus de mal si on se dispersait. Je crois plus à des extensions cohérentes comme la brique voyage que l'on devrait ajouter à notre plateforme en 2026. On a intérêt à davantage creuser notre segment plutôt que de répliquer ce que font déjà d'autres acteurs. Donc à court terme, on ne peut pas envisager de rajouter une brique crédit ou comptabilité. Mais il ne faut jamais dire jamais. Tout dépendra des évolutions du marché et des besoins des clients.
Justement, comment imaginez-vous l'avenir du secteur pour les fintech positionnées sur le mid-market comme Spendesk ?
Je pense que demain, chaque métier disposera de sa propre "workstation", c’est-à-dire une application capable de couvrir l’ensemble des processus qu’un métier doit gérer. Ces workstations seront interconnectées, avec des passerelles fluides entre les différentes solutions. Je crois davantage aux solutions spécialisées et connectées plutôt qu'à une super app utilisée par tous les collaborateurs d’une entreprise. Et l’IA permettra de faire des choses nouvelles, plutôt que de simplement accomplir les mêmes tâches à moindre coût.