Les cartes BNPL en France : sorties maintenant, adoptées plus tard ?
Sans contact, paiement mobile, paiement en rayon, click to pay… Dans le monde du paiement, les nouveaux usages et nouvelles techniques de règlement se succèdent à grande vitesse, avec plus ou moins de succès. Dans ce contexte d'innovation permanente, un petit nouveau pointe le bout de son nez : les cartes BNPL (buy now pay later). Avec de réelles chances de s'imposer comme un moyen de paiement adopté par le consommateur français ?
Petite précision avant d’entrer dans le vif du sujet : il ne s’agit pas du simple paiement en plusieurs fois proposé au moment du checkout sur un site e-commerce, un usage désormais bien installé en France (66% des Français ont déjà eu recours au paiement fractionné, selon une étude Floa/Kantar). Il est question ici d'un dispositif différent : le paiement fractionné via une carte dédiée, physique ou virtuelle, utilisable aussi bien en ligne qu’en magasin. Cette carte peut évoquer une carte de crédit mais il y a tout de même une nuance : une carte BNPL fractionne chaque achat en paiements fixes, quand une carte de crédit repose sur une réserve renouvelable avec intérêts.
Ce type d'innovation commence à se concrétiser en France. En décembre 2025, Klarna a lancé dans l'Hexagone ses cartes BNPL, cinq mois après les avoir déployées aux Etats-Unis. "La carte fonctionne comme une carte de débit et peut être utilisée partout où Visa est acceptée. Lorsque les clients souhaitent payer en trois fois sans frais, ils activent simplement l’option dans l’application avant de régler leur achat", explique Clémence Le Floch, directrice générale de Klarna France.
Si Klarna ne précise pas le nombre d'utilisateurs français qui possèdent une carte BNPL, les retours sont positifs, assure-t-elle : "Les utilisateurs apprécient particulièrement la flexibilité pour choisir quand payer, la clarté des modalités de remboursement ainsi que la possibilité d’utiliser la carte facilement, en ligne comme en magasin. Même si nous n’avons pas encore vraiment communiqué sur la carte Klarna en France, l’adoption progresse de manière encourageante".
Klarna et Floa encore seules sur le marché français
Avant le géant suédois, le Français Floa, une filiale de BNP Paribas, avait déjà déployé une telle solution quelques mois plus tôt. "En janvier 2025, on a lancé une carte Mastercard pour payer en quatre fois, acceptée dans tous les commerces", indique Marc Lanvin, directeur général adjoint de Floa. "Plusieurs centaines de milliers d'utilisateurs utilisent cette carte".
Pour l’instant, Floa et Klarna restent les seuls acteurs à avoir lancé des cartes BNPL en France. Sofinco, quant à elle, continue de privilégier sa carte de crédit renouvelable et n’en fait pas une priorité : "C’est une solution à laquelle nous réfléchissons, mais ce n’est clairement pas notre objectif principal. Ce serait éventuellement un produit parmi d’autres dans notre gamme", confie Emmanuel Branche, directeur du BNPL chez Sofinco.
En attendant de voir si d’autres acteurs se positionnent sur cette verticale, la carte BNPL peut-elle réellement se démocratiser ? "La culture du paiement fractionné est déjà bien ancrée en France", souligne Mikaël Ptachek, président de l’Observatoire de la Fintech. Reste toutefois à convaincre les consommateurs de franchir le pas et d’adopter la carte, plutôt que de se contenter des solutions BNPL déjà intégrées aux sites e-commerce.
Pour cela, il faut que ses avantages soient clairs et tangibles. Et justement la carte BNPL présente plusieurs atouts, surtout face à sa cousine, la carte de crédit : elle engendre moins de frais, propose un échéancier de remboursement fixe et transparent, et permet ainsi un meilleur contrôle du budget.
"Il me paraît inévitable qu’un moyen de paiement intégrant nativement des facilités de paiement rencontre du succès dans les années à venir"
"Dans un marché où la carte de débit est largement privilégiée, cette solution répond aux attentes en combinant le contrôle d’une carte de débit avec la simplicité du paiement en plusieurs fois sans frais. Le paiement fractionné n’est plus réservé au e-commerce : il s’intègre progressivement dans les usages quotidiens", résume Clémence Le Floch. "Il y a un vrai intérêt", confirme Marc Lanvin. "Il me paraît inévitable qu’un moyen de paiement intégrant nativement des facilités de paiement rencontre du succès dans les années à venir". De son côté, Emmanuel Branche y voit plutôt "une solution complémentaire qui donne un peu plus de souplesse aux consommateurs", plutôt qu'un "moyen de paiement révolutionnaire".
Si révolution il y a, elle ne sera pas pour demain : "La carte BNPL correspond pour le moment à des usages de niche. La question qui compte, c'est comment ce moyen de paiement peut sortir de sa niche ?", s'interroge Claire Calméjane, une experte des paiements passée par la Société Générale, Boursorama ou encore Treezor. "Les cartes BNPL ont la force de s'adapter aux usages des consommateurs en s'intégrant dans les wallets mais le passage à l'échelle n'est pas uniquement drivé par le comportement des utilisateurs", poursuit notre interlocutrice, avant de soulever un dernier frein à leur démocratisation : "Les cartes BNPL sont développées pour l'instant par des fintech et ne sont pas cobadgées CB. Je pense que le badge CB sera déterminant pour leur adoption massive sur le marché français".