Arielle Le Bail (Stripe) "Stripe rend les catalogues des commerçants accessibles et visibles aux agents IA"

Arielle Le Bail, EMEA Head of product, AI & start-up chez Stripe, revient sur les dernières innovations de l'entreprise dans le commerce agentique et sur la manière dont cet usage pourrait évoluer.

JDN. Stripe a multiplié ces derniers mois les outils liés au commerce agentique. Pouvez-vous les présenter ?

Arielle Le Bail est EMEA Head of Product, AI & Start-up chez Stripe. © Stripe

Arielle Le Bail. Depuis fin août, plusieurs outils sont désormais disponibles pour les entreprises en France et en Europe. L'un des principaux est le Machine Payments Protocol (MPP), que nous avons développé avec Tempo (une entreprise qui développe une blockchain dédiée aux paiements, ndlr). Cet outil permet aux agents IA d’effectuer directement des paiements pour accéder à des API et à des services numériques. Nos entreprises clientes peuvent ainsi vendre directement aux agents l’accès à des services en ligne, sans parcours de paiement classique et avec seulement quelques lignes de code. 

Nous permettons également à nos clients d’intégrer directement le paiement dans leur propre assistant IA sur leur site. Un consommateur peut ainsi passer d'une demande d'information à l'achat sans être redirigé vers une autre page.

Autre exemple, nous rendons les catalogues des commerçants accessibles et visibles aux agents IA. Leurs produits peuvent ainsi être identifiés, proposés et achetés lorsqu'un consommateur demande à un agent de rechercher un produit pour lui.

Quels sont les retours d'expérience des entreprises qui ont utilisé ces différents outils ?

Nous avons de nombreux retours positifs. Aux Etats-Unis, plusieurs grandes enseignes, ainsi que des plateformes comme Wix et BigCommerce, ont adopté ces outils. Mirakl aide également ses clients à gagner en visibilité dans ces nouveaux parcours d’achat. Nous échangeons régulièrement avec nos clients pour identifier d'éventuelles difficultés d'intégration. Jusqu'ici, les retours sont bons : l'intégration s'est généralement faite sans friction et sans complexité particulière.

Quels sont les principaux obstacles qui peuvent freiner l'adoption du paiement agentique auprès du grand public ? 

Le principal défi reste la confiance du grand public. De notre côté, nous cherchons à faire en sorte que la complexité technique ne soit pas un frein à l'adoption. Nous cherchons notamment à prendre en charge cette complexité technique pour les marchands : ils n'ont pas à se préoccuper des différents protocoles et peuvent intégrer facilement nos outils. Pour l'adoption du commerce agentique, la confiance du grand public sera un défi plus important que les contraintes techniques.

En septembre, Mastercard a publié une étude selon laquelle plus d’un consommateur sur dix utilisera régulièrement des agents IA pour finaliser ses achats d'ici 2030. Que pensez-vous de cette projection ?

C’est une projection plausible, mais le commerce agentique en est encore à un stade précoce et expérimental. Les usages peuvent évoluer rapidement d’ici 2030 et l’adoption sera probablement différente selon les pays. Les entreprises commencent déjà à se préparer à ces nouveaux parcours.

Sinon, Stripe a fêté en 2026 ses dix ans en France. A quel point le marché français est important pour l'entreprise ?

La France est clairement un marché clé pour Stripe. Nous y comptons aujourd'hui près de 800 000 entreprises et solopreneurs clients, dont deux tiers des licornes françaises et plus de la moitié des entreprises du CAC 40. Nous travaillons aussi avec des entreprises françaises de premier plan dans l'IA, comme Mistral AI ou Hugging Face. Ce qui est intéressant, c'est la diversité de notre clientèle : des entreprises historiques, des start-up innovantes, mais aussi des indépendants. Nous avons encore beaucoup de projets et d'investissements prévus en France. C'est donc un marché dans lequel nous voulons continuer à grandir en accompagnant les entreprises.