Les lunettes connectées, le killer device après une décennie d'exploration ?

Fabernovel

Après une décennie d'exploration, les lunettes connectées renaissent : AR, IA et usages B2B/B2C se multiplient, entre divertissement, travail itinérant et innovations médicales.

Alors que Meta vient d’annoncer des licenciements massifs au sein de son Reality Labs, le marché est inondé de nouvelles annonces de lunettes de réalité augmentée et d'intelligence artificielle, dont les dernières en date : le casque R2 de Lynx, la pépite française.   

Pourtant, 10 ans après les débuts de l’AR/VR le refrain est toujours le même : le secteur peine à répondre à un besoin et trouver un marché. Alors comment le marché s’organise et cet appareil deviendra-t-il vraiment le nouveau « killer device » qui changera profondément les usages de nos bons vieux smartphones ?  

Une effervescence de nouveaux appareils 

À l’automne, les Meta Ray-Ban Display ouvrent le bal avec un affichage monoculaire et un bracelet neuronal, suivies du Galaxy XR sous Android XR et du Vision Pro M5, avant que Amazon ne complète le paysage avec ses propres lunettes destinées à la livraison. De son côté, le géant de Mountain View s’associe à des lunetiers comme Warby Parker et Gentle Monster pour positionner les smart glasses comme accessoires de mode, ainsi qu’au pionner chinois Xreal pour des lunettes AR orientées bureautique et productivité sous Android XR. Au CES, Xreal a d’ailleurs remporté le prix “Best of 2026”, tandis que de nombreux acteurs, dont Lumus, qui fournit les verres des Meta Ray-Ban Display et a présenté leur dernier prototype de lunettes avec un champs de vision élargi à 70° au lieu des 20°, véritable innovation sur le marché. 

L’IA a pourtant laissé en arrière-plan le développement du futur killer device des géants. Alors pourquoi voit-on aujourd’hui autant de nouveautés hardware dans ce cimetière de tentatives avortées ? Quelle est l’utilisation de ces technologies, à qui servent-elles vraiment ?   

Bien que l’adoption ait été une succession d’échecs cuisants aux regards des promesses, nous observons des domaines d’utilisation (autre que la formation) se concrétiser pour la première fois. Des utilisations dans le B2B et le B2C qui, malgré la pénalité sociale d’avoir l’air bête avec un casque ou des lunettes sur les yeux, percent progressivement dans plusieurs secteurs pour s’y installer durablement. 

Le divertissement se renouvelle avec les lunettes  

Netflix a rejoint Disney et HBO pour proposer de visionner nos films préférés comme dans une salle de cinéma personnelle où qu’on soit et avec l'expérience d’un écran de plusieurs mètres de diagonale. Les formats live s’y sont aussi mis avec la possibilité de vivre la NBA au premier rang ou se plonger dans un clip du nouvel album de The Weeknd, vivre des sports extrêmes au sommet d’une montagne avec Red Bull.  

Le gaming en VR passe aussi sur les lunettes Xreal, qui étendent désormais l’écran de la Nintendo Switch 2. Les joueurs peuvent profiter d'un affichage de 4 mètres de diagonale tout en conservant la mobilité qui fait le succès de la console portable. Un domaine de niche qui continue cependant de progresser avec la sortie d’autres casques VR comme celui de Valve compatible avec le Steam Frame, prévu pour Steam afin de séduire les joueurs, et des franchises attendues en 2026 comme The Boys ou Star Trek.  

De la conception à la logistique en passant par la chirurgie et l’armée 

Sony et Siemens ont développé un casque de réalité mixte dédié à la conception assistée par ordinateur, tandis que PTC et Sharpr3D intègrent également leurs solutions CAO aux casques pour permettre une transition fluide vers des environnements immersifs. De son côté, le géant de Seattle équipe ses livreurs d’indications de navigation en réalité augmentée, d’informations sur les colis et d’outils d’optimisation des tournées en temps réel. 

La chirurgie assistée par réalité augmentée progresse également : en France, Avatar Medical permet aux chirurgiens de visualiser des données médicales directement pendant les interventions. 

Les usages B2B se multiplient sur les plateformes visionOS et Lynx. L’université UC San Diego Health a ainsi réalisé plus de 20 interventions (reflux acide, obésité), améliorant la précision chirurgicale et réduisant les risques. 

Enfin, les firmes de Marc Zuckerberg et de Palmer Luckey développent le soldat augmenté, avec des applications allant de l’entraînement à l’affichage tactique en temps réel. Lynx se positionne aussi sur ce segment stratégique, mettant en avant un avantage de souveraineté technologique, confirmant l’armée comme client clé. 

L’appareil de bureautique parfait pour l’itinérance  

Xreal, associé à Android XR, promet aussi une utilisation des suites bureautiques avec des lunettes AR, qui passent plus inaperçu qu’un casque de réalité mixte. Lors du dernier Android Show XR edition, la continuité du travail sur PC portable vers les lunettes offrent un moyen de travail itinérant prometteur bien que le confort reste un défi comparé à un écran de bureau traditionnel. Le poids du casque ou des lunettes, la fatigue oculaire et l'autonomie limitée freinent encore l'adoption pour des sessions de travail prolongées. Cependant, pour les déplacements en train, en avion ou dans des espaces de coworking bondés, ces dispositifs offrent une intimité et une surface d'affichage très attrayante. 

De nombreux créateurs de contenu ont ainsi testé leur workflow de production sur la Vision Pro, notamment pour la vidéo. Leurs retours révèlent un potentiel intéressant : la possibilité d'afficher simultanément leurs outils dans un espace de travail sans limites physiques. L'isolation visuelle permet une concentration totale sur le montage, même dans un environnement bruyant ou exigu et les écrans virtuels offrent un confort de visualisation en déplacement.   

L’IA agentique à l’assaut du device 

Les IA agentiques s'apprêtent à révolutionner notre rapport à l'information, en testant un assistant capable d'anticiper nos questions avant même qu’on ne les formule. Comment ? Grâce à l’analyse visuelle et sonore de son environnement et son contexte.  

Des applications et fonctionnalités d’accompagnement se préparent aussi pour aider les utilisateurs avec de la traduction instantanée sur les lunettes, ou la navigation augmentée qui superpose l’itinéraire à suivre directement sur le monde réel. Un test réalisé dans les aéroports par exemple avec Uber pour trouver son chemin vers le taxi était présenté en décembre dernier lors de l’Android Show XR edition.  

Les usages progressent, mais un obstacle majeur persiste en toile de fond : l'acceptation de porter un appareil devant les yeux ou encore le contrôle vocal qui n'a pas convaincu. Le sentiment de paraître ridicule demeure, tout comme la fatigue liée à porter un accessoire toujours assez lourd. 

Et si le véritable concurrent des lunettes connectées n'était pas une autre paire de lunettes, mais l'absence totale d'écran ? Sam Altman et Jony Ive semblent parier sur cette rupture. L'appareil d'OpenAI prévu cette année incarnerait une alternative à l'omniprésence technologique dans notre quotidien. Un assistant IA qui se fait oublier, posé sur un bureau comme un totem ou glissé derrière l'oreille si l'on en croit les dernières rumeurs (projet Sweetpea), et qui accompagne nos usages numériques sans jamais accaparer notre regard. Reste à savoir si les utilisateurs, lassés de l'intrusion visuelle permanente, seront prêts à troquer l'image pour la voix — ou si l'attrait de la réalité augmentée finira par l'emporter.