Voitures électriques : pourquoi il faut apprendre à mieux piloter la recharge

Frank Énergie

Alors que la majorité des automobilistes rechargent leur véhicule à domicile, seuls environ un tiers d'entre eux pilotent leur recharge électrique.

Une récente étude d’Enedis indique que 81% des propriétaires de véhicules électriques ou hybrides rechargent principalement leur voiture à domicile, et pourtant, seuls 32 % d'entre eux pilotent systématiquement leur recharge. Ce décalage entre l’équipement des ménages et leurs pratiques révèle un potentiel encore largement inexploité. 

À mesure que le parc automobile s’électrifie, la capacité à mieux répartir la consommation devient un enjeu à la fois économique et énergétique. Tant pour les factures des consommateurs que pour la viabilité de notre système électrique. 

La recharge intelligente, un levier encore sous-exploité

Recharger sa voiture en rentrant chez soi est devenu un geste courant. Pourtant, un véhicule reste généralement stationné plusieurs heures, bien au-delà du temps nécessaire à sa recharge. Cette durée offre une marge de manœuvre pour décaler la consommation vers les périodes où l’électricité est moins chère ou plus disponible.

Selon RTE, environ 85 % de l’énergie consommée par les véhicules électriques pourrait être pilotée, ce potentiel ouvre deux perspectives complémentaires. Pour les particuliers, il permet de réduire le coût de la recharge en privilégiant les périodes tarifaires les plus avantageuses. À l’échelle du système électrique, il contribue à lisser les pointes de consommation et à limiter les tensions sur le réseau.

À mesure que les véhicules électriques se développent, l'enjeu n'est pas seulement de répondre à des besoins croissants en électricité, mais aussi de mieux répartir la recharge dans le temps. En décalant celle-ci vers les périodes où l'électricité est plus abondante et moins chère, le pilotage intelligent permet aux automobilistes d'optimiser leurs coûts de recharge tout en contribuant à une meilleure adéquation entre la demande et la production électrique.

Les Pays-Bas, un exemple pour anticiper les tensions du réseau

L’expérience des Pays-Bas nous offre des enseignements utiles. Le développement rapide des énergies renouvelables et l’électrification des usages y accentuent les tensions sur le réseau électrique, certaines infrastructures ne disposant plus de capacités suffisantes pour répondre à l’ensemble des besoins. Dans ce contexte, le pilotage intelligent de la recharge constitue un levier pour mieux répartir la demande nationale d’électricité.

Aux Pays-Bas, 40 % des bornes sont publiques et 60 % privées, tandis qu’en France, environ 94 % des points de recharge sont privés. Cette prédominance montre la différence entre ces deux marchés et souligne le rôle de la recharge à domicile dans l’Hexagone. Dans ce cadre, les ménages sont un terrain essentiel pour développer le pilotage intelligent et inciter les automobilistes à décaler leur consommation vers les périodes les plus favorables.

L’expérience néerlandaise démontre le potentiel que représente une meilleure coordination des usages avec les capacités du réseau, en complément du développement des infrastructures. Pour la France, l’enjeu est maintenant d’anticiper la croissance de la mobilité électrique en facilitant l’adoption de solutions de pilotage automatisées, simples et accessibles aux particuliers.

Faire du pilotage un réflexe pour les automobilistes français

Avec une très large majorité de points de recharge situés dans la sphère privée, la France dispose d’un levier important pour développer la recharge intelligente, notamment au domicile, où les véhicules restent stationnés plusieurs heures. L’enjeu est désormais de faire évoluer les habitudes en dépassant une programmation encore souvent manuelle, afin que le pilotage puisse s’effectuer automatiquement en fonction des tarifs de l’électricité, des besoins de mobilité et des contraintes du réseau.

Cette évolution suppose de proposer aux automobilistes des solutions simples, accessibles et transparentes, leur permettant de comprendre le fonctionnement de leur offre et les économies qu’ils peuvent raisonnablement en attendre, sans avoir à surveiller en permanence les prix de l’électricité. Elle nécessite également une meilleure coordination entre les fournisseurs d’énergie, les fabricants de bornes et les acteurs de la mobilité, afin de garantir la compatibilité des équipements et de faciliter l’adoption de ces pratiques.

L’électrification des transports ne se résume pas au remplacement des véhicules thermiques par des modèles électriques. Elle implique aussi de repenser notre rapport à la consommation d’énergie en donnant aux automobilistes les moyens de mieux maîtriser leur recharge. Le pilotage intelligent peut faire d’un besoin individuel un levier collectif, au service du pouvoir d’achat des ménages et d’une utilisation plus efficace et viable des capacités de notre réseau électrique.