Non, nous n'avons pas de prompt engineer. Et vous n'en avez pas besoin.

FAIR4AI

Les recherches " prompt engineer " ont bondi de 2 à 144 par million en 2023 avant de retomber à 20. Le marché a créé un métier là où il fallait diffuser une compétence.

Il nous arrive de recevoir une demande précise : "trouvez-nous un prompt engineer". Nous répondons non, et nous proposons autre chose.

Derrière ce refus, il y a une série de chiffres qui, depuis trois ans, racontent tous la même histoire : le prompt engineering a été vendu comme un métier alors qu'il n'a jamais été qu'une compétence. Des entreprises ont ouvert des postes, des candidats ont acheté des formations, des intermédiaires ont facturé la différence. Le marché s'est mis d'accord sur un intitulé avant de savoir s'il correspondait à un travail.

Aujourd'hui, la confusion se dissipe. Le coût, lui, a déjà été payé.

Ce que dit la courbe

Le meilleur indicateur disponible tient dans les recherches d'emploi tapées sur Indeed, comptées par million de recherches américaines.

En janvier 2023, juste après la sortie de ChatGPT, l'expression "prompt engineer" représente 2 recherches par million. En avril 2023, elle en représente 144. Puis elle retombe à 20 ou 30, et n'en est jamais repartie [1].

Une précision compte ici, et elle est rarement relevée : cette courbe mesure ce que tapent les candidats, pas ce que publient les employeurs. Autrement dit, le premier marché qui s'est emballé sur le prompt engineering est celui des personnes qui cherchaient un emploi, pas celui des entreprises qui en offraient un. La promesse a circulé du côté de l'offre de travail avant d'être testée du côté de la demande. C'est la signature d'une bulle d'intitulé.

Deux courbes inverses, un seul basculement

Si le prompt engineering était mort, l'histoire s'arrêterait là. Elle continue, dans l'autre sens.

Les annonces qui mentionnent le prompt engineering comme compétence progressent d'environ 250 % sur LinkedIn en un an, quand les annonces qui le portent en intitulé de poste reculent d'environ 40 % depuis leur pic de 2023 [2]. Le travail n'a pas disparu. Il s'est dissous dans des rôles existants, qui durent plus longtemps et paient mieux.

Sur la même période, un autre métier explose : le forward deployed engineer, l'ingénieur qui va déployer l'IA chez le client, dans ses données, ses processus et ses contraintes. Ses offres progressent de 800 % entre janvier et septembre 2025 [3].

Deux chiffres circulent sur ce métier et méritent d'être réconciliés plutôt que lissés : on lit aussi bien "+800 %" que "+1 165 %". Ils ne se contredisent pas. Le premier compare janvier à septembre 2025 à l'intérieur de la même année ; le second compare janvier-octobre 2025 à janvier-octobre 2024, d'une année sur l'autre. Même fournisseur de données, deux fenêtres, deux bases de calcul. Nous retenons la mesure la plus prudente.

Ces trois mesures ne se comparent pas terme à terme : elles ne couvrent ni la même période ni la même base. Elles se lisent dans leur direction. Le marché ne veut plus de quelqu'un qui sait parler à un modèle. Il veut quelqu'un capable de faire tenir un système IA dans une entreprise réelle, avec ses données sales, ses règles métier et ses utilisateurs pressés.

Écrire un prompt s'apprend en un après-midi. Déployer chez un client, non.

Ce que nous proposons à la place

Un client qui demande un prompt engineer décrit rarement un poste. Il décrit un symptôme : "nos équipes n'obtiennent rien de bon de l'IA". Le bon geste est de traiter le symptôme, pas de recruter l'intitulé.

Trois issues selon ce que révèle l'entretien de cadrage. Si les équipes obtiennent de mauvais résultats parce qu'elles s'y prennent mal, la réponse est une formation de quelques jours, pas une embauche à l'année. Si les projets ne tiennent pas en production, la réponse est un ingénieur de déploiement, celui dont les offres progressent de 800 %. Si un poste existant doit absorber l'IA, la réponse est une compétence ajoutée à une fiche, avec le budget de formation qui va avec.

Aucune des trois ne s'appelle "prompt engineer". Deux d'entre elles ne nous font gagner presque rien.

Pourquoi un intermédiaire dit non

Un fournisseur qui refuse publiquement une demande entrante est plus crédible qu'un fournisseur qui élargit son catalogue à chaque mot à la mode. C'est le seul argument que nous ayons à offrir sur ce point, et il est vérifiable : il suffit de nous appeler avec cette demande.

Le principe qui nous engage tient en une ligne. Nous ne plaçons pas un intitulé dont nous ne pouvons pas décrire le travail six mois plus tard.

Ce n'est pas de la vertu. C'est de la gestion du risque, et le risque est partagé : l'entreprise qui recrute une bulle d'intitulé paie un salaire pour un périmètre qui s'évapore, et la personne recrutée se retrouve avec une ligne de CV que le marché a cessé de reconnaître. Les 144 recherches par million d'avril 2023 étaient des personnes réelles. Beaucoup ont payé une formation pour y accéder.

La compétence, elle, reste. Elle vaut d'être enseignée à tout le monde plutôt que vendue à quelques-uns.

Sources

[1] Indeed Hiring Lab, données de recherches d'emploi par million de recherches (États-Unis), série "prompt engineer" de janvier 2023 à 2026 : 2 par million en janvier 2023, 144 en avril 2023, 20 à 30 ensuite.

[2] Relevés secondaires de données de publication LinkedIn, 2026 : progression d'environ 250 % des annonces mentionnant le prompt engineering comme compétence, recul du titre "prompt engineer" d'environ 40 % depuis le pic de 2023.

[3] Revealera, données d'offres d'emploi, citées par Bloomberry, "What I learned analyzing 1K forward deployed engineer jobs", 18 novembre 2025 : +800 % d'offres de forward deployed engineer entre janvier et septembre 2025, et +1 165 % en glissement annuel sur janvier-octobre 2025 contre janvier-octobre 2024.