Pourquoi le freelance devient progressivement un solopreneur ?

Florie Armbruster

Et si la prochaine évolution du freelancing n'était plus de trouver des clients, mais de construire un business ? Derrière cette question se cache une transformation profonde du travail indépendant.

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Pendant longtemps, devenir freelance répondait à une promesse simple : gagner en liberté. Se libérer du joug du salariat en quelque sorte, et pouvoir choisir ses clients, fixer ses tarifs, organiser son emploi du temps comme on le souhaite. 

Cette promesse reste bien réelle, mais elle ne suffit plus à expliquer l'évolution actuelle du travail indépendant, et son essor.

Depuis quelques mois, une nouvelle dynamique s'installe. Les indépendant.es ne cherchent plus uniquement à décrocher leur prochaine mission et à facturer des jours. 

Ils cherchent à construire un business capable de durer, de croître et ils cherchent à être résilient face aux aléas économiques.

Le changement est discret, passe peut-être inaperçu, mais pourtant il est profond. 

La question n'est plus : "Comment trouver plus de clients ?" 

Elle devient : "Comment créer un business qui ne dépend pas exclusivement du nombre d'heures que je peux vendre ?"

C'est précisément ce qui distingue aujourd'hui le freelance du solopreneur.

Le marché du freelancing est arrivé à maturité

Le freelancing s'est largement démocratisé. Les plateformes pour trouver des missions se sont multipliées. Tous les freelances les connaissent. 

Les entreprises ont intégré le recours aux indépendants dans leurs modes de fonctionnement, qui leur permet d'être eux aussi plus résilients. 

Les compétences disponibles en un clic n'ont jamais été aussi nombreuses !

Cette évolution a produit un effet rarement évoqué : la concurrence s'est intensifiée.

Dans de nombreux métiers, obtenir une mission ne constitue plus un avantage concurrentiel. C'est devenu le point de départ. Les indépendants doivent désormais se différencier autrement que par leurs compétences techniques. 

Ils doivent travailler leur positionnement, leur spécialisation, leur visibilité et leur capacité à créer de la confiance. Et ceci est un tout autre métier que prestataire de services.

Cette maturation du marché modifie naturellement les priorités. La prospection reste indispensable, mais elle ne peut plus représenter l'essentiel de la stratégie de développement.

Un freelance qui passe son temps à chercher sa prochaine mission reste dans une logique de court terme. Chaque contrat obtenu relance immédiatement la recherche du suivant. Cette mécanique fonctionne, mais elle crée une dépendance permanente au marché. Et qui dit dépendance, dit fragilité du modèle.

Le plafond de verre du modèle fondé sur le temps

Le modèle historique du freelance repose sur un principe simple : vendre son expertise sous forme de journées ou d'heures de travail.

Ce modèle présente un avantage évident, il permet de générer rapidement du chiffre d'affaires.

Mais il possède aussi une limite structurelle.

Le revenu progresse tant que le nombre de jours facturés augmente ou que le tarif journalier évolue. À partir d'un certain niveau, ces deux leviers atteignent leurs limites. 

Une journée ne peut être vendue qu'une seule fois. Même avec une forte demande, le temps disponible reste limité.

Sans compter qu'avec le temps, l'expertise augmente et le temps passé à produire le même résultat diminue. Faudrait-il pour autant réduire le nombre de jours facturés ? Cela semble contre-intuitif si la montée en compétences amène une plus forte rémunération.

Cette réalité pousse de nombreux freelances à s'interroger.

Faut-il continuer à augmenter ses tarifs ? Recruter ? Créer une agence ? Refuser des missions ? Diversifier son activité ?

Ces questions marquent souvent un changement de posture. 

Le freelance qui se pose ces questions cesse de réfléchir uniquement comme un prestataire. Il commence à raisonner comme un.e entrepreneur.e.

L'objectif n'est plus seulement de produire une prestation de qualité, il consiste également à construire des actifs capables de générer de la valeur dans le temps. 

Le solopreneuriat devient une stratégie économique

Le solopreneur ne renonce pas à son expertise. Il cherche simplement à ne plus dépendre exclusivement de celle-ci.

Cela peut prendre des formes très différentes :

  • Certains développent une offre de formation qui leur permet de vendre leur temps de manière démultipliée et donc de scaler leurs revenus. 
  • D'autres conçoivent des produits numériques, ce qui réduit leur présence physique
  • Certains créent une communauté, une newsletter spécialisée, une méthodologie propriétaire ou des outils permettant de standardiser une partie de leur savoir-faire.

L'objectif n'est pas de multiplier les projets dans tous les sens.

Il consiste à créer des actifs qui continuent d'apporter de la valeur même lorsque l'entrepreneur.e n'est pas directement en train de produire.

Cette logique transforme progressivement la manière de piloter son activité.

Les indicateurs changent. Le nombre de jours vendus perd de son importance au profit du taux de récurrence, de la qualité de l'audience, du développement de la propriété intellectuelle ou de la capacité à faire évoluer son offre.

Cette évolution traduit une maturité nouvelle du travail indépendant, et nous devons nous en rejouir.

Le freelance ne disparaît pas, il devient simplement la première étape d'un parcours entrepreneurial plus large.

Vous l'avez compris, la différence réside dans la manière de penser son activité.

Chercher des clients reste indispensable évidemment. 

Mais construire un modèle économique qui crée de la valeur sans dépendre uniquement de son temps devient désormais un avantage concurrentiel durable. Et également une source inépuisable d'apprentissages et de satisfaction au quotidien ! 

C'est là que se joue réellement la différence entre une ancienne carrière de salarié.e et une nouvelle carrière de freelance entrepreneur.e.

Gageons que c'est là que se dessine la prochaine étape du travail en freelance. Les freelances qui réussiront demain ne seront pas nécessairement ceux qui auront le plus de missions. 

Ce seront ceux qui auront construit les activités les plus résilientes, capables de transformer leur expertise en un véritable capital économique.

crédit photo : Marion Muscat Dupuis