Et si la réforme du travail parlait de l'intrepreunariat ?

La réforme du travail que le gouvernement compte faire passer par ordonnance est très suivie par les entreprises. Or, certains sujets, s’ils ne doivent pas nécessairement faire l’objet de nouveaux textes, auraient intérêt à être mieux appréhendés et soutenus. C’est le cas de l’intrapreneuriat.

Intrapreneuriat : un vrai sujet d’autonomie pour le salarié et l’entreprise

Les entreprises vont porter une grande attention à la future réforme du code du travail dont le projet de loi d'habilitation a fuité dans la presse. Or certains sujets, s’ils ne doivent pas nécessairement faire l’objet de nouveaux textes, auraient intérêt à être mieux appréhendés et largement soutenus par les entreprises elles-mêmes. On pense en particulier à l’intrapreneuriat, qui peut permettre à un salarié de proposer un projet innovant et de le mener à bien "sans risques", puisqu’il devient entrepreneur au sein de sa propre organisation tout en gardant la sécurité liée à son statut. Le salarié tout comme l’entreprise doivent prendre le sujet à bras le corps.

En théorie, l’intraprenariat, c’est "tout bénef’" pour l’entreprise...

Côté business, les effets positifs potentiels peuvent entraîner des relais de croissance et porter la transformation de l’entreprise. Côté RH, l’encouragement à l’autonomie et à la prise de responsabilité des collaborateurs génèrent un plus fort engagement des collaborateurs et une meilleure fidélisation. Le potentiel d’attractivité de l’entreprise ne peut qu'en être renforcé : image de marque, RH ou performance économique, ce serait donc "tout bénef" pour l’entreprise et le collaborateur.

Or, l’intraprenariat reste marginal. Pourquoi ? 

Le concept bute, entre autres, sur la complexité du terrain et les freins au changement. Rares sont le personnes en charge du management qui accueillent avec enthousiasme les velléités d’intrapreneuriat de leurs équipes. Dans les grands groupes, l'organisation complexe, et l’inertie qui en découle, peut freiner les ardeurs des collaborateurs. Dans des plus petites structures, cela peut être le manque de temps ou de moyens humains. Les histoires d’intrapreneuriat ne sont pas toutes roses : en l’absence de statut et de cadre, on dira par exemple que le collaborateur peut se lancer si l’activité est "en plus" de son travail et ne "nuit pas" à sa productivité, alors que l’entreprise profite du sur-engagement de son collaborateur. Quid de la récompense si le projet aboutit ? Il est arrivé qu’en cas de succès, l’entreprise récupère le projet en écartant l’intrapreneur. Pire : en cas d’échec, c’est l’intrapreneur qui peut être écarté.

Pas d’impulsion, pas de projet : le cercle vicieux.

Le barrage à l’intraprenariat n’est pas forcément formalisé. Il peut prendre la forme de l’évitement pur et simple du sujet par le management. Sans engagement exprimé par la direction, le middle management préfère alors ne pas s’y aventurer. Du "non engagement" aux "bâtons dans les roues", il n’y a qu’un pas : les managers ont des objectifs à atteindre et peuvent ne pas voir d'un bon œil qu'une ressource leur échappe. Les salariés, dans ce climat non propice au développement de projets, s’autocensurent. L’entreprise en conclura - hâtivement – que les collaborateurs n’ont pas d’intérêt pour le concept. La boucle est bouclée : l’envie est tuée dans l’œuf, et les projets avec.

Or, les mouvements de recherche de sens et d’autonomie, observables dans la société civile, le sont aussi dans l’entreprise. Citoyen et collaborateur, même combat : on veut s’exprimer, donner son avis, partager, échanger, contribuer, se sentir utile.  Les frontières s’effacent : on veut que la réalisation de soi puisse passer par la réalisation professionnelle, et inversement. Négliger ce mouvement, voire l’étouffer, est mortifère pour l’entreprise. Grands groupes, PME, ETI et startup, qu’importent leur taille et secteur d’activité, doivent nourrir cette source d’innovation "gratuite" : leurs propres collaborateurs. L’intraprenariat n’est pas un "nice to have", c’est une opportunité. Encore faut-il savoir cultiver l’envie, sous peine de maintenir sous cloche des salariés dans un climat mortifère pour l’innovation.

Retour à l’individu comme source de l’innovation.

Ces dernières années, on a dit que l’innovation ne venait plus des grands groupes, mais des startup. Il fallait « aller chercher » l’innovation, à grand renfort de programmes Open innovation. Or au fond, petites ou grandes, les entreprises savent très bien que l’une des principales sources d’innovation vient de leurs collaborateurs. Ce sont eux qui connaissent le mieux leur marché, leurs clients, les faiblesses et les forces de leur organisation. Alors, pourquoi se priver de cette source d’innovation ? Paradoxalement, les entreprises ne savent pas – ou plus ? – capter cette source.

Pour que l’intrapreneuriat décolle, l’entreprise, formatée, va devoir apprendre à bousculer ses codes. Les enjeux sont énormes, en termes de transformation de l’entreprise, d’emploi et d’accomplissement personnel. Si la start up attitude peut être la graine qui fera germer le projet intrapreneurial: l’expérience, la méthodologie, la bienveillance et la confiance en constituent le terreau. 

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