L’apprentissage en Allemagne : une source d’inspiration ?

Souvent mis en exergue et présenté comme un exemple à suivre, dont il faudrait transposer les règles en France pour faire grimper les chiffres de l’apprentissage, le modèle allemand est autant porté aux nues qu’il est décrié.

Sans tomber dans un excès de dénigrement bien français ni de culte du modèle allemand, un petit passage par notre voisin d’Outre-Rhin pourrait nous permettre de faire tomber quelques tabous qui minent le développement de l’apprentissage en France. Et ce à l’heure où le gouvernement va mettre en place un nouveau plan de développement de ce dispositif éducatif.

La principale caractéristique du modèle allemand, celle qui le différencie totalement du système hexagonal, est son caractère dual. Cela signifie qu’il existe une séparation entre les voies générales et professionnelles dans l’enseignement secondaire. Il est quasiment impossible de passer de l’une à l’autre et il n’existe pas de cursus de formation professionnelle sans apprentissage. Contrairement au système français dans lequel on peut faire un Bac pro en présentiel.

De plus, en Allemagne, selon la loi relative à la formation professionnelle, il existe un référentiel de 331 métiers de différents secteurs, artisanat, agriculture, industrie, et services, qui ne sont accessibles que par la filière apprentissage. Le dispositif est donc beaucoup plus lisible pour les élèves comme pour les entreprises sur le plan des métiers, des compétences ainsi que des salaires. Ce référentiel étant régulièrement mis à jour par l’équivalent allemand de Pôle Emploi, il s’adapte aux réalités du marché du travail, ce qui maximise les possibilités d’insertion professionnelle des apprentis.

Leur insertion professionnelle est donc forte et la “filière apprentissage” est considérée comme une voie d’excellence en matière de formation professionnelle.

L’Education nationale, quant à elle, tarde encore à faire de l’apprentissage une voie d’excellence, ce qui nuit aux apprentis. Ces deux facteurs expliquent le succès qu’a rencontré l’apprentissage en Allemagne et ont fait la force de ce système.

Cependant, il s’agit d’un système extrêmement sélectif qui oriente les élèves très tôt dans leur cursus vers la filière générale ou la filière professionnelle. Cela restreint considérablement leurs possibilités de réorientation ultérieure et soulève plusieurs problématiques relatives à leur maturité ainsi qu’à leur liberté de choix. On peut donc légitimement se demander dans quelle mesure la filière apprentissage n’est-elle pas imposée à des élèves très jeunes (12 ans au collège) qui n’ont pas forcément la maturité nécessaire pour un tel choix d’avenir professionnel. En effet, cela les exclut quasiment assurément d’une formation universitaire, seule à même de les mener vers d’autres types de métiers.

La France a fait le choix d’un autre modèle qui repose sur une philosophie différente. Il a été décidé de séparer enseignement des techniques et production. Ainsi, depuis la Révolution et la fin des corporations; la formation aux technique s’effectue en dehors des entreprises. Les efforts pour changer de modèle, entrepris dès 1851 n’ont pas réellement permis de faire évoluer cette situation.
Dans le modèle hexagonal, l’apprentissage n’est donc pas la voie royale de la formation professionnelle. Aujourd’hui encore, s’il existe bien une filière générale et une filière professionnelle, cette dernière n’implique pas obligatoirement l’apprentissage et il est en théorie possible de se réorienter vers un cursus général. Les cursus en présentiel et en apprentissage coexistent et proposent la même offre éducative avec pour conséquence une concurrence entre ces deux types de formation.  Cette concurrence ne profite pas à l’apprentissage qui conserve sa mauvaise réputation.

L’idée majeure à retenir dans le modèle allemand réside principalement dans le positionnement de l’apprentissage comme voie d’excellence pour la formation professionnelle, intégrée au sein du système éducatif.
En France l’image de l’apprentissage est très dégradée. Il reste une voie de garage, dans laquelle on envoie les élèves considérés incapables de suivre leur formation en présentiel. C’est une voie parallèle du système classique. 
Or, on se trompe littéralement. 

Néanmoins, bien que ces qualités soient essentielles et parfois plus importantes que les savoirs théoriques, ces derniers ne sont pas non plus à négligés. Ne pas en disposer, surtout s’il s’agit des savoirs de base, peut s’avérer rédhibitoire lors d’une embauche. Il est donc impératif que les apprentis puissent revendiquer le même background théorique que  les élèves et étudiants en formation “classique”. Unifier ces cursus et probablement flécher certains métiers comme dans le cas allemand, sans pour autant forcer l’orientation réglerait ce problème. Tout est question d’équilibre.

En France, le niveau des apprentis infra Bac reste un tabou car l’apprentissage est encore vu comme un outil d’insertion des élèves en difficulté. On laisse trop souvent cette question de côté et cela nuit à l’embauche des apprentis. À ce titre, nombre d’entreprises réclament aujourd’hui que l’on développe, comme le dit Jean-Baptiste Danet, Président de Croissance Plus, des “sas pré apprentissage” pour les élèves les plus en difficulté, ce que permettrait une intégration de la filière apprentissage au sein de l’éducation nationale. 
Faire de l’apprentissage la voie privilégiée, autrement dit unique, de la formation professionnelle, qui concerne d’ailleurs tous les niveaux, en ferait la voie d’excellence qu’il doit devenir. Seul ce choix serait un véritable bouleversement et mettrait un terme à la concurrence nocive entre les deux cursus.  Le modèle allemand ne saurait être transposé en France, et ce n’est d’ailleurs pas souhaitable car il repose sur une philosophie très élitiste qui n’implique pas l’idéal de  véritable justice sociale que l’on recherche en France. Mais cela n’est pas une raison pour en rejeter tous les aspects. S’en inspirer pour faire évoluer notre culture éducative pourrait nous permettre d’ouvrir de nouvelles perspectives.

On ne doit plus considérer l’apprentissage comme un outil de lutte contre le chômage mais comme un mode de formation d’excellence, ce qui renforcerait son image ainsi que celle des apprentis et des entreprises.

Il est urgent de comprendre que l’apprentissage n’est pas une voie facile, c’est au contraire la voie de l’excellence, particulièrement exigeante, au niveau CAP comme au niveau BAC + 5. Cela implique en effet une grande maturité sur les plans humains et sociaux. Deux qualités que recherchent les entreprises et qui font souvent la différence. 
Ce serait certainement un bouleversement pour les CFA comme pour l’Education nationale, mais fermer les portes par pure idéologie comporte des risques.

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