Entre raison et émotion : la transmission complexe des entreprises familiales

Vendre ou ne pas vendre, faire entrer ou non un nouvel actionnaire, opérer un virage stratégique : les opérations financières sont teintées d'une complexité particulière lorsque la charge émotionnelle est importante. La cession ou l'acquisition d'entreprises détenues par des personnes physiques en est un parfait exemple.

Quelle que soit sa taille, une société détenue par des personnes physiques possède des caractéristiques propres et toute opération capitalistique la concernant soulève des zones d’inquiétude similaires. Souvent dans un registre émotionnel tout à fait légitime, les dirigeants d’entreprises familiales font les frais de la tension entre deux univers opposés : la famille et l’entreprise. Ce choc des deux mondes est source d’injonctions contradictoires : est-ce le moment de réaliser mon patrimoine ? Est-il opportun de prendre un risque qui pourrait mettre en péril le fruit de ma vie entière ? Le repreneur sera-t-il à la hauteur et quelles sont ses intentions ?

Personne n’a été formé à la transmission  

Nul n’est parfaitement préparé à transmettre une entreprise, qui plus est lorsqu’elle est l’œuvre d’une vie. On n’apprend pas à transmettre une entreprise. A l’exception des serial entrepreneurs qui sont familiers avec les opérations de cessions, la séparation n’est pas sans heurts. Pour le cédant comme l’acquéreur, il est impératif de tenir compte de la culture et de la solidité du business bien sûr, mais aussi et surtout du niveau d'implication et de charge émotionnelle que demande une telle opération. Charge qui, si elle est sous-estimée, peut rendre l’opération très délicate, voire conduire à un échec.

Une cession n’est jamais acquise jusqu’à la signature. La zone de risque perdure tant que l’opération peut être remise en cause, que ce soit pour des raisons personnelles, sous le coup d’une impulsion, d’une inquiétude ou un moment de "stress" ou de façon réfléchie. C’est ce qui fait la richesse et l’intensité des phases de négociation dans ces opérations. C’est ce qui fait aussi de ces moments des rencontres humaines de grande qualité où il appartient aux conseils de trouver les mots pour rassurer avec une sincérité authentique afin de contrebalancer l’ascenseur émotionnel propre à ces périodes. A condition, naturellement, de trouver un équilibre entre les postures de coach et d’expert métier. La clé du succès se trouve dans la prise en compte de cette complexité.

Processus discontinu par essence, une opération de cession représente un moment extrêmement stressant pour un dirigeant, qui doit négocier le sort de décennies de sacrifices et d’énergie tout en continuant à faire tourner son entreprise. Négliger cette dimension et cette exigence légitime sans faire preuve d’empathie serait une erreur préjudiciable au succès.

Après la vente, la difficile période de transition

Une transaction est généralement suivie d’une période de transition et d’accompagnement au cours de laquelle le lien émotionnel du fondateur vers son entreprise persiste souvent avec force : une difficulté à tourner la page pour certains. Un changement de rythme mal vécu pour d’autres, passant d’une hyperactivité à un calme perçu comme un vide, de la puissance à l’anonymat.

Parmi les clés de succès d’une opération, côté conseil, il faut pouvoir prendre en compte toutes les nuances de la situation et surtout ne pas négliger la part d’irrationnel qui fait la complexité mais aussi l’intérêt de ces opérations. Passer du temps avec le dirigeant, comprendre ses freins et ses réticences mais aussi ses moteurs et ses espoirs. La réussite ne peut pas faire l’économie du regard dépassionné et objectif d’un tiers, capable de prendre en compte le caractère émotionnel d’une situation sans le subir. Dans le monde des opérations financières où règnent techniciens et experts, la réussite des projets emprunte souvent des sentiers inattendus. Celui de la confiance et de l’authenticité de la relation avec le conseil en est à coup sûr l’un des plus efficaces. 

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