Changement : l’effet de levier de la systémique

Les théories abstraites cachent souvent des idées simples. Des idées qui peuvent nous sauver la vie. Voici l’exemple de l’effet de levier de la systémique.

Le changement ? Compliqué, réservé à l’entreprise, pour universitaire… Eh non, il y a des techniques simples que l’on peut utiliser dans la vie quotidienne… Voici l’effet de levier de la systémique… 

L’ordre rend fou

Un système ? C’est l’ordre, par opposition au désordre. Qui dit ordre, dit maintien de l’ordre. Le propre du système, c’est le maintien de l’ordre. Et ce maintien de l’ordre nous rend fous. Rien n’exprime mieux que le slogan de 68 "il est interdit d’interdire", l’incapacité de notre esprit rationnel à comprendre la "complexité", la nature systémique du monde. La ligne droite nous paraît la seule bonne façon de résoudre un problème. D’où effets pervers, que les spécialistes de la systémique expriment d’une manière terrifiante : "c’est ce que vous faites pour résoudre un problème qui le crée"… Une autre façon de dire que l’enfer est pavé de bonnes intentions. 

Voilà qui devrait nous donner à réfléchir. Car le système ce n’est pas que le thermostat, c’est la ruche dont la température est régulée par le battement d’ailes des abeilles, la société, l’entreprise, notre corps, la famille, le couple… Notre vie est systémique. Mais nous ne le savons pas, car nous appartenons au système. Nous suivons ses règles sans les sentir. Elles font partie de nous. Il n’y a que lors d’un changement que ses aspects surprenants se manifestent.Le système nous désoriente, et pourtant il a une propriété magique : "l’effet de levier". Alors qu’il est fait pour ne pas changer, il possède un "point faible", qui permet de le transformer, du tout au tout, et immédiatement. 

A côté, il y a de la place

Bref, vous vous sentez malheureux, rien ne marche… vous soupçonnez quelque effet systémique. Solution : le levier. Donc, où chercher l’effet de levier ? Les experts sont formels : le levier est évident a posteriori, mais, tellement évident, qu’il est invisible a priori. 

Il en résulte une règle pratique. "A côté, il y a de la place". C’est une expression qu’utilisait mon grand père, à la pétanque, lorsqu’une boule s’égarait. Ce qui vous paraît le problème ne l’est pas. Il faut regarder à côté. Or, qu’est-ce qui vous paraît le problème ? Ce qui ne marche pas. Le coupable. Votre chef si vous êtes employé, ou vos employés, si vous êtes chef…  

Jay Forrester donne un remarquable exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Jay Forrester, éminent professeur du MIT, a inventé la "dynamique des systèmes", une méthode mathématique de représentation des systèmes. En 1972, le Club de Rome lui commande un rapport sur l’avenir du monde. Jay Forrester crée un modèle qui montre que celui-ci court à la catastrophe. Pourquoi ? La croissance. Il faut arrêter la croissance. Mais la croissance est le principe de notre société ! Comment voulez-vous l’arrêter ? Jay Forrester a passé toute sa vie, et celle de ses équipes, à essayer de convaincre le monde de ne plus croître. 

Un autre exemple fameux est celui du reengineering des années 80, aux USA. Attaqués par les Japonais, les dirigeants américains ont pensé que ce qui n’allait pas dans leurs entreprises, c’était leur management intermédiaire. La technologie permettait de l’éliminer et de rendre l’entreprise performante. On allait diviser les effectifs par deux, lisait-on dans la Harvard Business Review. Mais l’expérience a montré que le reengineering faisait "perdre la mémoire" aux entreprises. Si elles ont fini par se transformer, c’est en adoptant le "lean manufacturing" inventé par les Japonais. 

Déjouer la ruse du système

Comment utilise-t-on cette idée ? On démarre par deux exemples. 

Vous êtes pris dans un embouteillage, à côté du pont de l’Alma. Il y a quelques centaines de voitures, mais elles semblent encastrées les unes dans les autres. Il va vous falloir deux heures pour faire cent mètres. Bande de chauffards ? Tous des imbéciles ? Non : problème de régulation. Descendez de votre voiture et faites la circulation, en dix minutes le problème est réglé. 

Mieux. Après guerre, le gouvernement français veut disloquer l’Allemagne. Il est évident que l’Allemagne, depuis un siècle, veut détruire la France. Or, l’Allemagne est plus puissante que la France, donc elle réussira. C’est évident. Mais, comme en 18, les "alliés" de la France n’entendent pas les choses de cette oreille. Maurice Schumann comprend que l’on ne peut rien y faire. Alors, il abandonne l’idée évidente. Et il propose à l’Allemagne un projet commun : l’Europe.Prenez un problème. Réfléchissez bien. Soyez honnête avec vous-même. Quelle est sa solution évidente ? Celle qui crève les yeux ? Qu’est-ce qui fait que votre enfant a de mauvais résultats à l’école, par exemple ? Il est paresseux ? Il se moque de vous ?... 

Eh bien non. C’est tout sauf cela. Vous êtes pris au piège. Vous êtes tellement sûr d’avoir raison que vous ne parvenez plus à réfléchir. Voilà comment le système vous empêche de le changer : il vous brouille la tête. Il fait de vous un Sanson chauve.  

N’y aurait-il pas une autre façon de faire ? En vous libérant de votre obsession, vous retrouvez vos facultés. Vous redevenez intelligent. Mon enfant est quelqu’un de bien, comment l’aider à être heureux tel qu’il est ? Alors, il y a de bonnes chances que vous découvriez le levier de la systémique.

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