Pourquoi un bon manager est un mauvais startupper

Planifier ou agir avec ce que l’on a, gérer le risque ou l’optimiser, se protéger ou tirer profit des surprises sont quelques-unes des postures radicalement différentes entre un manager et un créateur de Start up. Ne pas en prendre conscience dans un environnement improbable et incertain peut créer de grandes désillusions.

Un bon manager est-il un bon créateur de start-up ? La question vaut la peine d’être posée, car il existe une différence fondamentale entre une entreprise et une start-up : Une entreprise est organisée pour exécuter et optimiser un business model qui fonctionne, une start-up a pour finalité d’en trouver un.

Planifier ou agir avec ce que l’on a

Dans l’approche traditionnelle, le manager définit un objectif, détermine ce dont il a besoin en termes de budget, de compétences… Les effets déterminent les causes. C’est comme lorsque vous recevez des amis pour une date donnée, vous faites les courses avant de les recevoir. Dans le cadre de la création d’une start-up, cela peut se traduire par la croyance qu’un bon business plan garantit le succès de l’aventure. Malheureusement, cela ne fonctionne pas comme cela, l’expérience montre qu’aucun business plan ne résiste au premier client.

L’approche de l’entrepreneur est radicalement différente car il lance un produit qui n’existe pas sur un marché qui n’existe pas, il n’est donc pas évident de planifier dans cet univers improbable et incertain, de déterminer des ressources, surtout que ces ressources sont très limitées au démarrage.

L’approche est plutôt la suivante : L’entrepreneur agit avec ce qu’il a, ses ressources déterminent l’objectif. Ses amis arrivent pour dîner, il regarde ce qu’il a dans le réfrigérateur pour leur servir le repas. Les causes déterminent l’effet. On quitte alors la logique du "Si je veux faire cela, alors il me faut ceci" pour aller vers "J’ai ceci, que puis-je en faire?".

Gérer le risque ou l’optimiser

 Lorsqu’un manager prépare un projet au sein de son entreprise, un des éléments pris en compte  est l’analyse des risques avec son corollaire de mise en place d’actions correctives. Le manager met son énergie à diminuer les risques. Lorsque l’on crée une start-up, l’objet de celle-ci est flou, les risques sont omniprésents. Cependant l’entrepreneur, comme tout être humain, n’aime pas particulièrement le risque. Mais sa posture est différente : pour un niveau de risque qu’il se donne, il cherche à augmenter ses gains. L’entrepreneur accepte le risque, mais il veut le piloter généralement en limitant l’investissement, en avançant étapes par étapes, en partageant les risques.

Se protéger ou tirer profit des surprises

Dans une approche traditionnelle, le manager cherche à se prémunir contre les surprises, à anticiper ce qui peut ne pas marcher. La surprise est considérée à priori comme une mauvaise surprise. Le créateur d’entreprise, plutôt que de prédire et anticiper les surprises, se prépare à en tirer parti, c’est une occasion d’apprendre, de saisir des opportunités, de pivoter… Il va d’ailleurs à la recherche de ces surprises en procédant par de multiples essais itératifs, il ne cherche pas à être bon du premier coup. Pour lui, si la vie lui envoie des citrons, il fait de la limonade !

Une entreprise étant organisée pour exécuter et optimiser un business model qui fonctionne et une start-up ayant pour finalité d’en trouver un, les compétences intrinsèques ne sont pas les mêmes. Planifier ou agir avec ce que l’on a, gérer le risque ou l’optimiser, se protéger ou tirer profit des surprises sont quelques-unes des postures radicalement différentes entre un manager et un créateur de start-up. Ne pas en prendre conscience dans un environnement improbable et incertain peut créer de grandes désillusions. Mais inversement Il n’est pas évident qu’un créateur de start-up soit un bon manager !