Cet été, un œil sur ma fille de cinq ans, un autre sur les zigotos autour, la scène m'a sauté aux yeux : le grand bassin du camping de Vendée où j''avais la chance de passer deux semaines, était aussi bondé que source de danger pour ma progéniture. Mais pour Bertrand, maître-nageur aguerri et responsable baignade de ce domaine 5 étoiles, la fréquentation était pourtant "modérée" et "facile" à surveiller. Intrigué, j'en ai profité pour lui poser cette question : qu'est-ce qui provoque vraiment les accidents au bord ou dans l'eau ?

Sa réponse n'a pas été celle que j'attendais. Pas de problème de filtre ou de pompe ("très très rare"), pas de panique liée à une vague artificielle ou à une peur de l'eau ou à la non maîtrise de la nage. Non, le premier danger, c'est nous, les parents.

"La toute première source d'accident, c'est l'enfant qui déboule à toute vitesse pendant que ses parents n'ont tout simplement pas la condition physique pour le suivre", m'a confié Bertrand avec franc-parler... et gestes à l'appui quand il mime alors la scène, tristement banale : un adulte essoufflé, en surpoids, les bras ballants, piétinant lourdement sur le carrelage mouillé pour tenter d'intercepter un bout de chou lancé à 15 km/h.

Le résultat ? L'enfant file sans frein. Dans le meilleur des cas, c'est une glissade brutale sur le béton armé, un menton ouvert ou une bosse monumentale. Dans le pire, c'est le traumatisme crânien ou le grand saut imprévu là où l'eau dépasse la taille de l'enfant, sous les yeux d'un parent incapable d'intervenir à temps. En France, selon Santé Publique France, les moins de 6 ans représentent plus de la moitié des noyades en piscine privée ou de loisir. 

Si les tout-petits échappent aux jambes de leurs parents, la deuxième catégorie à risque obéit à d'autres hormones : les adolescents. "Eux, leur spécialité, c'est de faire n'importe quoi pour impressionner les filles", grimace Bertrand.

Deux classiques alimentent son registre d'incidents quotidiens. D'abord, les sauts acrobatiques non maîtrisés depuis le rebord, au risque de percuter d'autres baigneurs ou de heurter la margelle. Ensuite, une pratique méconnue mais redoutable : les concours d'apnée prolongée. En retenant leur respiration trop longtemps après une hyperventilation, les jeunes s'exposent à la syncope anoxique. Sous l'eau, le cerveau s'éteint sans prévenir, sans mouvement de panique ni appel au secours.

Alors, que retenir de cet échange au bord du bassin ? C'est que surveiller ses enfants, ce n'est pas seulement poser les yeux sur eux : c'est être capable de bondir au moindre écart. Je vous laisse, faut que je parte au sport.