Pauline de Saint Remy (Politico)  "60% des recettes de Politico France proviennent des abonnements professionnels, 40% de la publicité et des événements"

Lancé il y a à peine cinq ans en France, Politico compte une trentaine de journalistes pour la production de Playbook Paris et trois verticales professionnelles. Sa nouvelle directrice de la rédaction livre les détails de son modèle.

JDN. Vous venez de prendre la direction du bureau français de Politico, que vous avez contribué à lancer en janvier 2021. Où en est Politico en France aujourd’hui ?

Pauline de Saint Remy est la nouvelle directrice de la rédaction de Politico. © Politico

Pauline de Saint Remy. Politico (fondé aux Etats-Unis en 2007, propriété du groupe allemand Axel Springer depuis 2021, ndlr) se développe de manière constante et progressive en France et nous en sommes très satisfaits. En cinq ans, Playbook Paris, notre newsletter gratuite, a réussi à atteindre 58 000 abonnés (Playbook Paris est la petite sœur de Washington Playbook, London Playbook et Brussels Playbook, entre autres, ndlr). La force de Playbook est son caractère très qualitatif et prescripteur : cette lettre d’information est particulièrement lue par les décideurs politiques et économiques, des personnes de pouvoir et d’influence, en plus du public général amateur de sujets ayant trait à la vie politique.

Nous avons depuis lancé trois newsletters professionnelles, qui sont payantes : Paris Influence, en 2021, qui est un vrai succès avec des taux d’ouverture élevés et des abonnements en croissance continue, puis, en 2024, Energie & Climat et Tech Matin. Chacune de ces verticales dispose d’une équipe dédiée à la production d’une lettre quotidienne, des alertes et des enquêtes. Ce sont des publications quotidiennes très expertes avec des informations en temps réel. Avec Playbook Paris, elles ont également toutes en commun de donner un maximum d’informations exclusives. Le groupe Politico ne communique pas sur les audiences de ses newsletters professionnelles, mais elles se développent au rythme que nous espérions.

A vous entendre, votre site n’a pas une importance capitale...

Le site joue en effet un rôle secondaire pour nous en France : il se résume à une page avec des contenus en français insérés au sein du site politico.eu, où nous publions quelques-uns de nos articles en libre accès et sous paywall (pour ceux réservés à nos abonnés professionnels). Certes, le site politico.eu, essentiellement anglophone, a une importance capitale pour notre groupe. Mais notre stade actuel de développement en France fait que le site n’est pas prioritaire pour le moment, nos produits phares restent nos newsletters. En deux mots, notre but n’est pas de générer du trafic sur nos sites mais bien de développer nos bases d’abonnés.

Quel est votre cœur de cible et comment cherchez-vous à recruter vos audiences et abonnés ?

Notre cœur de cible, ce sont ceux qui font la vie politique et leur entourage. Les décideurs économiques et les cabinets de conseil et de lobbying forment le deuxième cercle avec les professionnels des affaires publiques. En élargissant un peu, nous cherchons également à toucher tous ceux qui s’intéressent à la vie politique. Notre marque de fabrique est le traitement de sujets complexes et techniques de la vie politique de la manière la plus digeste possible avec une bonne touche d’humour, un maximum d’informations exclusives et une approche non-partisane. Le fait que nous apportions un soin particulier au ton fait que nous disposons d’un lectorat assez jeune, en moyenne des quadragénaires. Nous sommes également beaucoup lus par les journalistes. Pour développer nos abonnements professionnels en France, nous comptons sur une équipe d’une quinzaine de commerciaux. 

Comment se répartissent vos recettes entre abonnements et revenus publicitaires ?

Grosso modo, 60% de nos recettes proviennent des abonnements professionnels, 40% proviennent de la publicité et de l’organisation d’événements.

Je n’ai vu que très peu de publicité sur Politico.eu et pas du tout sur Playbook Paris. Vous confirmez que la publicité est utilisée chez vous au compte-gouttes ?

Nous avons très régulièrement des sponsors sur Playbook Paris, surtout depuis l'année dernière, des organisations qui souhaitent avoir une visibilité auprès de notre lectorat. Nous pouvons en avoir aussi sur les autres newsletters Pro, mais cela est moins régulier.

Les tarifs professionnels sont-ils publics ? Existe-t-il des bundles avec d’autres lettres professionnelles de Politico ?

Nos tarifs ne sont pas publics car ils dépendent de plusieurs paramètres : type de structure, nombre d’utilisateurs, nombres de couvertures éditoriales intégrées dans l’abonnement... La grande majorité de nos abonnés “pro" sont en effet abonnés à plusieurs couvertures éditoriales françaises (Tech, Influence ou Energie) ou sectorielles sur différentes géographies (Energie FR, Energy EU, Energy UK)...

Combien êtes-vous à la rédaction française et au total chez Politico ?

Nous sommes une petite trentaine de journalistes à la rédaction de Politico en France, et environ 700 à l’échelle du groupe.

Quels sont vos objectifs et feuille de route pour cette année ?

Notre premier objectif est de consolider nos trois newsletters professionnelles, après une année de forte croissance : nous devons maintenir le niveau d’exigence vis-à-vis de la qualité de notre travail, c’est la clé de notre réussite. Nous avons aussi l’ambition de lancer d’autres verticales professionnelles à terme, c’est en cours de réflexion. Enfin, nous réfléchissons à élargir notre offre gratuite en lançant bientôt un podcast politique, en lien avec Playbook Paris.

Dans un marché média très fragmenté et concurrencé à la fois par les éditeurs historiques, les pure players sur les réseaux sociaux et de plus en plus l’IA, comment développer sa base d’abonnés et de lecteurs ?

Nous avons la chance d’appartenir à un groupe disposant de rédactions fortes dans plusieurs pays. Politico Europe dispose de rédactions à Bruxelles, Londres, Berlin et très bientôt Madrid. A noter que le groupe est dirigé par une même PDG pour l’Europe et les Etats-Unis (Goli Sheikholeslami, ndlr). Nous sommes donc un média international avec des rédactions nationales. Politico en France, c’est un média français. C’est d’ailleurs important pour Politico Europe de continuer à développer cela, d’où l’annonce du lancement d’une newsletter Playbook à Madrid prochainement. Notre force est également dans notre positionnement éditorial assez unique et c’est grâce à cela que je pense que nous ne sommes pas les premiers menacés par les IA : la qualité de l’offre journalistique que nous proposons ne peut pas être remplacée par une IA.