Industrie de la mode : comment assurer la rentabilité des marques tout en réduisant l'impact environnemental du secteur ?

Lectra

L'actualité économique est marquée par l'incertitude mondiale générée par la flambée de droits de douane, qui bien sûr n'épargne pas le secteur de la mode.

Les surtaxes aux montants élevés appliquées à des centres de production clés comme le Vietnam, le Cambodge, le Bangladesh ou la Chine, font mécaniquement grimper les coûts d’approvisionnement des marques de mode, comprimant leurs marges et favorisant des perturbations des chaînes logistiques.

En parallèle, l’ampleur de la controverse suscitée en France par l’arrivée de Shein au BHV illustre l’importance croissante des considérations environnementales, sociales et éthiques chez les consommateurs.

Ainsi, selon une récente étude Ipsos, près de 70% des Français soutiendraient la mise en place de mesures pour freiner le développement des géants chinois de l’habillement en France et en Europe. La moitié de ces consommateurs serait favorable à un renforcement des normes sociales et environnementales pour les vêtements importés, afin de les aligner avec les normes européennes en vigueur.

Faut-il alors choisir entre rentabilité et durabilité ? Non, car les marques et fabricants de mode disposent de leviers technologiques pour faire évoluer leurs manières de produire et de distribuer leurs collections, tout en préservant leurs marges.

Contexte géopolitique et commercial incertain, nouveaux business models, évolution des modes de production et de consommation… autant de facteurs qui mettent à mal la rentabilité des marques

La mode repose sur l’une des chaînes de valeur les plus fragmentées qui soient. A chaque étape – conception, approvisionnement, production, contrôle qualité, logistique, distribution et commercialisation – de multiples entreprises interviennent. Elles sont en outre souvent dispersées aux quatre coins du monde. Coordonner leurs activités pour optimiser l’utilisation des ressources et les délais représente un défi opérationnel bien réel.

Au-delà de cette complexité structurelle, les acteurs historiques de la mode font face à la concurrence agressive de nouveaux entrants, notamment asiatiques. Leur business model, très différent, vise à proposer en ligne un très grand nombre de références à prix réduit, en assurant une production, une commercialisation et un renouvellement très rapides.

Pour rester compétitives, les marques plus traditionnelles doivent désormais multiplier leurs collections, produire en plus petits volumes, et renouveler rapidement leurs gammes.

Sans transformation majeure, les économies d’échelle s’amenuisent, les coûts de conception augmentent, et les marges se réduisent … alors même qu’il faut répondre en parallèle aux exigences accrues des consommateurs et des règlementations régionales en matière de transparence sur l’origine et l’impact environnemental des produits. En Europe, le règlement européen introduit de nouvelles exigences sur la conception et l’étiquetage des produits, et il a prévu la création d’un passeport numérique de produit.

En activant des leviers technologiques, elles peuvent concilier performance économique et engagement responsable. C’est précisément l’ambition portée par le concept d’éconogie, qui vise à réconcilier responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) et impératifs économiques. Ce modèle invite les marques à ne plus choisir entre rentabilité et écoresponsabilité, mais à les faire coexister durablement au cœur de leur stratégie. Le secteur de la mode s’approprie désormais les technologies digitales et l’automatisation, en plaçant les données au cœur de ses opérations. Cette transformation facilite sa transition vers l’éconogie. En optimisant l’usage des ressources, en réduisant les déchets et en favorisant une production plus écoresponsable, ces approches technologiques deviennent de véritables leviers de compétitivité durable. La clé de cette mutation réside dans la gestion de l’ensemble des données recueillies à chaque étape de la chaîne de valeur de la mode : lors de la création, de la production et de la distribution.

La gestion des données, facilitée par l’intelligence artificielle, est la nouvelle clé du succès

La clé pour les marques est de passer d'une réduction des coûts qui vient en réponse à des besoins immédiats à une démarche qui crée de la valeur de manière proactive. Pour cela, elles doivent opérer une transformation digitale complète. Les solutions technologiques, et particulièrement celles utilisant la puissance de calcul de l’IA, permettent désormais aux marques de mode d’optimiser l’ensemble du cycle de vie de leurs vêtements et de leurs collections. En connectant les différents maillons de la chaîne (conception, production, marketing et chaîne d'approvisionnement), les marques deviennent plus intelligentes, plus agiles et plus résilientes. Elles peuvent mieux faire face aux incertitudes économiques.

Grâce à ces solutions, il devient possible de fluidifier toutes les étapes de production. Par exemple, les fabricants commandent souvent plus de 10 % de tissu en excédent par rapport à leurs besoins réels alors qu’ils font face à une flambée des prix de la matière première. La puissance de l’IA permet d’anticiper beaucoup plus précisément la quantité de textile nécessaire en renseignant quelques paramètres simples (type de matière, sous-traitant, lieu de production, délais attendus, etc.). Le calcul du placement des patrons de découpe sur les matelas de tissu, optimisé lui aussi par l’IA, réduit au maximum les chutes de tissu – un levier majeur d’économies et de limitation de l’empreinte environnementale, puisque la fabrication de textile est l’étape la plus polluante du cycle de vie des vêtements.

L’IA peut également recommander en temps réel des ajustements, par exemple en cas de rupture d’approvisionnement ou de fluctuation de la demande.

Il est désormais possible de centraliser toutes les données dans une plateforme unique, agissant comme un véritable chef d’orchestre pour améliorer la maîtrise des coûts et des délais, renforcer la réactivité face aux aléas et réduire l’empreinte environnementale. Par ailleurs, l'utilisation de données de meilleure qualité permet une planification plus efficace, réduisant ainsi la surproduction avec un impact significatif sur la rentabilité.

De telles plateformes permettent aux marques de mode d’entrer de plein pied dans l’« industrie 4.0 » en bénéficiant d’un niveau inédit de visibilité et de traçabilité à chaque étape, ouvrant la voie à une industrie de la mode véritablement « augmentée », où chaque décision, du design initial au recyclage, repose sur des faits tangibles en temps réel plutôt que sur l’intuition.

Avec les progrès de l’IA, les marques peuvent aller encore plus loin : bénéficier d’analyses des signaux faibles pour anticiper les tendances, personnaliser l’expérience offerte à leurs clients grâce à des recommandations ciblées, et optimiser la gestion des stocks afin d’éviter les invendus et les coûts associés à ceux-ci. 


Les technologies disponibles permettent également de garantir la traçabilité de la matière utilisée, depuis la production des fibres textiles brutes jusqu’à la mise en vente du produit fini.

L’avenir de la mode est résolument technologique

Face aux bouleversements économiques, concurrentiels et environnementaux qui redéfinissent l’industrie de la mode, la transformation technologique du secteur est inévitable.

En utilisant au mieux les données liées aux étapes de création, de production et de distribution grâce à des plateformes intelligentes, les marques disposent aujourd’hui de leviers concrets pour concilier rentabilité et durabilité.

Les futurs leaders du secteur ne se contenteront pas de produire plus vite ou à moindre coût. Ils répondront de manière rentable aux attentes des consommateurs en assurant des productions à la demande et beaucoup plus respectueuses de l’environnement.
La mode de demain sera intelligente, connectée et responsable… ou elle ne sera pas.