Ciao Energy, Brosti… pourquoi les influenceurs se ruent sur les produits de supermarché
Ciao Energy, Brosti… Les influenceurs débarquent dans les rayons avec leurs propres produits. Simple effet de mode ou nouveau business très rentable ?
Le 1er juin 2026, deux lancements simultanés ont secoué les rayons des supermarchés français. Squeezie, Lena Situations et Inoxtag ont dévoilé Ciao Energy, tandis que McFly et Carlito lançaient Brosti, leurs chips artisanales. Résultat immédiat : rupture de stock chez Monoprix avant même la date officielle, et une vidéo de lancement franchissant les 20 millions de vues en moins de 24 heures. Ces créateurs de contenu ne se contentent plus de placements produits classiques. Ils veulent les marges, les parts de marché et leur nom sur les têtes de gondole.
De youtubeurs à entrepreneurs : un mouvement venu des États-Unis
Tout a commencé hormis-Atlantique. MrBeast, fort de ses 497 millions d'abonnés, lance Feastables en 2022, ses barres chocolatées. Selon Bloomberg, les ventes annuelles atteignent 250 millions de dollars, avec 20 millions de dollars de bénéfices nets. La même année, Logan Paul et KSI imposent leur boisson Prime dans les grandes enseignes. Ces deux exemples ont clairement ouvert la voie. En 2024, MrBeast, Logan Paul et KSI s'associent même pour créer Lunchly, des kits repas destinés aux enfants.
En France, les créateurs de contenu ont rapidement suivi. Mister V lance Pizza Delamama en 2022 : 1,4 million d'euros de chiffre d'affaires en trois mois. Tibo InShape (26,9 millions d'abonnés) structure sa marque InShape Nutrition autour des protéines. Joyca collabore avec Picard sur des crèmes glacées insolites, générant des vidéos dépassant 10 millions de vues. Sissi Mua figure parmi les pionnières de ce mouvement.
Derrière Ciao Energy et Brosti, un architecte discret : Cyrille Jacques, CEO de Banger Ventures, fondée en 2025, avec 20 ans d'expertise en grande distribution. Sa philosophie est nette : il s'agit de construire de vraies entreprises avec les créateurs, pas de vendre des licences d'image. Les influenceurs participent au testing, choisissent les saveurs, assistent aux réunions de direction. Squeezie a même systématiquement opté pour les designs les plus coûteux par attachement à sa communauté.
Une force de frappe hallucinante sur le jeune public
52 millions d'abonnés cumulés pour Squeezie, Lena Situations et Inoxtag. 7,6 millions pour McFly et Carlito sur YouTube. Ces chiffres expliquent pourquoi la grande distribution accueille désormais ces creator-led brands sans hésiter.
Le cycle est désormais rodé : la hype sur les réseaux sociaux génère les demandes en caisse, puis la mise en rayon s'impose naturellement. La communauté devient co-créatrice implicite, testant les saveurs en amont et partageant massivement sur TikTok et Instagram. Brosti se décline ainsi en six saveurs originales (jambon-beurre, couscous-merguez, fraise-chantilly, barbecue, sel de Guérande...) distribuées chez Auchan, Carrefour, Leclerc, Intermarché et Coopérative U, entre autres enseignes.
Le marché des boissons énergisantes illustre parfaitement l'opportunité. L'offre est passée de 27 références en 2021 à environ 50 en 2026, quadruplant en volume. Pourtant, Red Bull et Monster accaparent encore 88% du marché. Ciao Kombucha, lancé par Squeezie en mai 2025, a prouvé que la percée était réelle :
- Meilleure innovation grande consommation 2025 dans les boissons (derrière Procter & Gamble et Lactalis tous produits confondus)
- Taux de réachat de 45%
- Taux de non-remplacement de 97% : seulement 3% des consommateurs lui préfèrent une autre marque de kombucha
Le produit s'apprête même à arriver en Belgique, Luxembourg et Suisse. Ce n'est plus de la viralité éphémère, c'est de l'entrepreneuriat structuré.
Des promesses de produits plus sains sous haute surveillance
Ciao Energy affiche 4 grammes de sucre pour 100 millilitres, contre 11 grammes pour Red Bull classique. La marque revendique aussi une caféine naturelle issue de café vert et de guarana, le tout à 1,49 euro. Franchement, l'argumentaire est séduisant pour des consommateurs soucieux de leur bien-être.
Sauf que les nutritionnistes nuancent fortement. Florence Foucaut, interrogée par 20 Minutes, note que le sucre reste en troisième position dans la liste des ingrédients. Stéphanie Ballot, citée par Science et Vie, rappelle que le corps ne distingue pas une molécule de caféine naturelle d'une molécule purifiée. Raphaël Gruman, nutritionniste à Paris, précise que la guaranine est chimiquement identique à la caféine, avec simplement une libération plus lente.
Libération a relevé l'absence de Nutri-Score sur la canette, signal d'alerte notable. Sur X, Ghaïs GeekNfit dénonce l'ambiguïté des arômes naturels : un arôme naturel fraise provient généralement de copeaux de bois fermentés, techniquement naturel mais trompeur. L'Anses déconseille formellement ces boissons aux mineurs. Problème : près d'un enfant sur cinq en consomme déjà au moins une fois par mois. L'Angleterre a d'ailleurs interdit les boissons énergisantes aux moins de 16 ans. Ces marques de créateurs ciblent les 18-35 ans, mais leur audience réelle est bien plus jeune. C'est là que le modèle commercial révèle ses contradictions les plus profondes.