Devons-nous parler de GEO au pluriel ?

EY Fabernovel

Les IA ont ouvert un nouveau front : citations volatiles, règles mouvantes, hiérarchies qui se renversent. C'est la fin d'un usage uniforme du search.

En l’absence d’un challenger crédible, capable de concurrencer Google sur le marché des moteurs de recherche, le SEO s’est toujours fait au singulier. Avec l’arrivée des outils de recherche IA (ChatGPT, Perplexity, Copilot, Claude, Mistral, Gemini...) s’inscrivant dans le prolongement du search, le terme “GEO” s’est naturellement imposé comme nom d’usage pour décrire les pratiques d’optimisation pour être visible auprès des IA génératives. Cependant, face à cette pluralité d’intelligences artificielles, n’avons-nous pas commis un abus de langage en parlant du GEO au singulier plutôt que des GEO ? Existe-t-il des différences entre les IA nécessitant la mise en place de stratégies d’optimisation multiples ?

Gemini et ChatGPT s’appuient-ils sur des sources différentes ?

Lorsque les logiciels d’IA Search sont apparus, rapidement s’est posée la question de connaître les sites les plus fréquemment cités par ces derniers. Deux mastodontes se sont démarqués aux yeux de l’ensemble des IA : Wikipédia et Reddit avec un taux de citation dépassant les 40 % selon l’étude de Semrush de "The Most-Cited Domains in AI: A 3-Month Study”. Un succès mondial inattendu, notamment pour le forum de discussion américain, bénéficiant grandement des algorithmes IA favorisant les contenus User Generated Content (UGC).

“Comment implanter sa marque sur ces plateformes ?”, est alors devenu La Grande Question pour des marques, jusqu’alors peu présentes. Une véritable “Reddit-mania” s’est même installée au point que le forum a lancé ses propres campagnes publicitaires à travers le monde. Pourtant, selon Semrush, le rêve de s’étendre au-delà des frontières de l’Oncle Sam semble tourner cours pour le réseau orange. En effet, depuis septembre 2025, bien que restant les sources préférées des IA, le taux de citation de Reddit et Wikipédia n’est plus que de 15 %. Ce brusque revirement montre que les mises à jour frénétiques de ces modèles IA dans une guerre déclarée ente géant de la tech américaine, les rendent instables. Dans ce contexte, toute stratégie marketing construite uniquement à travers le prisme des outils IA n’est pas pérenne à moyen terme. C’est pourquoi les marques doivent davantage se tourner vers elles-mêmes pour définir un cap clair.

Les marques dictent aux IA où leurs présences est requise

Les études grand public sur le GEO comme le baromètre AI Brand Tracker publié par Havas Market mettent en exergue une poignée de sites sources cachant une réalité bien plus nuancée pour se faire mieux référencer. Ces dernières sont construites sur un large panel de requêtes utilisateurs mélangeant différente industrie. Or quand on réalise des audits de visibilité GEO plus précis centré sur une entreprise ou une industrie, la réalité est plus contrastée. Par exemple, dans le cadre d’un audit GEO réalisé pour le compte d’un fournisseur d’énergie français, les sites comparateurs sont omniprésents avec près de 40 % de mentions des IA génératives. Une domination sans égale qui s’explique par le fait qu’ils soient indépendants, fiables et présentent en temps réel l’ensemble des offres disponibles sur le marché. Venait ensuite :

- 12 % divers sites d’institutions publiques et aides à la consommation,

- 11,5 % les médias de la presse traditionnel

- 6,7 % des plateformes de services juridiques et administratifs

- 5,5 % plateformes d’avis consommateurs

- 4,7 % les sites des fournisseurs d’énergie eux-mêmes

Cette analyse met en exergue une réalité de marché aux antipodes de la prétendue hégémonie du tandem Wikipédia-Reddit. C’est pourquoi l’audit est particulièrement recommandé afin de connaître la réalité de son secteur d’activité. Les stratégies GEO seront d’autant plus diverses avec l’arrivée de l’Agentic Commerce, l’achat automatisé par IA.

Universal Commerce Protocol, le futur de l’e-commerce

L’Universal Commerce Protocol (UCP) s’inscrit effectivement dans le prolongement du Google Merchant Center, en poussant plus loin la logique d’externalisation des catalogues e-commerce. Là où ce dernier permettait principalement d’afficher des pages produits dans la SERP, cette nouvelle norme développée par le géant de Mountain View redéfinit en profondeur les modalités de la vente en ligne.

Avec l’émergence de l’agentic commerce, l’acte d’achat ne se limite plus à la consultation : directement depuis leur interface augmentée à l’intelligence artificielle, les utilisateurs peuvent consulter des produits, sélectionner des variantes, constituer un panier et finaliser un achat — indépendamment de l’IA utilisée. Si le marchand accepte l’application de paiement du géant de Mountain View ou si une carte bancaire est enregistrée dans le Wallet, la transaction peut même être automatisée. Les acheteurs conservent par ailleurs l’ensemble de leurs avantages, notamment des programmes de fidélité, comme s’ils étaient sur le site du marchand.

Encore en phase de test aux États-Unis, cette nouvelle forme de commerce s’appuie déjà sur un écosystème de partenaires solides, incluant des acteurs bancaires majeurs tels qu’American Express, Visa et Mastercard, ainsi que des géants du retail comme Best Buy, Home Depot, Zalando ou Walmart.

Pour les marchands souhaitant s’inscrire dans cette évolution, trois prérequis sont nécessaires : remplir un formulaire d’intérêt via Google Merchant Center, structurer leurs fiches produites avec l’attribut native_commerce, et s’assurer que leur prestataire de paiement prend en charge les tokens Google Pay.

La fin d’un usage uniforme du search

La manière dont nous accédons à l’information a toujours été façonnée par les grandes ruptures technologiques. Si l’IA en constitue aujourd’hui l’expression la plus visible, elle s’inscrit dans une transformation plus profonde, portée par la multiplication des outils — de l’Organic Search au Social Search, jusqu’à l’AI Search — qui s’est installée en toile de fond au cours des deux dernières décennies. Une évolution structurante, dont l’impact reste encore sous-estimé.

Du côté de l’AI Search, ChatGPT et Gemini dominent le grand public, tandis que des outils comme Claude sont davantage utilisés en contexte professionnel. Dès lors, les priorités diffèrent : pour une entreprise B2B, produire de la documentation technique, contribuer à des revues spécialisées peut primer sur la couverture médiatique traditionnelle.

À l’inverse, dans des secteurs comme le tourisme, l’hôtellerie ou la restauration, les usages sont largement influencés par le Social Search. Plus de 40 % de la Gen Z s’informe via TikTok ou Instagram. Dans ces cas, développer une stratégie de contenu adaptée à ces plateformes devient un levier clé, bien plus que l’optimisation pour des interfaces d’IA de recherche.

Ainsi, selon la nature de son activité et son audience, être visible sur ChatGPT ne constitue pas nécessairement l’alpha et l’oméga d'une stratégie de marketing digital. A titre d’exemple, la croissance fulgurante de la chaîne de restauration Tasty Crousty, avec plus de seize ouvertures en un an, s’est essentiellement appuyée sur une communication humoristique quotidienne sur les réseaux sociaux maîtrisant les codes culturels de la Gen Z dans un univers visuel gamifié inspiré de Grand Theft Auto: Vice City.

A date, les rouages de ces nouvelles interfaces IA demeurent largement opaques pour que l’on puisse parler avec certitude de GEO au pluriel. La stratégie GEO à adopter varie avant tout selon le secteur d’activité, la force de marque et le public cible, au point de rendre ce levier parfois secondaire au profit d’autres canaux comme celui des réseaux sociaux.