Wikipédia ne pèse rien : ce que l'IA de Google cite vraiment

ForgR.co

Nous avons analysé 1 000 requêtes commerciales françaises pour savoir qui Google cite dans ses réponses IA. Sur 4 466 citations, Wikipédia n'apparaît qu'une fois.

On répète depuis deux ans que les intelligences artificielles se nourrissent de Wikipédia et de la grande presse. C'est une intuition raisonnable. Elle est fausse, au moins sur les requêtes qui font vivre une entreprise.

Nous avons soumis 1 000 requêtes commerciales françaises à Google le 12 août 2026, réparties sur dix secteurs, du logiciel professionnel à l'artisanat en passant par l'assurance et le tourisme. Des requêtes que tape un acheteur : « meilleur CRM pour PME », « comparatif logiciel de paie », « plombier tarif horaire ». Pour chacune, nous avons relevé la présence d'une réponse générée par l'IA, l'AI Overview, et la liste complète des sources qu'elle cite. 999 requêtes ont produit un résultat exploitable, et 4 466 citations ont été analysées.

Une première cartographie des sources citées par les réponses IA en France a été publiée dans ces colonnes début août, sur un corpus général de 300 000 réponses. Notre mesure porte sur un autre objet, uniquement des requêtes d'achat, et c'est précisément ce déplacement qui la rend utile : plusieurs résultats s'inversent.

La réponse IA est déjà majoritaire sur les requêtes d'achat

58,6 % des requêtes déclenchent un AI Overview. Le chiffre surprend encore beaucoup de dirigeants, qui associent ces réponses aux questions générales plutôt qu'aux intentions commerciales.

L'écart entre secteurs est plus instructif que la moyenne. Le logiciel professionnel plafonne à 98 %, le marketing et la tech à 90 %, la finance et l'assurance à 78 %. À l'autre bout, le tourisme et la restauration tombent à 33 %, la santé à 38 %, les artisans à 45 %.

La logique n'est pas thématique, elle est économique. Là où Google monétise autrement, avec un bloc Shopping sur les produits ou une carte locale sur les restaurants, la réponse IA s'efface. Là où il n'a rien d'autre à vendre, elle occupe le terrain. Autrement dit, plus votre marché est immatériel, plus l'IA s'interpose entre vous et votre client.

Le mythe de l'encyclopédie

Voici le résultat qui devrait faire réfléchir tous ceux qui construisent une stratégie de contenu.

Sur 4 466 citations, Wikipédia en obtient une. Une seule, soit 0,02 %. Les médias pèsent 5,7 %, les sites institutionnels 1,2 %.

Les sites d'entreprises, eux, captent 68,4 % des citations. Des éditeurs de logiciels, des cabinets, des écoles, des assureurs, des artisans, qui parlent de leur propre offre. Sur l'intention d'achat, Google ne cite pas des encyclopédies. Il cite des vendeurs.

Un domaine domine par ailleurs le classement : YouTube, présent dans plus d'une réponse IA sur deux, y compris sur des sujets aussi peu spectaculaires que les logiciels de facturation. La vidéo est devenue une source de premier rang pour les réponses génératives, ce que peu de directions marketing ont intégré.

Deux compétitions distinctes

42,3 % des domaines cités par les réponses IA n'apparaissent pas dans le top 10 des résultats classiques pour la même requête.

Ce chiffre mérite d'être relu, parce qu'il contredit une décennie de pratique. Être bien classé ne garantit plus d'être cité, et être cité ne suppose plus d'être bien classé. Les deux systèmes lisent le même web mais n'en retiennent pas les mêmes pages, et une entreprise peut parfaitement dominer ses mots-clés tout en étant absente des réponses que ses clients lisent réellement. C'est en mesurant cet écart, l'an dernier, que ma cofondatrice et moi avons fini par construire ForgR.

Le corollaire est financier. Les tableaux de bord qui pilotent aujourd'hui les budgets de contenu mesurent une compétition dont la moitié du résultat leur échappe.

Pas d'oligopole, et c'est une bonne nouvelle

Dernier enseignement, le plus encourageant pour une PME. 1 855 domaines différents sont cités au moins une fois. 63 % d'entre eux ne le sont qu'une seule fois, et les vingt domaines les plus cités ne captent que 19,7 % du total.

Il n'existe donc pas de club fermé des sources citées. Des cabinets comptables régionaux, des intégrateurs, des agences de gestion locative apparaissent aux côtés des grandes marques. La place n'est pas prise.

Une nuance importante toutefois : 60,3 % des réponses IA citent au moins un comparateur, une marketplace ou un site d'affiliation, et seulement 8,7 % ne citent que des marques en direct. Dans l'assurance et les travaux, ces intermédiaires captent plus d'un tiers des citations. Être absent des comparateurs que l'IA cite, c'est laisser un tiers raconter votre marché à votre place.

Ce qu'il faut en retenir

Trois décisions découlent de ces chiffres.

Mesurer ce qui compte désormais, c'est-à-dire la présence dans les réponses IA, et non plus seulement le classement. Écrire des pages qui répondent précisément à une question posée, un prix, un comparatif assumé, un guide de choix, plutôt que des pages vitrines qui ne répondent à rien. Et regarder qui parle de votre marché à votre place, car dans certains secteurs la bataille se joue chez les intermédiaires avant de se jouer chez vous.

Une précision de méthode pour finir. Ces chiffres sont une photographie prise le 12 août 2026, sur ordinateur, en France. Les réponses IA évoluent vite et personne ne devrait présenter ce genre de mesure comme une constante. Les cent domaines les plus cités ont été vérifiés et classés à la main, un par un, pour distinguer une marque qui parle d'elle-même d'un comparateur qui parle des autres. C'est précisément cette distinction que les outils automatiques ratent, et c'est là que se trouve l'information utile.