Blockchain as a Service : quelle solution choisir pour se lancer ?

Blockchain as a Service : quelle solution choisir pour se lancer ? Les offres de BaaS permettent d'expérimenter la chaîne de blocs sans avoir à investir en infrastructures et compétences. HPE, IBM, Microsoft et SAP investissent le segment.

La folie du "as a service" a encore sévi. Après le SaaS, le IaaS, le PaaS, le CaaS (pour Container as a Service) ou encore le BDasS (Big Data as a Service), voici le Blockchain as a Service (BaaS). Un nouveau type d'offres cloud taillées pour déployer des applications à base de chaînes de blocs. Leur principal avantage ? Ces solutions évitent d'avoir à investir dans une infrastructure ad hoc ni même de disposer d'experts de la blockchain en interne, par ailleurs très rares sur le marché du travail.

Comparatif des offres de Blockchain as a Service
Editeur / solution Année de lancement Plateformes prises en charge Modèle tarifaire Références
HPE Début 2018 R3 Corda NC NC
IBM / IBM Blockchain Février 2016 Hyperledger Fabric version 1.0 752 euros par mois Bank of Tokyo, Mitsubishi UFJ, Northern Trust
Microsoft / Blockchain sur Azure Novembre 2015 Ethereum, Hyperledger Fabric, R3 Corda, Chain Core… Lié au stockage, au compute et à la consommation de services cloud NC
SAP / Leonardo Blockchain Mai 2017 Programme Leonardo NC NC

Microsoft a été le premier, en novembre 2015, à proposer une offre dédiée à la blockchain sur son cloud Azure. Elle prend en charge un large choix de plateformes de registres distribués comme Ethereum, Hyperledger Fabric, R3 Corda, Quorum, Chain Core ou BlockApps. En parallèle, la firme de Redmond a porté Solidity dans son environnement de développement Visual Studio. Il s'agit du langage le plus populaire pour programmer des applications (à base de "smart contracts") sur Ethereum. La tarification du service BaaS de Microsoft est particulièrement complexe car elle fait appel à des coûts liés au provisionnement de machines virtuelles, à la puissance de calcul utilisée et à l'appel de bases de données.

Après Microsoft, IBM est l'acteur à offrir la solution de BaaS la plus complète. Big Blue a fourni, dès novembre 2016, des outils de DevOps sur son PaaS Bluemix pour créer, déployer et superviser des applications à base de blockchain. Dans ce domaine, le Crédit Mutuel Arkéa est l'une de ses premières références. En mars dernier, IBM allait un cran plus loin en lançant une offre commerciale de BaaS en bonne et due forme. Elle repose sur Hyperledger Fabric, un projet open source de la fondation Linux d'ailleurs activement soutenu par le groupe américain.

En faisant le choix d'Hyperledger Fabric, IBM vise les réseaux interentreprises à forte volumétrie, pouvant atteindre plus de mille transactions par seconde. En parallèle, il propose un framework de développement (baptisé Fabric Composer) taillé pour créer des API qui pourront s'intégrer à la blockchain existante. Dans sa feuille de route 2018, le groupe a en outre prévu une déclinaison de sa solution qui pourra être installée en interne, tout en bénéficiant de ressources de calcul sur son cloud.

AWS n'est pas présent

D'autres acteurs sont appelés à rejoindre ces pionniers. En novembre dernier, Hewlett-Packard Enterprise (HPE) a annoncé une offre basée sur Corda, la plateforme open source du consortium bancaire R3. Baptisée Mission Critical DLT, elle doit être commercialisée d'ici la fin du premier semestre 2018. Selon Fortune, le service en question s'adresserait en priorité aux établissements financiers mais aussi aux compagnies aériennes et aux constructeurs automobiles.

Benoit Lafontaine est directeur technique chez Octo Technology et expert de la blockchain. © Octo Technology

SAP a lui-aussi l'intention de se positionner sur le BaaS. En 2017, l'éditeur allemand a initié un projet sur ce terrain dans le cadre de son programme d'innovation Leonardo. Sa finalité : mettre en place un registre décentralisé visant à simplifier la gestion de transactions complexes entre plusieurs intervenants. Les entreprises intéressées peuvent rejoindre ce chantier de "co-développement" en remplissant un formulaire en ligne.

Même Baidu, le Google chinois, a lancé son offre de BaaS (en janvier 2018). En revanche, Amazon Web Services (AWS), le leader mondial du cloud public, fait (pour l'heure) l'impasse sur le sujet. A sa dernière conférence annuelle (re:Invent), qui s'est tenue début décembre, Andy Jassy a estimé que les cas d'usage autour de la blockchain restaient limités. Pour autant, le PDG d'AWS ne serait pas, selon Cointelegraph, fermé à l'idée de proposer un tel produit à l'avenir.

Un marché encore émergent

Directeur technique chez Octo Technology, Benoit Lafontaine juge l'offre actuelle de BaaS encore limitée. Si elle permet (en offrant la possibilité de créer rapidement une blockchain privée) "de comprendre la technologie et de toucher au code", son usage se restreint aux projets de preuve de concept (POC). Et dans cette phase d'expérimentation, il faut, selon lui, prendre garde aux changements de performance entre un environnement de test dans le cloud et un environnement de production. "Ce n'est pas en passant par une solution de Blockchain as a Service qu'une DSI apprendra à administrer un nœud Corda", insiste Benoit Lafontaine.

Aux yeux de l'expert, l'idée de centraliser une blockchain chez un même offreur de cloud va en outre à l'encontre de l'idée même de blockchain qui consiste justement à développer une plateforme décentralisée sans tiers de confiance. Reste la possibilité que chaque acteur du réseau héberge son nœud chez le prestataire cloud de son choix. Ce qui limite toutefois l'intérêt de la Blockchain as a Service.

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