Docker : entre développeurs et grands comptes, la start-up se cherche

Docker : entre développeurs et grands comptes, la start-up se cherche La direction de l'éditeur n'a cessé de changer de cap depuis 2017. Son fondateur, Solomon Hykes, est parti et les CEO se succèdent. Où en est la licorne ?

Que se passe-t-il chez Docker ? En deux ans, trois DG se sont succédé. Début 2017, Ben Golub, son CEO historique, cède sa place à Steve Singh, fondateur de Concur. En mai 2019, Rob Bearden, ex-CEO d'Hortonworks, devient à son tour directeur général. Dans l'intervalle, en mars 2018, Solomon Hykes, le CTO et emblématique cofondateur de Docker, quitte le navire. Il est remplacé en octobre par Kal De, ex-VP du développement cloud de VMware. Dans le même temps, d'autres acteurs clés prennent leur distance, tels Jérôme Petazzoni, l'un des premiers ingénieurs de la société, ou Patrick Chanezon, en charge des relations développeurs. Sans compter les départs de plusieurs ingénieurs majeurs : Akshay Vyas, Alfred Landrum, Rajat Goel, Rogelio Guzman ou encore Sam Alba, bras droit de Hykes depuis la création de l'entreprise.

"Ce que vit Docker est loin d'être exceptionnel"

Scott Johnston, manager général Enterprise Solutions de Docker, se veut rassurant : "Docker est la septième start-up par laquelle je passe en 30 ans de carrière dans les technologies. Ce que vit Docker est loin d'être exceptionnel dans le secteur. L'équipe initiale s'en va car l'entreprise grossit, développe de nouvelles technologies et s'attaque à de nouveaux marchés. C'est un grand classique." Le changement de dimension de la structure et l'évolution vers de nouvelles ambitions en ingénierie impliquent de nouvelles compétences. La société a levé au total 273 millions de dollars depuis sa création en 2010, et son dernier tour de table bouclé en octobre dernier s'élève à pas moins de 92 millions de dollars.

Partant de là, il est légitime de se poser la question de la stratégie du Californien qui n'a pas été un long fleuve tranquille. Au départ, la start-up entend ériger une plateforme universelle d'orchestration de containers. Lancée sous l'impulsion de Google, l'infrastructure open source Kubernetes lui raflera la mise en s'imposant dès 2016 comme LE moteur de clusters Docker de référence. A partir de 2017, la jeune pousse change de cap. Utilisée jusqu'alors principalement par les développeurs, son offre, rebaptisée Docker EE (pour Docker Enterprise Edition), est repositionnée comme solution d'entreprise conçue pour acheminer les anciennes applications installées en interne vers les clouds publics. Légers et performants comparé aux lourdes machines virtuelles, les containers logiciels sont présentés comme le réceptacle miracle pour migrer et exécuter ces systèmes dans le nuage.

760 entreprises clients payant

En 2018, nouveau pivot. Docker se résout à faire cohabiter dans son offre Kubernetes aux côtés de Swarm, son orchestrateur de containers historique. Depuis, la stratégie semble commencer à porter ses fruits. "Notre base de clients payant, de 760 entreprises à ce jour, grossit désormais d'une centaine d'organisations chaque trimestre. A travers notre Universal control plan, elles ont la possibilité de recourir aussi bien à Swarm qu'à Kubernetes, voire de combiner les deux", souligne Scott Johnston. Côté développeurs, Docker revendique quelque 80 milliards de téléchargements réalisés sur sa galerie d'apps Docker, le Docker Hub, depuis son lancement en 2016. Au total, le Hub héberge 5 millions d'applications dockérisées dans tous les domaines (serveurs d'applications, bases de données, CMS, logiciels métier…).

Lors de la DockerCon US 2019 fin avril, Docker a livré la version 3 de sa plateforme. Pour l'occasion, Docker EE s'est équipé d'une version Enterprise du Docker Desktop destinée aux postes des développeurs. Compatible avec Linux et Windows et dotée d'un service de support, cette brique leur permet de monter des architectures, Kubernetes ou Swarm, sur leur station de travail. Des architectures déployables ensuite via Docker EE, quel que soit le cloud, privé ou public, avec à la clé une traçabilité de bout en bout du code, celui-ci étant certifié et signé via le Docker Registry.

Une volonté de réconciliation

"Cette approche permet de rassurer les entreprises, et notamment les grands comptes, en proposant une plateforme sécurisée d'un bout à l'autre tout en proposant aux développeurs un outil à l'état de l'art. Bref, il s'agit de réconcilier ces deux mondes autour d'un environnement commun", résume Fabien Amico, CEO de Treeptik (groupe Linkbynet). Et Hervé Leclerc, CTO d'Alter Way (groupe Econocom), d'ajouter : "C'est une manière pour Docker de réagir face à Red Hat et sa plateforme OpenShift (seulement présente sur Linux, ndlr)." Toujours dans l'optique de répondre à Red Hat, Docker a levé le voile, lors de sa DockerCon US 2019, sur un nouvel outil baptisé Docker Pipelin. Il permet de paramétrer des pipelines d'intégration et de déploiement continus. Basé sur Docker Desktop Enterprise, il repose par défaut sur la solution de CI/CD de Jenkins, mais peut intégrer d'autres outils équivalents au besoin.

Autre projet dans la feuille de route de Docker : la sortie prévue pour cet été d'une déclinaison SaaS de Docker EE. Baptisé Docker Enterprise Service, elle a pour but de faciliter la mise en œuvre de preuves de concept, en bénéficiant d'un Docker EE préinstallé et pré-paramétré à iso fonctionnalités, avant de se lancer par exemple dans un déploiement réel sur un cloud public ou privé. "Nous pourrons fournir à la fois Docker Enterprise Service en mode cloud public, mais aussi en local chez le client avec un paramétrage et une maintenance complète à distance", précise-t-on chez Docker. Derrière Docker Enterprise Service, Docker entend cette fois se rapprocher des petites structures voire des développeurs ne disposant pas forcément des ressources et compétences pour déployer Docker EE, et préférant une solution prête à l'emploi.

"Nous avons signé un premier accord avec Capgemini pour proposer une déclinaison SaaS de Docker EE"

La mise en œuvre de Docker Enterprise Service sera prise en charge par des acteurs tiers. "Nous avons signé un premier accord avec l'ESN française Capgemini. Mais il y a des discussions en cours avec d'autres acteurs, et d'autres partenaires devraient être annoncés. Du point de vue client, les fonctionnalités de Docker Enterprise Service resteront les mêmes quel que soit le provider tout comme les engagements de niveau de service", livre Rob Bearden. "Via l'implémentation de Capgemini, les clients peuvent déjà choisir entre AWS et Microsoft Azure pour la partie cloud public et VMware côté cloud privé."

Un nouveau CEO pour faire la synthèse

Pour la suite, Docker a déjà annoncé sa volonté de supporter les offres de Kubernetes as a services des clouds d'Amazon, Google et Microsoft. "In fine, l'idée est de pouvoir déployer et piloter par le biais de Docker EE des clusters Kubernetes que ce soit sur Amazon Elastic Container Service for Kubernetes, Google Kubernetes Engine ou encore Microsoft Azure Kubernetes Engine. Le tout en tirant partie des modèles de sécurité, de management de contenu et de management utilisateur de notre plateforme", indique Rob Bearden. Une aubaine pour les grands groupes qui privilégient une approche multicloud. La prise en charge de ces différentes KaaS est pour l'heure disponible en bêta privée.

Quel sera le rôle du nouveau PDG, dont l'arrivée est officiellement annoncée pour mi-juin ? "Rob Bearden aura justement pour objectif de renforcer nos positions sur la cible des grandes entreprises qui souhaitent capitaliser sur les containers pour faire évoluer leur système d'information vers le cloud. Cela reste une priorité. Mais dans le même temps, il aura aussi pour mission de consolider notre croissance au sein des communautés de développeurs open source. C'est une action qu'il a pu mener avec succès chez JBoss et SpringSource, ou encore comme CEO d'Hortonworks plus récemment"

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