Parker Harris (Salesforce.com) "La mobilité est un axe stratégique pour nous en 2013"

Heroku en Europe, évolution de Chatter, stratégie d'acquisitions... Le co-fondateur de Salesforce.com détaille les grands axes stratégiques du groupe pour 2013, et annonce l'ouverture d'un centre de R&D en France.

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Parker Harris a fondé Salesforce.com avec Marc Benioff, Dave Moellenhoff, et Frank Dominguez. © Salesforce.com

JdN. Où en est votre politique d'acquisitions ?

Parker Harris (Salesforce.com). Nous avons réalisé entre 20 et 25 acquisitions depuis le lancement de Salesforce en 1999. Nous avons acquis des sociétés de toutes tailles. En France, nous avons par exemple acquis Instranet. Son fondateur, Alexandre Dayon, nous a rejoint avec son équipe qui est venue consolider notre présence en France. Nous avons réalisé beaucoup de petites acquisitions, mais aussi des opérations plus importantes, notamment plus récemment pour renforcer notre présence sur le terrain des outils de pilotage marketing en mode cloud. C'est le cas avec Radian6 [dans le social analytics NDLR ] et Buddy Media [dans la gestion de la présence des marques sur les réseaux sociaux NDLR]. 

Nous discutons en permanence avec de nouvelles sociétés que nous serions susceptibles d'acheter. Nous sommes très ouverts. Nous nous intéressons à la fois à des nouveaux segments du SaaS qui émergent, comme des innovations plus confidentielles. Nous savons très bien que nous ne pouvons pas tout inventer. Nous cherchons à adopter une attitude très ouverte vis-à-vis de l'innovation, aussi bien autour des idées qui peuvent émerger en interne, mais aussi en provenance de l'écosystème du cloud. Nous cherchons ainsi à percevoir quel modèle pourrait émerger après le nôtre, et pourrait nous challenger. Certains de ces échanges se concluent par une acquisition, d'autres non.

Vous avez réalisé plusieurs acquisitions en France. Notre pays est-il une région intéressante en matière de start-up dans le SaaS ?

Nous avons effectivement réalisé deux acquisitions en France : Instranet et plus récemment Entropysoft qui nous permet d'ajouter une couche d'intégration de contenu à notre solution de réseau social d'entreprise Chatter. Nous identifions aussi la France comme un pays riche en compétences. Nous annonçons d'ailleurs aujourd'hui l'ouverture d'un centre de développement international à Grenoble. Cette implantation aura pour vocation de développer des technologies de recherche pour l'ensemble de nos produits. Les talents français sont en effet très poussés dans ce domaine. Nous nous intéressons donc pas seulement aux start-up françaises, mais aussi aux compétences. 

"Nous nous positionnons sur le front de la voiture connectée"

Il faut bien comprendre que Salesforce s'inscrit dans une véritable guerre globale des talents. En face, nous avons à San Francisco des acteurs comme Facebook, Google et Twitter. Et sur le domaine de la recherche en particulier, la compétition est très dure. Nous avons découvert que nous pouvions dénicher de nombreux talents dans ce domaine autour de Grenoble. Nous recruterons prioritairement des séniors. 

Allez-vous renforcer votre stratégie de verticalisation ?

A travers notre plate-forme, nous avons bâti des modèles, templates, adaptés à différents secteurs. C'est le cas dans l'assurance par exemple. Axa est d'ailleurs l'un de nos plus grands clients sur ce segment. Nous proposons aussi une offre pour la gestion des services financiers dans le domaine bancaire. Mais également pour l'automobile qui représente un segment stratégique pour nous, notamment depuis l'arrivée chez nous de Patrick Pélata [ex-directeur général de Renault NDLR].

Nous travaillons aussi avec des partenaires prestataires de services, Deloitte, Accenture ou Capgemini par exemple, sur cette politique de verticalisation, notamment dans l'optique de l'implémentation de nos produits. Mais nous accompagnons aussi les projets par le biais d'experts pour s'assurer que leur mise œuvre se passe bien.

Comptez-vous vous positionner sur le segment de la voiture connectée ?

Nous avons lancé une réflexion avec Toyota autour de ce concept. L'idée est de créer une nouvelle relation entre la voiture et son conducteur en s'appuyant sur Chatter. En commercialisant des voitures connectées, plus que jamais, le constructeur ne proposera pas seulement des voitures, mais une expérience, une relation avec le produit, la capacité de savoir où la voiture se trouve, interagir avec elle, être alerté immédiatement en cas de problème technique...

Le produit, en s'inscrivant dans cette connectivité sociale, s'humanise, tout en s'interfaçant avec les processus de CRM, d'achat, de maintenance du constructeur... C'est une réflexion initiée avec Toyota qui a aussi lancé dans la même logique un projet de réseau social d'entreprise autour de Chatter.

Qu'attendez-vous du lancement d'Heroku en Europe ?

Notre PaaS n'est plus limité à une région, mais compte désormais une seconde région en Europe. Certains clients souhaitaient en effet pouvoir choisir où ils opèrent leur application. C'est aussi pour cette raison que nous avons annoncé le lancement d'un datacenter en Europe. Il sera dédié à notre offre Force.com. Il est en cours de construction par NTT Communications au Royaume Uni, et ouvrira courant 2014. L'Europe est la région du monde sur laquelle nous avons le plus progressé en termes de chiffre d'affaires sur notre dernière année fiscale.

Heroku est très utilisé pour les applications mobiles, et plus largement pour les applications marketing ciblant les clients et connectées au CRM de l'entreprise. Coca-Cola utilise notre plate-forme précisément dans ce sens.

"Observez la manière dont Chatter évolue, vous comprendrez dans quel sens nous allons"

Heroku demeure basé sur Amazon. Pourquoi ?

Historiquement, Heroku, que nous avons acquis en 2010, repose en effet sur Amazon. Nous considérons cet acteur clairement comme le leader de l'Infrastructure as a Service, un segment sur lequel nous ne sommes pas présents. C'est donc un excellent partenaire pour nous dans le cadre de l'offre Heroku. Nous n'avons pas pour vocation de nous positionner sur des couches aussi basses. Notre rôle est plutôt d'apporter une valeur ajoutée directe aux métiers et aider l'entreprise à se transformer.  

Comment gérez-vous la remontée d'idées et de demandes des clients portant sur l'évolution de votre offre ?

Nous mettons à disposition de nos clients un service en ligne baptisé IdeaExchange qui leur permet d'exprimer ce qu'ils veulent, et de voter pour les idées soumises. Nous sommes aussi à l'écoute de nos grands clients, parmi lesquels figurent Renault, Axa ou Schneider en France. C'est sur cette base, et avec les remontées que nous pouvons avoir aussi en interne, que nous définissons notre feuille de route. Cette dernière s'articule autour de trois nouvelles versions chaque année. Ces remontées des clients nous ont par exemple incité à acquérir Chatter ou encore à nous focaliser sur la mobilité.

Tous les neufs mois, nous faisons un bilan de l'accueil réservé aux nouveautés. Le SaaS nous donne aussi la possibilité de savoir très précisément comment les fonctionnalités de nos applications sont utilisées, à quel rythme elles sont adoptées.

Vous évoquez la mobilité parmi vos principales pistes d'évolution... Est-ce que cela veut dire que vos principaux travaux sont actuellement centrés sur ce domaine ?

Nous allons effectivement parler beaucoup de mobilité dans les prochains mois. Il s'agit de notre priorité principale pour cette année. Observez bien la manière dont Chatter évolue en ce moment, vous comprendrez dans quel sens nous allons [NDLR la dernière annonce réalisée autour Chatter améliore le partage de fichiers pour les versions iOS et Android de l'outil de réseau social].


Biographie professionnelle : Parker Harris a fondé Salesforce.com avec Marc Benioff, Dave Moellenhoff, et Frank Dominguez en 1999. Responsable de la stratégie produits du groupe, il est en charge des activités de développement jusqu'au lancement des services SaaS du groupe. Auparavant, il a notamment contribué à fonder Left Coast Software, où il était en charge de la définition des politiques liées au cloud comuting. Parker Harris affiche un profil atypique. Diplômé de littérature, il a été très tôt passionné par les mathématiques, les sciences et la programmation.

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