A l'Open CIO Summit, la tentation open source des groupes toujours plus forte

A l'Open CIO Summit, la tentation open source des groupes toujours plus forte Les DSI du Cac 40 mettent en avant le rôle des logiciels libres pour passer outre les technologies commerciales et propriétaires. Avec des indicateurs de résultats financiers à la clef.

Déjà à l'occasion de l'Open CIO Summit 2017, la piste de l'open source comme alternative aux technologies propriétaires avait été mise sur la table. Lors de l'édition 2018 de l'événement, qui s'est tenue le 4 décembre à Paris, la question a été une nouvelle fois évoquée. Dans le cadre du Paris Open Source Summit, ce think tank de DSI aborde chaque année, à huis clos, la place de l'open source dans les stratégies numériques. Le JDN a pu assister à la conférence (pour respecter la confidentialité des débats, nous en réalisons ici un compte rendu anonymisé).

Au-delà d'Oracle, l'open source est désormais perçu par bon nombre des DSI du Cac 40 comme une alternative aux grands fournisseurs de logiciels. Pour preuve : le dernier rapport du Cigref, club informatique regroupant l'immense majorité des groupes du Cac 40, qui a été présenté lors de cet Open CIO Summit 2018 : "L'open source, une alternative aux grands fournisseurs".

"A l'heure où il est demandé aux DSI de conserver des budgets à minima stables, l'open source est une vraie piste pour réaliser des économies dans l'optique de dégager des budgets pour les projets digitaux", souligne un DSI d'une entreprise du Cac 40. Un autre décideur informatique abonde dans le même sens : "Il s'agit d'une réelle voie de recours face aux grands fournisseurs IT qui en demandent toujours plus. Pour l'achat d'une offre, ils nous forcent à acquérir tout un bouquet d'applications. Sans compter les audits qu'ils nous font subir ensuite, qui se terminent au mieux par des négociations, au pire par du chantage."

Oracle toujours en ligne de mire

En vue de réaliser de telles économies, il faudrait néanmoins migrer un nombre relativement important de systèmes. "Ce n'est qu'à partir d'une certaine échelle que cette politique devient rentable. Ce qui rend cette démarche difficile à justifier vis-à-vis des directions générales, notamment si elle est centrée uniquement sur des objectifs d'économie sans inclure des développements digitaux", poursuit un DSI. Reste que l'open source est de facto un point de passage obligé dans l'optique de la transformation numérique. "En matière de DevOps, big data et machine learning, il offre des briques à l'état de l'art au meilleur coût", résume un autre décideur.

Pour faciliter le mouvement, les DSI souhaitent voir les géants américains du logiciel propriétaire porter et certifier leurs applications sur des plateformes et OS open source. "Le balancier évolue. Ces grands providers, au premier rang desquels Microsoft, mettent désormais le cap sur l'open source", constate un autre DSI qui exprime le souhait, à l'instar du Cigref, que se développe plus largement des logiciels libres orientés métier, des ERP, des CRM…

Naturellement, évoluer vers l'open source nécessite de changer de paradigme. Une telle stratégie implique d'adopter une nouvelle culture, orientée développement logicielle, une nouvelle organisation IT, plus collaborative, un nouveau sourcing... Tous les acteurs présents dans la salle en ont bien conscience.

Des millions d'euros d'économie

Pour étayer le propos, un DSI témoigne d'une vaste migration vers l'open source. De bases de données Oracle, son organisation a basculé vers PostgreSQL. De la suite bureautique Microsoft Office, elle est passée à Libre Office. A Red Hat Enterprise, elle a préféré CentOS. Il s'en est suivi des économies qualifiées de "considérables" sur le budget annuel de la DSI (voir la slide ci-dessous). "Il n'en reste pas moins des coûts non-nuls. Nous avons notamment dû recruter deux spécialistes de PostgreSQL avec en plus un budget de maintenance de 40 000 euros par an, deux experts de la gestion du ticketing avec 20 000 euros par an en sus, un pour la CMBD avec 20 000 euros en plus", égraine le responsable.

Slide projetée à l'occasion de l'Open CIO Summit 2018 pour illustrer les économies réalisées lors d'un chantier de migration d'un système d'information vers une infrastructure logicielle open source. © JDN

Enfin, la question de l'open hardware a été abordée. Le projet open source Open Compute a notamment été mis en avant. "En décidant de construire ses propres serveurs, Facebook a réduit son budget d'investissement de 30% et son budget de fonctionnement d'autant. Il a ensuite décidé de mettre les spécifications de sa technologie en open source, considérant que la conception de serveurs n'était pas son cœur de métier, et ce en vue de mutualiser ses efforts de maintenance", indique un spécialiste. Désormais plus de 300 entreprises sont impliqué dans l'Open Compute Project, dont Apple, Cisco, Dell, HP, Intel et Microsoft. Autre exemple mis en avant : l'architecture de processeur open source RISC-V. Une initiative soutenue par Google, Nvidia, Samsung et Western Digital, qui vise à proposer une alternative ouverte aux processeurs propriétaires d'Intel.

"Pour les DSI, il serait cependant encore un peu tôt pour s'engager sur une telle trajectoire", estime l'intervenant. "En revanche si vous avez des moyens en R&D, n'hésitez pas à investir en commençant par un petit rack de serveurs Open Compute. Cette technologie présente pour avantage d'être transparente ce qui va dans le sens de l'auditabilité et de la sécurité des systèmes IT. L'aspect innovant d'un tel projet vous permettra dans le même temps d'attirer des talents". Ce qui, à l'heure de la transformation digitale représente un enjeu clé.

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