Bureautique de l'État : la licence n'est pas le coût de la dépendance

Jgconsultants

La Cour des comptes invite l'État à préparer une bureautique libre en cloud. Reste l'essentiel : non pas changer de fournisseur, mais être capable d'en changer, et le prouver par des tests de sortie.

Bureautique de l'État : la licence n'est pas le coût de la dépendance

La Cour des comptes invite l'État à préparer une bureautique libre en cloud. Encore faut-il mesurer le véritable enjeu : non pas changer de fournisseur, mais être capable d'en changer.

Le 22 octobre, la Cour des comptes a publié son rapport sur les outils bureautiques et collaboratifs de l'État : environ 860 000 postes de travail, 100 M€ de dépenses en 2025, moins de 2 % du budget informatique de l'État. Microsoft Office reste le standard et capte plus de la moitié des budgets. Mais la Cour relève surtout un suivi peu rigoureux des crédits et un manque de visibilité globale. L'État sait ce qu'il paie, pas ce qu'il lui en coûterait de partir.

Une dette qui ne figure pas au bilan

Microsoft 365 est interdit depuis 2021, avec des dérogations temporaires. La gendarmerie et la DGFiP ont choisi le libre, d'autres ministères non. Entre la doctrine et le terrain, il y a ce que j'appelle la dette de dépendance : l'effort reporté, année après année, pour documenter les usages, préserver les compétences et entretenir des solutions de rechange. Elle reste invisible tant que le fournisseur maintient ses conditions. Elle apparaît au moment de renégocier, de migrer ou de subir une rupture d'accès.

Héberger en souverain n'est pas maîtriser

La Cour propose qu'une solution libre en cloud, interne à l'État ou qualifiée SecNumCloud, devienne à terme la norme. L'orientation est juste, mais la souveraineté de l'hébergement n'est pas celle du logiciel : un outil propriétaire hébergé en France reste soumis à la même feuille de route. À l'inverse, le libre n'est pas un label. Un code ouvert ne garantit ni la compétence pour le comprendre, ni la maintenance, ni la reprise d'exploitation.

130 millions : une hypothèse, pas une économie

La Cour estime que l'État éviterait jusqu'à 130 M€ par an avec une solution libre plutôt que propriétaire. Mais une économie potentielle n'est pas une économie réalisée. Coûts de transformation, de compatibilité, de formation et de coexistence restent à documenter. Quant au plan de migration de trois à quatre ans au maximum, il ne prendra sens qu'à une condition : démontrer que l'administration a réellement retrouvé sa liberté de choix.

Déclaré, mobilisable, vérifié

Le capital de maîtrise distingue trois niveaux. Déclaré : la stratégie de sortie figure dans les documents. Mobilisable : équipes, contrats et compétences permettent réellement d'agir. Vérifié : un scénario de migration ou de continuité a été testé, daté et documenté, avec ses limites. Chaque ministère devrait pouvoir dire où il en est pour ses dépendances critiques.

Le débat n'est pas de choisir entre Microsoft et une solution libre ou française comme on change de marque. Il est de savoir ce que l'État doit pouvoir décider et exécuter demain, y compris si son fournisseur change les règles.