Gestion du volume des données : un enjeu à maîtriser au risque de se laisser submerger

Les chiffres relatifs à la croissance des données sont ahurissants. D’ici 2025, les données mondiales produites chaque année atteindront un volume supérieur à 163 Zo.

Vous avez sûrement entendu parler de la loi de Moore qui est née d’une observation du cofondateur d’Intel, Gordon Moore, selon laquelle le nombre de transistors que l’on est en mesure de faire tenir dans un espace donné double tous les deux ans. C’est cette tendance qui a placé la technologie au cœur de notre quotidien et fait tenir un ordinateur dans nos poches : le smartphone. Avec l’avènement de l’ère numérique, nous avons trouvé le successeur des transistors de la loi de Moore : les données.

Les chiffres relatifs à la croissance des données mondiales sont ahurissants. Un livre blanc publié par Seagate et IDC prévoit que, d’ici 2025, les données mondiales produites chaque année atteindront un volume supérieur à 163 Zo. Cela représente une multiplication par plus de 10 du niveau de 2016 (16 Zo), en moins de 10 ans. À titre de comparaison, 1 Zo équivaut à 20 milliards de disques Blu-ray, 163 Zo permettent donc de stocker 489 millions de copies de l’ensemble du catalogue de Netflix. Pour les adeptes de formats plus traditionnels, cela correspond à 40 000 milliards de DVD.

De tels chiffres sont pratiquement trop élevés pour être compréhensibles. Le plus important est cependant de comprendre en quoi ces données vont faire partie intégrante de nos vies. On considère que l’amélioration du matériel va pratiquement de soi. Il s’agit tout du moins d’objets que nous pouvons voir, toucher et utiliser physiquement. À l’inverse, les données nous entourent, mais leur nature incorporelle fait que beaucoup ne sont pas conscients de l’ampleur des changements en cours. Les chiffres ci-dessus servent d’indicateur de ces changements, une invitation à chercher à comprendre exactement comment une augmentation des données mondiales est le reflet d’un changement de notre monde.

Prenez par exemple les véhicules autonomes. Cette technologie suscite l’enthousiasme du public et peut révolutionner un grand nombre de secteurs comme les déplacements personnels ou le transport de marchandises. Nous savons que la conception des systèmes autonomes s’appuiera sur des données et des logiciels. On ne saurait néanmoins suffisamment souligner l’importance de ces données. Confier nos transports à des systèmes dirigés par une intelligence artificielle est une étape importante à franchir. Dès lors que nous dépendons de ces systèmes, à l’image de notre dépendance actuelle à internet, nous devons impérativement garantir la fiabilité des données qu’ils exploitent. Nous abordons un continent qui ne saura fonctionner sans un grand nombre de données.

Il en va de même pour la montée de la blockchain. La technologie blockchain est le système sur lequel s’appuie le bitcoin. Elle est toutefois dorénavant appliquée à différents secteurs comme la banque ou le commerce de détail, et permettra à chaque personne de disposer d’un registre à long terme, personnalisé et incroyablement sécurisé de ses préférences. Il s’agit là d’un type de registre qui n’a jamais encore été proposé et qui représente une quantité phénoménale de données, mais également un potentiel commercial exceptionnel. Alors que les consommateurs commencent à interagir avec l’Internet des Objets (IoT), la possibilité de schématiser leurs préférences et leurs habitudes permettra des interactions d’une efficacité inédite, au bénéfice de toutes les parties.

On estime actuellement qu’une personne a affaire à un dispositif connecté en moyenne près de 4 800 fois par jour. Un tel niveau d’interactions n’est que rarement égalé, ce qui signifie que peu d’autres choses importent autant sur le plan commercial. L’IoT se trouve au cœur de la stratégie des entreprises pour toucher leurs clients, et les données se trouvent au cœur de l’IoT. La façon dont nous exploitons ces données est cependant essentielle. Ainsi, il est uniquement possible de les analyser efficacement si elles sont correctement classées, ce qui impose des systèmes, des logiciels et des personnels dédiés supplémentaires. Les entreprises doivent en être conscientes et s’assurer qu’elles utilisent leurs données de façon appropriée.

Ces questions ne sont pas sans rappeler le paradoxe de la productivité du siècle dernier. Lorsque l’on avait alors remplacé les moteurs à vapeur par des moteurs électriques, on s’attendait à voir la productivité exploser. Ce n’est cependant que plus deux décennies après ce changement que de véritables gains ont pu être observés. Pourquoi cela ? Lors de l’installation des nouveaux moteurs, les directeurs d’usine avaient simplement remplacé les machines à vapeur par des électriques, sans en changer la disposition et en suivant les mêmes procédures. L’industrie avait gagné un nouvel actif, mais les esprits étaient quant à eux restés bloqués dans le passé. Personne n’était prêt à tirer pleinement profit de cette évolution.

Les données constituent peut-être le moteur électrique du XXIe siècle : nous avons beaucoup à y gagner, mais il faudra pour cela nous armer pour parvenir à en tirer le maximum. Aujourd’hui, il faut compter environ 16 milliards de disques durs pour entreprise de 12 To pour stocker les 163 Zo de données qui devraient être générées en 2025. Pour visualiser ce que cela représente, il suffit de savoir qu’au cours des 20 dernières années, le secteur des disques a produit 8 milliards d’unités pour une capacité de près de 4 Zo. Faute de réévaluation rapide du caractère crucial des données pour l’évolution du secteur, beaucoup d’acteurs resteront à la traîne. Les sociétés qui prennent la pleine mesure des données et comprennent comment les intégrer en récolteront les fruits et connaîtront une forte croissance.

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