Nicolas Douay (Better Angle) "Better Angle n'a perdu que 2 deals sur 92"
Better Angle, fondé sur une communauté de près de 200 entrepreneurs-investisseurs, a été le deuxième club de business angels le plus actif de 2025 derrière Kima Ventures en termes de nombre de deals.
JDN. Better Angle est un acteur discret dans le capital-risque français mais demeure très actif. Pouvez-vous présenter la structure ?
Nicolas Douay. J'ai cofondé Better Angle en mars 2023 avec Baptiste Hamel. Après presque 200 investissements early stage en tant que business angels, nous avons souhaité proposer à d'autres investisseurs de nous suivre sur notre approche. Celle-ci est assez différente de celles des fonds VC classiques : nous investissons environ deux chèques de 50 000 à 100 000 euros par mois dans des start-up en pré-seed/seed. Notre modèle se rapproche de celui de Kima Venture qui est le family office de Xavier Niel. Une grosse différence est que nous embarquons avec nous une communauté d'entrepreneurs. Nous avons récolté environ huit millions d'euros pour notre premier véhicule, un deuxième est en cours de levée. Harmattan AI, Naboo, Spore Bio ou encore Faktus font partie de notre portefeuille. Ce sont des sociétés que nous avons financées dès le premier tour et qui ont une traction exceptionnelle. Nous sommes généralistes mais ciblons trois verticales en particulier : la défense/souveraineté, la deeptech et la greentech. Nous évitons de financer les activités nocives pour la planète et pour le cerveau de nos enfants comme les réseaux sociaux. En dehors de ces thèmes, nous regardons presque tous les dossiers. 75% de nos investissements ciblent des entreprises européennes, le reste se répartit entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni.
Parlez-nous de cette communauté d'entrepreneurs. Comment les sélectionnez-vous ?
193 entrepreneurs font aujourd'hui partie du projet. Certains d'entre eux viennent de boîtes bien connues comme Doctolib, Deezer, Frichti, Masteos, Neoness... Nous appliquons plusieurs critères de sélection lorsqu'un investisseur souhaite nous rejoindre. Le principal est d'ordre humain : nous devons sentir que nous partageons les mêmes valeurs, le même goût du risque, et qu'il a pleinement conscience du caractère souvent illiquide de cette classe d'actif.
Pouvez-vous détailler le fonctionnement de Better Angle ? A quel point les entrepreneurs sont-ils impliqués dans la décision d'investissement ?
Baptiste et moi pilotons le deal flow. Tous les investisseurs sans exception sont systématiquement sollicités pour donner leur avis. Un quorum des investisseurs, que nous avons placé à un niveau élevé, est nécessaire pour confirmer l'investissement au nom du véhicule. Cela prend la forme d'un vote : l'opération est validée à une très large majorité de "oui ". On compte environ 20% de nos investisseurs qui sont impliqués de manière très assidue, en nous partageant des opportunités et même en participant aux calls pour qualifier ces opportunités selon leur expertise métier. C'est un vivier de ressources indispensables à notre fonctionnement.
Quels sont les avantages à s'appuyer sur une communauté d'entrepreneurs ?
Ils peuvent apporter leur réseau et leur expertise. Les start-up dans lesquelles on veut investir sont contentes de savoir qu'elles embarquent, à nos côtés, des entrepreneurs qui leur ressemblent. Cela permet de sécuriser notre place sur les tours de table. D'ailleurs, nous n'avons perdu que 2 deals sur 92 ! Enfin, les entrepreneurs connaissent le monde du capital-risque. Ils savent qu'investir dans une start-up est une pratique risquée et qu'ils peuvent perdre leur argent.
Investissez-vous dans des entreprises issues de votre communauté d'entrepreneurs ?
C'est très rare. Même si on a un accès prioritaire aux tours de table, ce n'est arrivé que deux fois. On a même déjà refusé d'investir dans des projets portés par nos membres. Nous avons une thèse assez rigide et tous les projets ne rentrent pas dedans. Nos investisseurs sont les premiers à le comprendre, même quand ils cherchent à lever des fonds.