EU Inc. : Une avancée historique et un chemin qui ne fait que commencer

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EU Inc. marque une avancée majeure pour simplifier la création d'entreprise en Europe, mais son succès dépendra de la capacité de l'UE à harmoniser emploi, investissement et exécution sur le terrain.

Le 18 mars 2026, la Commission européenne a présenté sa proposition pour EU Inc. Celle-ci permettra à tout entrepreneur de créer une société dans l'ensemble des 27 États membres en 48 heures, en ligne, pour moins de 100 €. Une réforme saluée par des milliers de fondateurs européens, dont je fais partie. Mais en tant que dirigeant d'entreprise qui affronte quotidiennement la complexité de l'expansion en Europe, une question s'impose, que Bruxelles continue d'esquiver : et après ?

Un continent en quête d'élan

La réalité, c'est qu'entre 2008 et 2021, près de 30% des licornes nées sur le continent ont fini par délocaliser leur siège social, la grande majorité vers les États-Unis. UiPath, Dataiku et Miro ont toutes démarré en Europe avant de poursuivre depuis d'autres rives, parce que la complexité réglementaire a fini par l'emporter sur les avantages de rester. Là où une startup américaine opère dès le premier jour dans un cadre juridique unifié, un fondateur européen navigue dans un océan de spécificités nationales. C'est précisément ce système qu'EU Inc. cherche à réformer.

Ce qu'EU Inc. apporte concrètement

La proposition va bien au-delà de la simple création d'entreprise. Elle établit une structure de gouvernance unifiée dans les 27 États membres, simplifie les exigences financières et introduit un mécanisme standardisé d'actionnariat salarié à l'échelle européenne, imposé uniquement à la sortie. Elle ouvre également la voie aux transferts transfrontaliers de siège social sans dissolution préalable, ce qui constitue aujourd'hui un obstacle majeur pour les entreprises en croissance.

Un détail révèle l'ambition du texte : EU Inc. supprime les notaires du processus de création, alors qu'en Allemagne notamment, leur intervention obligatoire ralentit considérablement la constitution de sociétés. Éliminer ce type de friction témoigne d'un véritable changement culturel. EU Inc. est, en ce sens, la bretelle d'accès que nous attendions depuis longtemps. Elle ne construit pas l'autoroute, mais elle permet d'y entrer.

L'étape suivante : l'opérationnel

Le vrai coût de l'expansion en Europe réside pourtant dans le premier contrat de travail signé, la première fiche de paie émise, la première déclaration sociale déposée. Chaque embauche transfrontalière impose de naviguer dans des systèmes profondément nationaux où les conventions collectives, les formats de déclaration et les règles de rupture varient considérablement d'un pays à l'autre. Ce n'est pas une critique, mais simplement le prochain défi à nommer.

Ce dont les startups ont besoin, c'est d'une directive sur le statut des travailleurs, car ce sont des aventures à haut risque que les salariés acceptent en échange d'une contrepartie claire, à savoir des mécanismes de partage de valeur portables et des protections adaptées à leur contexte. Appliquer les mêmes règles aux startups qu'aux grandes entreprises n'est ni juste ni efficace.

L'investissement : le chaînon manquant

La proposition ne traite pas suffisamment l'accès au capital. Créer une entité EU Inc. est une chose ; permettre à un investisseur basé à Paris ou Stockholm d'y prendre une participation sans maîtriser les subtilités juridiques de chaque pays en est une autre. Des modèles de contrats harmonisés reconnus dans l'ensemble des États membres rendraient l'acte d'investir aussi fluide qu'aux États-Unis, et enverraient un signal fort à un écosystème qui en a besoin. Sans cela, de nombreux fondateurs continueront à structurer leur activité autour d'une entité américaine, quelle que soit la qualité d'EU Inc.

Une réforme qui se gagnera ou se perdra à l'exécution

L'histoire des réformes européennes invite à la vigilance, non au pessimisme. Trois points méritent néanmoins attention. Le premier est la transposition nationale : la digitalisation doit rester effective sans que des exigences locales ne réintroduisent des frictions. Le second est la compatibilité fiscale : une entité EU Inc. doit être traitée par chaque administration fiscale exactement comme une entité locale, sans zones grises. Le troisième est une invitation à aller plus loin, avec une directive sur le statut des salariés en startup, des contrats d'investissement harmonisés et un guichet unique de conformité sociale.

Un signal fort, à confirmer dans les faits

EU Inc. envoie un signal longtemps attendu : celui d'une UE engagée à permettre à ses entreprises de croître sans quitter le continent. Ce qui fera de cette réforme un acquis durable, c'est la qualité de sa mise en œuvre ainsi que la volonté d'aller plus loin. Les fondateurs européens ne demandent pas l'impossible. Ils demandent que l'ambition de l'annonce corresponde à la réalité sur le terrain. EU Inc. est un début solide, et la suite appartient à ceux qui vont maintenant l'écrire.