Femtech : et si la mobilisation citoyenne devenait le nouveau levier de financement de l'innovation santé ?

Womed

La santé des femmes reste sous-financée malgré d'importants besoins. Face au recul des investissements, la mobilisation citoyenne et le financement participatif deviennent des leviers d'innovation.

Alors que les femmes représentent plus de la moitié de la population mondiale, moins de 1% des dépenses mondiales de recherche et développement en santé sont consacrées aux pathologies qui les concernent directement. Ce déséquilibre se retrouve naturellement dans l’univers de l’investissement : moins de 2 % des financements mondiaux en capital-risque sont dirigés vers la femtech, ce secteur né il y a tout juste une décennie pour désigner les technologies, services et produits dédiés à la santé des femmes.

Et pourtant, les besoins sont immenses. L’endométriose, aujourd’hui largement médiatisée, a contribué à rendre visible un retard plus profond dans la prise en compte de la santé des femmes. Car derrière cette pathologie se cachent de nombreux autres sujets encore trop silencieux : les fibromes utérins, qui touchent jusqu’à 70 % des femmes, mais aussi les troubles liés à la ménopause ou les saignements gynécologiques chroniques. Souvent banalisées et insuffisamment étudiées, ces pathologies continuent de souffrir d’un manque d’innovations thérapeutiques adaptées aux attentes des patientes.

Cette situation n’est pas uniquement médicale. Elle est aussi culturelle, économique et historique. Car l’innovation en santé s’est historiquement construite autour de trois grands moteurs : l’urgence sanitaire, la curiosité scientifique des chercheurs et le potentiel économique identifié par l’industrie. Or les enjeux de santé féminine sont restés durablement à la périphérie de ces dynamiques. 

Mais ce temps-là est révolu. Car l’élan qui émerge aujourd’hui ne vient plus seulement des laboratoires ou des investisseurs : il est désormais porté par la société civile elle-même.

Visibilité accrue dans les médias, multiplication des prises de parole sur les réseaux sociaux, succès de podcasts comme Bliss Stories, mobilisation associative et communautaire… Les femmes ne veulent plus simplement être soignées : elles veulent être entendues, représentées et pleinement associées aux décisions qui concernent leur santé.

Cette mobilisation dépasse aujourd’hui le simple stade de sensibilisation. Elle redéfinit progressivement la manière dont les citoyens participent à l’innovation médicale. Traditionnellement, les patients étaient essentiellement associés aux essais cliniques ou considérés comme les bénéficiaires passifs des traitements développés. Désormais, associations, collectifs et communautés deviennent également des acteurs de visibilité, d’influence et parfois même d’accélération de certaines innovations. 

L’émergence de postes de Chief Patient Officers au sein de certaines entreprises pharmaceutiques et biotechnologiques illustre cette transformation. De même, la participation croissante d’associations de patients aux délibérations de la Haute Autorité de santé (HAS) ou encore la montée en puissance des “patients experts” témoignent d’un changement profond : les patients ne sont plus seulement destinataires de l’innovation médicale ; ils participent de plus en plus à la définition de ses priorités et à l’adoption de nouvelles pratiques centrées sur leurs besoins réels.

Car les difficultés restent nombreuses. Selon le baromètre des levées de fonds publié par In Extenso, la France a connu en 2025 une contraction marquée du financement santé, avec une baisse de 13 % des montants levés et de 23 % du nombre d’opérations par rapport à 2024. Dans le même temps, les investisseurs concentrent de plus en plus leurs stratégies sur des projets jugés matures et donc moins risqués. 

Dans ce contexte, le financement participatif s’impose comme l’un des nouveaux moteurs de l’innovation en santé. Alors que les investisseurs traditionnels se concentrent sur les projets les plus matures, les citoyens choisissent de soutenir directement les solutions qu’ils jugent prioritaires. Et cette dynamique accélère. Selon l’European Community Capital Landscape 2025, le crowdequity européen  ne cesse de progresser : 354 campagnes réussies en 2025 et 279 millions d’euros levés auprès de 68 800 investisseurs. Les sciences de la vie constituent cette année encore le premier secteur financé, tandis que la France s’impose comme le marché le plus actif en Europe. 

Ces chiffres traduisent une évolution profonde : les citoyens ne veulent plus seulement bénéficier de l’innovation médicale. Ils veulent désormais contribuer à son émergence, accélérer les projets répondant à des besoins longtemps négligés et participer plus directement à la transformation du système de santé.

Pendant trop longtemps, la santé des femmes est restée un angle mort de l’innovation médicale. Mais derrière l’essor de la femtech se dessine peut-être une transformation plus large : une innovation santé plus collaborative, plus connectée aux besoins réels des patients et davantage portée par les communautés elles-mêmes. Demain, les grandes avancées médicales pourraient ainsi naître des priorités que les citoyens choisiront de soutenir.