Bitcoin : nouvel allié pour gérer son épargne face au retour de l'inflation durable
Et si pour se protéger de l'inflation, il était moins risqué d'avoir du Bitcoin que de ne pas en avoir ?
Ce 11 juin, la Banque Centrale Européenne (BCE) a relevé ses taux directeurs. Une première depuis 2023, qui referme officiellement la période des baisses de taux.
La raison tient en un chiffre : 3,2 %. C'est le rythme annuel de l'inflation en zone euro estimé par Eurostat pour le mois de mai, après 3 % en avril et 2,6 % en mars. Bien au-delà de l’objectif de 2 %, et en progression rapide depuis quelques mois.
Cette décision vient acter ce que les observateurs redoutaient : l’inflation est là pour durer, suffisamment pour que cela nécessite une intervention de la Banque Centrale.
Le signal du 11 juin
Pourquoi une banque centrale monte-t-elle ses taux ? Pour renchérir le crédit, freiner la demande et, in fine, contenir la hausse des prix. Le problème, c'est que la poussée actuelle vient d'abord d'un choc d'offre : le pétrole et le gaz coûtent plus cher depuis les tensions autour du détroit d'Ormuz, et ce surcoût se diffuse progressivement dans l'ensemble des prix. Or, monter les taux ne fera pas baisser le baril. Plusieurs économistes critiquent d'ailleurs la décision de Francfort : freiner une économie déjà au bord de la contraction pour combattre une cause qui lui échappe, c'est prendre le risque d'aggraver le mal au nom du remède.
Cette controverse révèle une confusion fréquente. Le mot « inflation » recouvre en réalité deux phénomènes. Il y a la flambée conjoncturelle des prix, celle qui fait la une des journaux et que la BCE tente de juguler. Et il y a un mouvement plus ancien, plus discret et plus profond : l'augmentation continue de la quantité de monnaie en circulation, qui érode le pouvoir d'achat de l'euro année après année, que le baril monte ou descende. La première finira par refluer. La seconde, jamais depuis cinquante ans.
L'inflation, l'impôt que personne ne vote
Faisons un calcul simple. Le Livret A rémunère 1,5 % depuis le 1er février. L'inflation court à 3,2 %. Un épargnant qui y laisse 10 000 euros perd donc environ 170 euros de pouvoir d'achat sur un an. Sans vente, sans krach, sans ligne rouge sur un relevé bancaire. Milton Friedman appelait cela une taxation sans législation : un prélèvement que personne ne vote, que personne ne déclare, et qui frappe d'abord ceux qui épargnent en monnaie.
Trois pour cent par an semblent indolores. Composés sur dix ans, ils amputent un quart du pouvoir d'achat d'un capital. C'est toute la perversité du phénomène : il est invisible à l'échelle d'un mois et considérable à l'échelle d'une vie d'épargnant.
Une monnaie toujours plus abondante
Les chiffres de long terme parlent d'eux-mêmes. Aux États-Unis, l'agrégat monétaire M2, qui mesure la masse monétaire au sens large, a été multiplié par environ 35 depuis 1971, soit une progression voisine de 7 % par an pendant plus d'un demi-siècle. En zone euro, ce même agrégat M2 est passé d'environ 4 600 milliards d'euros en 2001 à plus de 16 000 milliards aujourd'hui : trois fois et demie plus de monnaie en un quart de siècle, quand la production de biens et de services progressait bien plus lentement.
Quand la monnaie abonde, tout ce qui est rare s'apprécie face à elle : l'immobilier, les actions, l'or. Les prix à la consommation que mesure Eurostat sont l'écume. La marée de fond, elle, est monétaire. L'épargnant qui raisonne uniquement en euros ne voit pas la marée monter. Il constate seulement, des années plus tard, que tout est devenu inaccessible.
Bitcoin, un actif rare par construction
Face à une monnaie dont la quantité ne cesse de croître, la parade des épargnants a toujours été la même : détenir aussi ce qui ne peut pas être multiplié. De la terre, des murs, de l'or. Depuis 2009, cette famille d'actifs rares compte un nouveau membre : Bitcoin.
Sa caractéristique décisive tient en un chiffre. Il n'existera jamais plus de 21 millions de bitcoins. Cette limite, qu'aucun État, aucune banque centrale, aucune entreprise ne peut modifier, est garantie par le fonctionnement même du réseau. Plus de 95 % des unités sont déjà en circulation, et le calendrier d'émission du solde est connu à l'avance, jusqu'en 2140. Là où la quantité d'euros dépend de décisions humaines prises sous contrainte politique, la quantité de bitcoins obéit à une règle fixe que chacun peut vérifier. L'or possède cette rareté à l'état naturel ; Bitcoin y ajoute ce que l'or n'offre pas : il se transfère en quelques minutes, se divise à l'infini et se conserve dès quelques euros, depuis un téléphone.
Certes, le prix de cet actif jeune reste volatil : il a reculé de plus d'un tiers depuis son sommet de janvier, après avoir dépassé les 126 000 dollars à l'automne. C'est pourquoi ceux qui s'y intéressent l'envisagent généralement comme une ligne de diversification de long terme, pour une fraction mesurée de leur patrimoine, et non comme un placement de court terme.
Le ralliement de la finance institutionnelle
Cette lecture n'a plus rien de marginal. BlackRock, premier gestionnaire d'actifs au monde, a publié en 2025 une étude au titre explicite, « Bitcoin : un diversificateur unique », y voyant une protection contre les risques budgétaires, monétaires et géopolitiques qui pèsent sur le reste des portefeuilles. Son fonds IBIT, lancé en janvier 2024, est devenu le plus grand véhicule Bitcoin au monde, avec plus de 800 000 bitcoins détenus pour le compte de ses clients début 2026. Larry Fink, son dirigeant, qui qualifiait Bitcoin de vecteur de blanchiment en 2017, le décrit désormais comme de l'or numérique, une classe d'actifs qui protège quand les monnaies se déprécient, et observe que des fonds souverains profitent des baisses pour en accumuler.
La hausse de taux du 11 juin n'arrêtera ni le baril, ni la marée monétaire de fond. Elle rappelle surtout que la valeur de la monnaie dans laquelle nous comptons, épargnons et transmettons dépend de décisions qui nous échappent. Les générations précédentes ont répondu à ce risque avec de l'or. La nôtre dispose d'un actif supplémentaire à étudier. Le connaître ne coûte rien. L'ignorer, si.