Infrastructure informatique : faire du vieux avec du (200)9 ?

Alors que le développement du SOA semble marquer le pas dans les entreprises, la montée en puissance du SaaS et du cloud computing d'une part et des RIA/DIA d'autre part n'indique-t-il pas une inclinaison plus pragmatique du marché ?

Au début de l'année passée, nous nous livrions à l'exercice suivant : dresser pour l'un de nos clients le panorama du système d'information en 2008. Sans surprise, les thèmes des sessions "architecture SI" de ce séminaire gravitaient autour des plus gros buzzwords des trois dernières années : SOA, BPM, MDM, AJAX, RIA, etc.

Comme beaucoup ont pu le constater, les choses ne se sont pas passées exactement comme prévu dans un marché pourtant bien orienté. Décryptage et perspectives.

Avis de grand froid pour les projets SOA

Retour aux réalités

Ça y est, il fallait s'y attendre, le front SOA commence sérieusement à se lézarder : les principaux évangélistes SOA eux même avouent leur désarroi[1] quand ils ne prédisent pas la mort programmée du concept avec l'arrivée de la crise économique mondiale[2] ; les décideurs déjà engagés dans de douloureux projets de refonte SOA affichent quant à eux un scepticisme grandissant quant à l'idée d'un hypothétique retour sur les investissements effectués.

Il faut dire que tout le monde y est allé de bon cœur : la SOA, à l'origine projet d'architecture logique du système d'information, a rapidement dérivé en un projet global d'entreprise très (trop) exigeant envers l'organisation en place. Editeurs, intégrateurs, cabinets de conseil prêchaient alors ensemble la bonne parole à des décideurs sommés de s'adapter sous peine de se ringardiser rapidement ; ambiance big bang garantie.

Est-ce à dire que la SOA est à jeter aux oubliettes ? Bien évidemment, non. Il semble clair que l'approche dogmatique a vécu, mais la SOA a promu avec elle tout un ensemble de concepts qui vont poursuivre en 2009 leur déploiement dans le système d'information, certainement de façon plus pragmatique[3].

Le grand dépoussiérage de l'offre ASP

All-as-a-Service

On peut d'ores et déjà dire sans trop s'avancer que l'on continuera à produire et à consommer des services cette année. Il est même fort probable que le phénomène s'accélère, car c'est là l'une des tendances fortes des années passées : les applications orientées services, ou Software-as-a-Service, rencontrent ainsi un succès croissant comme en témoignent la pénétration spectaculaire des offres de Force.com (CRM), Zoho (Web office) ou encore 37signals (Collaboratif).

Signant une véritable renaissance du mode hébergé, la progression des solutions SaaS est d'autant plus rapide que les efforts fournis vers la SOA leur ont pavé la voie : l'évolution des mentalités, l'émergence de standards d'interopérabilité stables, l'ouverture et la plus grande modularité du SI permettent aujourd'hui d'intégrer plus simplement qu'avant ces nouveaux types de services. La crise leur donnera également un sérieux avantage à l'heure où les entreprises auront naturellement tendance à recentrer leur activité autour de leur coeur de métier.

Le grand retour du mainframe ?

La tête dans les nuages

Cette logique de rationalisation a toutes les chances de s'étendre également très rapidement à l'infrastructure. Les progrès très importants des techniques de virtualisation, d'une part, et la constitution par les gros acteurs du Web d'infrastructures gigantesques à la mesure des besoins de leurs services, d'autre part, a favorisé l'émergence d'offres nouvelles rassemblées sous le vocable très trendy de cloud computing.

De quoi s'agit-t-il si ce n'est ce bon vieux mainframe remis à l'heure du 2.0[4] ? Qu'est-ce qu'un nuage sinon une infrastructure mutualisée dont la facturation s'effectue à l'usage ? N'est-ce-pas précisément le sens du nom d'un des nuages les plus emblématiques du secteur, Amazon Elastic Compute Cloud ? Un mainframe plus léger, plus accessible, plus ouvert, encore plus résilient puisque massivement dispersé, etc.

On l'aura compris, outre le fait qu'il représente un enjeu stratégique pour les fournisseurs de SaaS, le nuage a aujourd'hui tout pour séduire les entreprises cherchant à contrôler les coûts d'hébergement de leurs propres services. Les "gros" ne s'y sont d'ailleurs pas trompés et investissent massivement dans les nuages : Force.com et eBay poursuivent l'extension de leur propre infrastructure ; Google, Amazon, Microsoft, IBM et consorts proposent désormais d'exploiter leurs nuages comme des plates-formes de déploiement déportées (Amazon Web Services, Google App Engine pour citer les plus emblématiques) - on parle maintenant de Platform-as-a-Service ou encore de Middleware-as-a-Service.

Architecture client-services

Le navigateur sort ses griffes

L'orientation service du SI, en marche, combinée à l'émergence, ou la maturation selon les cas, de nouvelles technologies de développement d'interfaces utilisateurs riches sur le Web (RIA) - qui n'a pas entendu parler aujourd'hui d'Adobe Flex - permet d'entrevoir aujourd'hui l'émergence d'applications clientes d'un nouveau genre[5].

Si Internet depuis ses débuts est logiquement attiré côté serveur, il apparaît aujourd'hui que la situation a changé : avec la généralisation du haut débit, voire du très haut débit, la débauche de puissance des ordinateurs individuels, le côté client d'Internet apparaît aujourd'hui comme nettement sous-exploité.

La tentation est grande de profiter de cette puissance disponible et de proposer des applications à l'interface plus agréable et plus efficace, d'autant que ces interfaces continueront à être accessibles par le web classique. Et c'est là la principale caractéristique de ces technologies : le navigateur Web, déployé sur tous les clients, suffit en effet pour diffuser et exécuter ces nouvelles applications moyennant généralement l'installation d'un plugin (cas d'Adobe Flex ou de Microsoft Silverlight) ou non (cas du Google Web Toolkit, qui utilise JavaScript).

Autre atout, et non des moindres, le maintient de la session utilisateur côté client permet de proposer des architectures serveur sans état, faisant exploser les limites usuelles de scalabilité des sites Web et simplifiant grandement le déploiement des services dans les nuages.

Conclusion

Perspectives

Hasardons nous à proposer une architecture possible pour nos SI en 2009 : des clients Internet riches consommant, recomposant et associant des services proposés par des SaaS eux même déployés dans des nuages ?

Pourquoi pas. Le projet, plus pragmatique que feu SOA, décline grâce aux nouvelles technologies des approches plus anciennes et maîtrisées. Si les bénéfices potentiels de ces différentes options et la puissance de leur combinatoire ne font aucun doute, les nombreux obstacles qui ne manqueront pas de se dresser sur la route risquent fort d'écorner cette belle image.


ressources

[1]http://blogs.gartner.com/frank_kenney/2008/11/12/ahh-shucks-soa-is-a-failure/

[2]http://apsblog.burtongroup.com/2009/01/soa-is-dead-long-live-services.html

[3]http://blogs.progress.com/soa_infrastructure/2009/01/goodbye-soa-we-hardly-knew-you.html

[4]http://entreprise2.wordpress.com/2008/10/09/du-mainframe-au-cloud/

[5]http://raibledesigns.com/rd/entry/oscon_2008_web_frameworks_of

Autour du même sujet