Ian Skerrett (Eclipse) "Avec Orion, nous proposons un éditeur Web... en mode Web"

Quel est le bilan du projet 10 ans après son lancement ? Quels sont ses enjeux ? Le point avec le responsable du développement de son écosystème. Une interview réalisée à l'occasion d'Eclipse Day Paris 2011.

JDN Développeurs. Quel regard portez-vous sur les 10 ans d'Eclipse ?

Ian Skerrett. Avions-nous une stratégie au départ ? Pouvions-nous prévoir ce qui s'est passé ? Absolument pas. Y compris d'ailleurs d'un point de vue interne chez IBM, notamment en termes de retour sur investissement. IBM a développé depuis 600 produits reposant sur Eclipse. On peut parler des produits WebSphere et Rational notamment.

Du point de vue de la communauté et du marché, c'est également un succès. Les acteurs ont en effet eu la possibilité de contribuer à l'édifice. En quelques chiffres, Eclipse représente 50 millions de lignes de code produites et plus d'un millier de contributeurs à travers le monde, dont plus de la moitié en Europe. Mais, ce n'est pas propre à Eclipse. Les technologies Open Source sont en effet mieux prises en compte en Europe. Du point de vue de la fondation, nous avons 175 société membres qui participent et soutiennent notre organisation.


Eclipse était issu au départ de l'écosystème des produits WebSphere ? Les liens sont-il toujours aussi fort avec la plate-forme d'IBM, et ses utilisateurs ?


Non. Eclipse est certes toujours un IDE Java. Mais, c'est devenu beaucoup plus que ça aujourd'hui, avec notamment une montée en puissance en direction d'autres langages [ndlr C/C++, PHP, Python, Ruby, CSS, HTML, XML...]. Mais, les liens entre Eclipse et WebSphere, et entre Eclipse et d'autres plates-formes, comme Oracle / Weblogic par exemple, sont comparables. C'est le modèle des plugins qui permet de réaliser des intégrations équivalentes en termes fonctionnels.

 

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Ralph Mueller, directeur de l'écosystème Eclipse en Europe, lors de sa présentation à l'occasion d'Eclipse Day Paris 2011 le 8 novembre. © Zenika

Quel est le poids d'IBM dans le projet. Reste-t-il prépondérant ?

C'est en effet IBM qui a le plus de committers. Ils sont environ 180 salariés d'IBM, ce qui représente 20% des contributeurs. 25% sont des développeurs indépendants. Et la part restante travaille pour d'autres entreprises, parmi lesquelles figurent Oracle, SAP, Thalès, BMW...

Où en est l'implication d'Oracle dans le projet Eclipse ?

Oracle dirige trois ou quatre projets Eclipse. C'est le cas par exemple du projet de serveur d'intégration continue Hudson. Oracle est un des principaux soutiens de la fondation. Il fait partie des membres "Stratégie". 


Quel est l'objectif du projet Orion ?

Ce produit est motivé par deux grandes tendances. En premier lieu, le Cloud qui engendre un nouvel environnement serveur de déploiement. Il implique de revoir les outils de développement. C'est une première chose. Le second point concerne l'émergence des technologies Web. Orion a pour but de proposer un environnement de développement Web, disponible en mode Web. Il est écrit en JavaScript et tourne dans un navigateur Web, en exploitant toutes ses potentialités. Par exemple, il permet de gérer plusieurs vues dans plusieurs onglets du navigateur, chacun donnant accès chacune à un outil : éditeur, navigateur de visualisation, test de performance...


Avec Orion, qui est actuellement disponible en beta 0.3, la logique de développement a été entièrement repensée. C'est d'ailleurs pour cette raison que ce projet n'est pas associé à l'infrastructure Eclipse historique, mais conçu comme un projet à part. Il nécessitait en effet de revoir entièrement l'architecture et le socle de l'environnement. C'est aussi un outil qui est beaucoup plus abordable qu'Eclipse pour les développeurs Web. Un autre aspect réside dans le modèle de plugins d'Orion qui ne fonctionne pas sur un mode d'installation d'extensions, mais plutôt d'intégration avec les outils tiers.

"Les grands industriels français s'impliquent dans Eclipse"

Quelles seront les prochaines grandes évolutions d'Eclipse ?

Je pense notamment aux projets autour du runtime OSGi. C'est notamment le cas d'Eclipse Virgo, une implémentation OSGi qui est issue de Spring Source [et dont la version 3.0 vient d'être lancée]. OSGi peut sembler complexe à aborder, mais cette architecture introduit plus de modularité, et les outils de modélisation contribuent à réduire cette complexité. Un autre projet sur lequel nous travaillons beaucoup est Xtext qui est un outil pour créer des langages spécifiques ciblant un besoin très spécifique, comme celui des langages de bases de données par exemple. De plus en plus de développeurs adoptent ce outil.

A l'initiative de plusieurs grands groupes français, Eclipse a aussi récent mis sur pied un nouveau groupe de travail centré sur le développement de systèmes critiques embarqué. Nous venons tout juste de l'annoncer. L'idée est de disposer d'outils de développement adaptés au niveau de qualité ainsi qu'aux démarches de certification des applications critiques, notamment dans le secteur de l'aéronautique. Parmi les membres de ce groupe figurent Airbus, Thales, le CEA, Atos...


Quel est le positionnement d'Eclipse sur le terrain du développement d'applications mobiles ?

Eclipse est adapté au développement d'applications pour Android, Blackberry et Symbian [ndlr par le biais de plugins]. Ce n'est pas le cas pour l'iPhone et pour Windows Mobile. Mais Eclipse peut néanmoins cibler le développement mobile pur Web. Notez que nous venons également de lancer un groupe de travail sur le terrain du machine-to-machine qui réfléchit à la manière de gérer les échanges directement entre appareils mobiles [le projet Koneti ndlr]. L'idée est de concevoir un protocole standard sur le front du M-to-M.


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