Xavier Garambois (Amazon) "La croissance de 40% d'Amazon nous oblige à de très lourds investissements"

Le premier e-commerçant des Etats-Unis publie un chiffre d'affaires 2010 en très forte croissance, mais un résultat opérationnel en baisse. Explications de son DG France.

Le chiffre d'affaires d'Amazon est en hausse de 39,5 % en 2010, à 34,2 milliards de dollars. Ses ventes aux Etats-Unis et au Canada représentent désormais 10 % de l'e-commerce nord-américain, contre 8,6 % en 2009. Les résultats de l'e-commerçant au quatrième trimestre 2010 ont cependant déçu Wall Street, qui remarque une augmentation du résultat net (8 %) bien inférieure à la croissance des ventes (36 %), un résultat opérationnel en légère baisse ainsi qu'une marge opérationnelle décevante (3,7 %, inférieure au consensus de 4,2 %).

 

JDN. Comment expliquez-vous la baisse du résultat opérationnel d'Amazon au dernier trimestre 2010 ?

Xavier Garambois. Notre taux de croissance de près de 40 % sur l'année nous oblige à continuer à investir dans les infrastructures logistiques de distribution, stockage et expédition. En 2010, Amazon a ouvert 13 nouveaux centres de distribution, dont quatre en Europe, dont un en France à Montélimar. Le nouveau programme "Expédié par Amazon", qui permet aux vendeurs tiers de notre marketplace de nous confier le stockage et l'expédition de leurs produits, se développe bien et nous impose également d'augmenter notre capacité logistique. Nous continuons aussi à faire des investissements autour du Kindle et du business des web services. Tous ces investissements sont des investissements lourds, rendus nécessaires par notre très forte croissance. C'est cela qui a fait réagir le marché.

 

N'est-ce pas aussi votre volonté de rester compétitifs dans un environnement de promotions incessantes, qui vous coûte si cher ?

La première chose qui nous coûte cher est d'offrir la livraison gratuite. C'est l'un de nos postes de dépenses les plus importants. Mais nous préférons rétrocéder immédiatement aux clients le bénéfice que nous tirons de l'amélioration de notre rentabilité.

Sur les produits techniques par exemple, en dehors de segments comme les TV 3D où apparaissent des réseaux de distribution sélective qui tirent les prix vers le haut, la pression à la baisse des prix est très forte, or nous voulons être les moins chers du marché. A nous dès lors de trouver quand même la rentabilité sur ces segments. Sur le principe du kaizen japonais, nous revoyons sans cesse les processus, notamment dans les entrepôts ou dans nos collaborations avec nos fournisseurs, pour "gratter" quelques points de marge et les répercuter sur les prix. Ce qui fonctionne : on voit bien que le groupe conserve une forte rentabilité.

 

Doit-on s'attendre à une amélioration des ratios opérationnels sur les prochains trimestres ?

Une société qui génère 13 milliards de dollars de ventes sur un trimestre, avec une croissance aussi forte, a des flux très importants à accommoder chaque jour. Par ailleurs, lorsqu'on effectue un investissement logistique, au début on est toujours un peu en sur-capacité, c'est normal. Nous allons rester sur des investissements lourds, dans beaucoup de domaines, ce que je trouve extrêmement positif. Nous allons aussi continuer à réaliser des acquisitions. Dans les huit derniers mois, nous avons conclu deux rachats en Europe. Il est bien sûr impossible de prévoir si nous allons conserver ce rythme. En revanche nous avons plus que jamais la volonté de nous diversifier et de tester différents business models, en interne ou en externe. 

 

 

Xavier Garambois, diplômé de l'ESCP-EAP, débute sa carrière en 1994 chez Paribas où il assume différentes fonctions, en particulier d'analyste pour la zone Asie-Pacifique. Il quitte le groupe en 1999 pour cofonder le site marchand de vins Wine & Co en tant que directeur financier, avant de revendre la société à LVMH. Il rejoint Amazon France en 2002 au poste de directeur financier. Il en est depuis 2004 le vice-président et directeur général.

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