Web 2.0 : la grande beta-isation des esprits

Il y a bien - évidemment - une bulle 2.0. Elle semble moins grosse que dans les années 2000, mais personne ne sait en fait exactement ce qu'elle contient. La vérité est qu'elle change de forme à volonté, en fonction des besoins.

De toute part fleurissent les louanges sur le Web 2.0. Visiblement, le Web 2.0 résoudra tous vos problèmes ! Il créera la croissance ! Il vous rendra plus intelligent (mais de façon collective). J'apprends même récemment, dans le JDN, qu'il devrait être beaucoup plus développé en France et que s'il ne l'est pas, c'est la faute à l'ENA !   

Personne ne sait trop ce que recouvre réellement l'expression Web 2.0 (et sur le flou de ce concept repose probablement une bonne partie de son succès).

Pour certains, le Web 2.0 commence avec l'interface utilisateur. Au commencement était le clic. Avec le Web 1.0, vous cliquiez puis, quelques secondes plus tard, vous aviez le résultat. Mais avec le Web 2.0, vous cliquez et immediatement après, une deuxième question apparaît, puis une troisième, le tout de façon si élégante que les messages semblent littéralement voler sur votre écran (qui n'est plus un vulgaire cathodique, bêtement analogique, écran 1.0, mais bien un écran plat, matrice active, bref, 2.0). Au bout de quelques questions, vous avez probablement oublié l'objet de votre demande initiale mais qu'importe ? Il vous reste plein d'hyperliens à l'écran sur lesquels vous pouvez cliquer à loisir : avoir de la suite dans les idées, c'est si peu Web 2.0.

Pour d'autres, le Web 2.0, c'est l'explosion de la vidéo. (Avec bien évidemment YouTube, l'endroit où toute la planète, vous, moi, mon chien, charge ses vidéos du dimanche, une sorte de Vidéo Gag géant, mais sans les gags, c'est dire l'intérêt).

Ou alors, c'est l'endroit où, de façon magique, se crée l'intelligence collective. Définition Web 2.0 de l'intelligence collective : "les e-citoyens sont les experts" (voir aussi une définition légèrement antérieure, donc démodée : "le bon sens est la chose au monde la mieux partagée"). Symbole de l'intelligence collective : Wikipedia, une sorte d'Encyclopedia Universalis, mais plus grosse, beaucoup moins fiable. Le Web 2.0, c'est aussi l'endroit où se crée, tenez-vous bien, des conversations (définition Web 2.0 de la conversation : suite de monologues).

Pour tout investisseur normalement stressé, valoriser financièrement une société au prétexte que son site apparaît sous la forme d'un gracieux fondu enchaîné semblerait un tantinet risqué, mais pourtant, les meilleurs experts nous affirment que non, il n'y pas de bulle 2.0 (pensez-vous ! les leçons du passé ont bien été tirées !) "sauf peut-être dans le non côté où il y aurait quelques exagérations" (ce qui a l'avantage à la fois de ne froisser personne et de concerner tout le monde puisqu'en France, il n'y a pas de société Web 2.0 cotée).

D'ailleurs, il y a une grosse différence entre la bulle des années 2000 et le Web 2.0. Les sociétés 2.0 ont un vrai business model : la pub ! (Bizarre, c'est comme si Bouygues construisait des maisons non pas pour les vendre mais en espérant que Decaux allait y mettre des panneaux publicitaires).

Mais ce qui est bien avec le Web 2.0, c'est qu'on peut lui faire dire vraiment n'importe quoi.

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