Gouvernance internationale de l’Internet : un chemin ardu

Le 15 novembre s'est achevé le Forum de Rio sur la gouvernance de l'Internet. Mais la gestion internationale du Web reste encore à faire.

Quels résultats concrets espérer d'une réunion sur Internet organisée par l'ONU ? Cette question était présente dans la plupart des esprits des 1.300 participants du Forum de Gouvernance de l'Internet qui tenait sa seconde édition du 12 au 15 novembre à Rio de Janeiro.

Ce Forum, issu des conclusions du Sommet Mondial de la Société de l'Information en 2005, n'a en effet aucun mandat pour émettre des conclusions ni même des recommandations. Il aborde pourtant des questions-clés pour l'avenir de l'Internet, et qui nécessitent une coordination internationale accrue : comment lutter contre la fracture numérique ? Comment réduire le fléau du spam ou protéger les données personnelles des utilisateurs ?

L'AFNIC, association en charge de la gestion des noms de domaine en .fr, participait à quatre des trente-huit ateliers organisés. Elle a mis en valeur la pertinence du modèle de coopération qu'elle développe au sein de son Collège International, qui rassemble trente-trois organisations, notamment africaines, pour réduire la fracture numérique et élaborer une stratégie de gouvernance de l'Internet en Afrique.

Elle a également apporté son éclairage sur la question diplomatique centrale de ce Forum de Rio : le rôle de l'ICANN, organisation de droit californien chargée de la coordination technique de ressources critiques de l'Internet comme les noms de domaine ou les adresses IP, sous le contrôle unilatéral du département du commerce américain.

Force est de constater que le sujet n'a été abordé qu'à mots couverts. Même la bataille annoncée entre opposants et tenants de l'ICANN n'a pas eu lieu. Sans doute le dialogue est-il désormais amorcé, mais aucune dynamique de changement n'était perceptible. Beaucoup d'intervenants ont d'ailleurs souligné que l'essentiel (l'accès, la sécurité) était ailleurs.
 
Que retenir de Rio dans ces conditions ?

D'abord la richesse du format de la réunion : en donnant la parole à toutes les parties prenantes (multi-stakeholder en Anglais) sur un pied d'égalité, les 80 ateliers et forums ont foisonné d'idées et de débats qu'on ne retrouve pas dans le format classique des réunions de l'ONU.

Ensuite une certaine frustration sur la cohérence des débats, et plus encore sur la perspective de faire progresser concrètement le Forum. Par rapport à la précédente édition qui s'était tenue à Athènes, certains expriment déjà un sentiment d'essoufflement. Qu'en sera-t-il l'an prochain ?

Au final, la moisson de résultats reste maigre, et composée principalement d'accords de principe sur le multilinguisme ou la protection des mineurs sur Internet. L'enjeu des prochains mois sera donc pour les organisateurs d'identifier des propositions susceptibles de constituer des résultats concrets. Peut-être en encourageant des groupes d'acteurs (consortiums ad hoc, "clubs" de gouvernements ou d'entreprises) à prendre devant le Forum des "engagements" (lettres d'intentions, chartes...).

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