La technologie peut-elle réduire les inégalités d’accès à l’éducation ?

L’accès à l’éducation détermine plus que jamais les opportunités dont on bénéficie au cours de sa vie professionnelle. Les parents recherchent donc le meilleur niveau de formation possible pour leurs enfants, ce qui alimente le marché du soutien scolaire et ses 2 milliards d'Euros annuels.

Soutien scolaire,  une éducation à deux vitesses ?

Le soutien scolaire n'est évidemment pas une alternative à l'Education Nationale, qui reste garant de la qualité de l'éducation de nos enfants. Cependant, selon la lettre VST de décembre 2006 « 80% des parents enquêtés estiment que le soutien scolaire a permis d'améliorer le niveau scolaire de leur enfant ». Bien qu'on puisse débattre de l'impact du soutien scolaire sur le progrès d'un enfant, il n'en reste pas moins qu'il s'établit un fossé économique entre les parents qui peuvent  offrir à leurs enfants une aide scolaire, et ceux qui verront malheureusement les chances de leurs enfants amenuisées - les heures de soutien gratuites promises par le ministère de l'Education Nationale devant atténuer le déséquilibre - .

D'autres inégalités existent : nombre de parents ne connaissent pas les filières de  recrutement des professeurs particuliers et ne savent pas comment les évaluer. De même, les parents habitant dans des banlieues difficiles d'accès, ou en milieu rural, ne bénéficient pas, ou moins facilement, du même accès au soutien scolaire.

Quelle place réelle pour les nouvelles technologies dans l'éducation ?

Les nouvelles technologies promettent depuis longtemps de révolutionner l'enseignement. Certains usages ont complètement intégré notre mode de vie : les élèves d'aujourd'hui auraient du mal à se passer de l'Internet pour leurs recherches documentaires par exemple. Mais de nouvelles applications vont profondément changer la donne, notamment la possibilité de donner des cours interactifs par Internet avec unmicro et une webcam.

On peut alors se demander si ces places de marché vont accentuer les inégalités d'accès au soutien scolaire. Va-t-on avoir d'un coté les foyers aisés dotés d'un nouvel avantage, et de l' autre, les ménages plus modestes laissés de côté par le progrès ? Comme beaucoup d'innovations, c'est l'utilisation qu'on en fait qui apporte une réponse. Le modèle économique le plus répandu consisterait à extraire un maximum de la valeur créée : facturer autant que possible au parent, et payer le professeur particulier un minimum. Dans ce scénario, ni le parent, ni l'élève, ni le professeur ne voit une réelle amélioration de sa situation. Les inégalités se creuseront inexorablement.

Un modèle économique plus équitable est possible !

Lorsqu'il s'appuie sur des modèles communautaires, Internet peut être un véritable facteur de réduction des inégalités. Rien n'empêche de faire de même dans le soutien scolaire. Quid d'une communauté où élèves et professeurs, aux compétences vérifiées, s'inscrivent, passent leur annonce, négocient directement leurs tarifs et horaires, et se retrouvent dans une classe virtuelle pour un réel échange pédagogique ? Bref, un système plus équitable où aucune commission n'est prélevée sur les revenus des professeurs particuliers, souvent des étudiants du supérieur qui cherchent à financer leurs études.

Bien sûr, l'équipement des ménages devra être favorisé, ce qui va dans le sens du plan France Numérique 2012, mis en oeuvre par Nathalie Kosciusko-Morizet, Secrétaire d'État chargée de la prospective et du développement de l'économie Numérique. Cette technologie bénéficiera alors également à l'enseignement traditionnel.

Le contexte actuel de pandémie a mis en évidence l'intérêt des dispositifs à distance. Au delà des cours enregistrés,  un contact en temps réel et interactif entre l'enseignant et sa classe manqueront cruellement. Donner gratuitement accès aux enseignants de l'éducation nationale aux classes virtuelles et leur permettre de garder un lien interactif avec leurs élèves constitue une solution de l'Internet communautaire.

En dehors du contexte de la grippe A, l'utilisation des classes virtuelles s'imposera progressivement, en complément des cours physiques. Ces classes pourront également servir à des groupes de travail virtuels entre étudiants, des classes multi-géographiques pour l'enseignement des langues et l'échange culturel. Elles sont déjà utilisées dans les pays comme l'Inde pour démocratiser l'accès à l'éducation. Il n'est que temps de s'en servir en France pour garantir à tous l'accès au soutien scolaire.

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