Google vs Facebook : et si la guerre de Troie avait de nouveau lieu ?

Facebook peut-il ébranler la position hégémonique de Google comme porte d'entrée sur le Web et 1er vecteur de trafic vers les sites ?

A l'exception notable de la Chine (où il pèse 27% seulement), Google occupe une position super dominante sur le marché de la recherche (environ 60% aux USA et près de 90% en France).

Le moteur est donc installé comme la porte d'entrée sur le web pour une immense majorité d'internautes. Il est en proportion le deuxième pourvoyeur de trafic pour les sites après les accès directs, d'après le baromètre Xiti Monitor
> 45% d'accès direct
> 37 % d'accès via les moteurs de recherche
> 22 % d'accès via des liens externes

Impossible jusqu'alors de développer sa présence et son business en ligne sans payer son tribu à Google à coup d'optimisation de son référencement et autres campagnes d'Adwords.

Oui mais seulement voilà, le raz de marée Facebook qui est en marche pourrait singulièrement changer la donne et défier le roi Google. Facebook se pose comme le premier challenger sérieux proposant une nouvelle porte d'entrée sur le web. Aujourd'hui Facebook compte par exemple plus de 12 millions d'utilisateurs sur le marché français, soit près d'un internaute français sur deux (33 millions, données Médiamétrie mars 2009).

Mais outre le rythme et le volume d'adoption de Facebook, ce sont les nouveaux usages qu'il induit qui me laissent penser qu'il pourrait contester la position d'ultra leader de Google.

Voici de mon point de vue les champs de bataille qui s'ouvrent pour ces deux mastodontes du web :

1- Recherche vs Prescription
La fonction de partage sur Facebook des contenus qu'un internaute juge pertinent de promouvoir auprès de sa communauté, introduit pour les sites de nouveaux leviers de création de trafic très qualifiés. Plutôt que de tomber un peu par hasard au fil de recherches dans Google sur des contenus plus ou moins appropriés par rapport à mon besoin, je suis directement dirigé avec une prescription de ma communauté vers la bonne destination.

Avec une diffusion de plus en plus large des contenus partagés et la croissance en nombre et en volume des communautés, Facebook pourrait bien devenir le 1er levier de génération de trafic devant Google. C'est d'ailleurs déjà presque une réalité pour certains blogs influents dont près de 50% du trafic proviendrait de Facebook et Twitter.

Il me semble que les récents accords passés entre Google, Twitter et Facebook indiquent que Google a bien pris la mesure de cette menace et tente de s'en prémunir en indexant les contenus des réseaux sociaux. La faiblesse des fonctions de recherche actuelles de Facebook et Twitter représentent de ce point de vue de sérieux talons d'Achille.

2- Messagerie e-mail vs Conversations
Gmail est devenu un acteur majeur de la messagerie e-mail. Oui mais la combinaison wall /messagerie proposée par Facebook pourrait détourner une bonne partie des utilisateurs de Gmail qui ne l'utilisent que comme une messagerie personnelle ... autant se rapprocher de sa communauté et participer aux conversations partagées en direct.

Dans ce cas, on pourrait très bien envisager que Google Wave est à nouveau une tentative de s'approprier le "marché des conversations..."

3- Identité numérique et partage des contenus
Le champs de bataille qui me parait pour l'avenir le plus important et aussi le plus disputé est celui de l'identité numérique. Le principe d'avoir un identifiant numérique unique, sorte de passeport on line qui permet d'accéder à l'ensemble des contenus et services nécessitant une authentification est dans l'air depuis un moment. Il représente un enjeu considérable l'acteur détenant le standard de cette identifiant étant alors en position d'occuper une place prépondérante sur le web.

C'est notamment l'ambition portée par le projet Open ID auquel ont souscrit Google, IBM, Microsoft et Yahoo!. Seulement voilà, même si l'ambition est louable, dans les faits Open ID peine à s'imposer comme l'identifiant unique de référence sur le marché.

Et un nouveau venu quant à lui fait une percée remarquée dans ce domaine avec Facebook Connect. Véritable Cheval de Troie lancé par Facebook, Facebook Connect rempli non seulement la fonction d'identifiant numérique mais permet aussi de rapatrier dans Facebook l'essentiel des contenus consultés par l'internaute.

Plus facile en effet d'utiliser ses identifiants Facebook  que l'on utilise très régulièrement que de recourir à son compte OpenID qui n'a pas d'autre fonction que celle de s'identifier et est donc beaucoup moins présent à l'esprit. Plus facile également de commencer sa navigation dans Facebook et d'y retrouver tous les contenus auxquels on a souscrit.

Je parierais volontiers que Facebook Connect vu sa simplicité d'utilisation et son rythme d'adoption finisse par l'emporter sur la norme OpenID qui n'est pas soutenu par un usage social et communautaire aussi fort.

Dans ce domaine de l'identité numérique unique, Google prépare également une riposte avec SideWikis. De quoi s'agit-il ? Avec SideWikis Google ouvre la possibilité aux internautes de commenter dans un volet latéral le contenu du site qui se trouve en regard à partir de leur identifiant Google. Ce système transforme de facto tout le web en réseau social et crée aussi je pense une alternative intéressante à Facebook et Facebook Connect.

Dans le cas de Facebook la logique est de tout "ramener" dans son espace Facebook  en utilisant l'identification par Facebook Connect. Dans le cas de Google SideWikis la logique est de commenter et partager ses contenus directement sur les sites. On retrouve la traditionnelle opposition entre un modèle entièrement propriétaire qui offre une très forte simplicité et une grande homogénéité (suivez mon regard du côté de la marque à la pomme) et le modèle très ouvert et accessible qui a fait le succès de Google.

Difficile de prendre les paris à ce stade, mais je pense que Facebook constitue une menace très sérieuse pour Google qui peine à s'installer sur les réseaux sociaux. En tous cas c'est une bonne nouvelle pour ceux qui redoutent les tentations hégémoniques de Google...

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