Fonds d’amorçage dans l'e-business : quelle rentabilité ?

Les fonds d’amorçage lancés par des entrepreneurs à succès se sont multipliés au cours de la dernière année. Mais quelles sont leurs réelles chances de retour sur investissement ?

« Ces gens se lancent dans un métier formidable » me confiait récemment  un vieux loup de mer de l'investissement institutionnel, le sourire aux lèvres. Mi-sérieux, mi-cynique. Car il est vrai que la plupart des fonds qui, à la grande époque, s'étaient lancés dans l'amorçage, en ont été pour leurs frais. Pratiquement tous, sans exception, ont liquidé l'activité, dans la douleur. Et il est clair que les statistiques, ne serait-ce que sur le capital risque, ne sont pas bonnes.

« Un train qui déraille au ralenti », selon la Harvard Business Review. Aux Etats-Unis, le TRI sur 10 ans des fonds de capital risque est passé de 38% fin 2008 à -0,9% fin 2009, crise oblige. En France, le TRI sur 10 ans à fin 2008 était de 1,3% selon Les Echos (Source AFIC), non encore publié pour 2009. Rien de bien glorieux. Les FCPI levés en 1999 auraient en moyenne perdu 49% de leur valeur, toujours selon Les Echos ! L'amorçage, mais aussi le capital risque n'ont plus la cote, c'est le capital développement qui a désormais le vent en poupe auprès des grands fonds.

Bien entendu, les mauvaises langues diront que les fonds ne connaissent rien à l'entreprise, que ce sont des financiers incapables de distinguer un bon business plan d'un mauvais, etc. Après avoir travaillé avec des fonds pendant de longues années, j'ai souvent pu constater le contraire. Naturellement, il y a comme partout à boire et à manger, mais la plupart des fonds « efficaces » ont intégré des entrepreneurs au sein de leurs équipes ; les profils expérimentés ont connu tellement de situations qu'ils savent immédiatement identifier, à tous les stades de l'entreprise, les « patterns » de succès ou d'échec.

Pourtant, tous pratiquement sans exception ont échoué dans l'amorçage. Cet échec global doit naturellement pousser à la prudence : on peut se dire que tous les précédents ont été mauvais et que maintenant on peut réussir, comme on peut se dire qu'il y a peut-être des aspects structurels dans ces échecs.

Pourtant, l'amorçage peut réussir. Bon nombre de business angels le confirmeront. Ils ont investi 50 ou 100 K€ dans une entreprise qu'ils ont mentoré avec succès. Là où le schéma se complique, c'est lorsque l'on tente d'industrialiser le processus. Investir 100 fois avec des tickets de 100 K€, dans des dossiers aussi bons soient-ils, n'a plus rien à voir. Car toute l'efficacité du mentoring s'effondre dans ce type de dispositif. Ou alors la structure de coût nécessaire pour mener à bien l'accompagnement est telle qu'elle met en péril le dispositif lui-même.

100 dossiers, même pour une équipe de 4 personnes, c'est 25 dossiers à suivre par semaine, c'est 2h à consacrer par dossier, autrement dit...rien pour comprendre les difficultés auxquelles est confrontée l'entreprise, pour proposer des solutions qui ont réellement un sens. Et la promesse d'un formidable carnet d'adresse, d'une notoriété du fonds, pas plus que les 100 K€ investis, ne suffiront à l'entrepreneur en quête d'aide.

Le temps, le temps qui manque, voilà l'écueil. Le fait que les dossiers aient fait l'objet d'une sélection à toute épreuve ne suffit pas : une bonne idée, un bon business plan ne représente que 10% du succès final. Tout est dans l'exécution et la capacité que l'on a à sécuriser cette exécution, notamment sur les phases chaotiques des premiers mois, des premières années.

Bien entendu, le modèle est statistique : sur 100 dossiers, quelques-uns auront un niveau de performance tel qu'à eux seuls ils couvriront les échecs de tous les autres. La théorie. Car, à en croire les fonds qui se sont exercés sur le sujet, le résultat relève plus de la chance que d'autre chose. Et parfois, on peut ne pas avoir suffisamment de chance...

« Ces gens se lancent dans un métier formidable, et ils vont beaucoup nous aider », voilà en réalité ce que me confiait le vieux loup de mer de l'investissement institutionnel en souriant... Car pour faire du capital développement, il faut naturellement des dossiers qui ont réussi à passer le stade de l'early stage. Les fonds d'amorçage auront ce mérite : même s'ils ne sont pas totalement couronnés de succès, ils vont dynamiser le tissu des jeunes entreprises et les fonds classiques seront à l'affut, prêts à prendre le relais.

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