Le business autour d'Osama Bin Laden sur le Web est-il amoral ?

Osama Bin Laden est mort, mais sur Internet le business continue. Des noms de domaine reprenant sont patronyme sont proposés à la vente, ou utilisés pour générer des revenus publicitaires. Dérangeant.

Ils sont au courant de toutes les tendances. D'ailleurs, souvent ils les devancent. Ceux qui comprennent la vraie valeur d'un nom de domaine n'ont pas attendu la mort d'Osama Bin Laden pour se servir de son nom. Au sens propre.
 
Des noms comme www.osamabinladen.com par exemple. On ne peut pas taxer son propriétaire d'opportunisme autour des attentats du 11 septembre 2001, puisque le nom a été enregistré le 27 février 2000. En revanche, on peut se demander ce qu'une société pakistanaise du nom de Computer Reflexes International fait avec un tel nom, en apparence très éloigné de l'informatique. Jusqu'à se connecter sur le site Internet, qui affiche un beau "nom de domaine à vendre, faites une proposition !"
 
Greed is good ! 
Nous sommes donc bien dans des considérations avant tout financières. Peu importe, finalement, si le nom de Bin Laden alimente la tristesse des victimes des attentats d'Al Qaeda et enflamme les passions des partisans du chef terroriste. Du moment qu'on gagne de l'argent. D'ailleurs, pourquoi ne pas enregistrer certaines variantes typographiques fréquemment reprises dans les médias américains comme www.usamabinladen.com ou www.usamabinladin.com ? Les deux mènent vers des sites de liens sponsorisés (vous cliquez sur l'un d'eux, le propriétaire du site est rémunéré par l'annonceur en question) et le premier est également proposé à la vente.
 
Visiblement, ces dépôts sont le fruit de stratégies étudiées. Car comment penser que le nom complet du numéro 1 sur la liste des terroristes les plus recherchés par le FBI puisse être déposé par hasard ? Ce n'est pas comme www.osama.com, le nom de domaine d'une société italienne éponyme, fabricante de stylos et tout à fait légitime.
 
Groupon et le binladen.com, un curieux mélange... 
Mais prenez un nom comme www.binladen.com et la situation devient moins claire. Il est réservé par Pool.com, un spécialiste américain d'enchères sur les noms de domaine qui fait visiblement aussi de l'enregistrement pour le compte de sociétés tierces, puisque ce nom pointe vers le célèbre spécialiste d'achats groupés Groupon ! 
 
Le nom de ce dernier n'apparaît pas sur la fiche donnant le propriétaire du nom de domaine (fiche Whois visible, par exemple, en effectuant une recherche gratuite sur www.indom.com). Mais on peut quand même se demander pourquoi le site de cette société est la destination finale d'une interrogation Internet sur www.binladen.com.
 
Hitler et Mussolini aussi ! 
Peut-être est-ce la preuve que, sur Internet, la notion de nom indésirable n'existe pas. Pour certains, utiliser les noms des personnages les moins fréquentables de l'histoire humaine ne pose pas de problème. Car il n'y a pas que Bin Laden. Faites un tour sur www.adolfhitler.com, propriété de Rick Latona, un "domaineur" américain (lire ma tribune : "Le vol AF 447 n'est pas perdu pour tout le monde" pour mieux comprendre cette activité de spécialiste du nom de domaine). Le nom pointe vers un site de liens sponsorisés, sans rapport avec la signification historique du nom, mais certainement dans le but d'en profiter pour attirer des Internautes qui pourront ensuite cliquer sur les liens publicitaires et générer des profits pour Monsieur Latona.
 
Il y a aussi le www.benitomussolini.com, enregistré par un autre domainer, Thomas McKay. Là aussi, le nom pointe vers un site de liens sponsorisés. Comme on est dans le bon goût, ces liens sont en majorité à tendance militaire (vente de vêtements ou d'accessoires) et illustrés par une photo d'un bombardier de la 2e guerre mondial. Au moins le message est clair.
 
Pas en France ? 
Sur Internet comme ailleurs, les valeurs morales sont différentes d'un pays à l'autre. Ainsi si le .COM, géré aux USA, ne comporte manifestement aucune mesure de protection contre ce type d'enregistrements de noms de domaine, cela n'est pas le cas en France. Depuis toujours, l'Afnic qui gère l'extension .FR, tient une "liste des termes fondamentaux". Il s'agit de mots protégés ou interdits à l'enregistrement.
 
Si l'Afnic ne dévoile pas les termes inscrits sur cette liste, se contentant de préciser qu'elle est "évolutive", on sait que des termes liés aux crimes, aux infractions, aux libertés ou encore aux organismes internationaux y figurent. C'est donc peut-être grâce à cette liste que des noms comme binladen.fr, osama.fr et osamabinladen.fr restent aujourd'hui non enregistrés.
 
Ou pas. Puisque www.adolfhitler.fr existe et pointe vers un site de liens sponsorisés. Alors même si benitomussolini.fr n'est pas non plus enregistré à ce jour, il faut sans doute penser que si le nom du Führer a été autorisé, c'est que ces noms ne figurent finalement pas sur la liste de restriction de l'Afnic.
 
De toute façon, cette liste est appelée à disparaître prochainement, conséquence des révisions de l'article de loi gouvernant les noms de domaine en France afin de renforcer les libertés d'expression et d'entreprendre. Dans cet optique, il était assez logique de ne pas laisser l'Afnic seule juge de ce qui est enregistrable et de ce qui ne l'est pas, qui plus est par le biais d'une liste connue de seul cet organisme.
 
D'un autre côté, liberté d'expression et morale ne font pas toujours bon ménage. Mais là, on touche à une question bien plus large que les seuls noms de domaine sur Internet...

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