M2M : vers un décollage imminent ?

Si le M2M est déjà présent dans de très nombreux domaines, on attend toujours le déploiement massif qu’on nous promet depuis des années. Quels ont été les freins à son développement et pourquoi pourrait-il vraiment décoller à court terme ?

Un rapide rappel pédagogique : le Machine to Machine (M2M) désigne la communication entre machines sans intervention humaine. C’est l’association des réseaux de télécommunications avec des objets dits « intelligents » afin que ces derniers puissent communiquer avec un système d’information sans intervention humaine.

Les raisons observées d’un développement contraint

Levier de croissance, révolution connectée, potentiel énorme…Ces dernières années, le M2M est présenté comme stratégique par l’ensemble des opérateurs télécoms. Pourtant plusieurs éléments ont freiné son déploiement :

  • La marginalisation du prix de la connectivité M2M entraine un ARPU très bas : la majeure partie de la valeur réside dans l’application métier M2M et non dans la connectivité. 

  • Le M2M est un monde hétérogène : il ne fonctionne pas qu’avec du réseau mobile GSM/GPRS. D’autres technologies peuvent être privilégiées pour certaines applications : RFID (marquage d’objet) et autres Radio Fréquences (telemetrie, smart metering), Zigbee (home automation) ou encore Courant Porteur en Ligne (CPL). Toutes ces connectivités constituent un univers complexe à gérer. Même pour les opérateurs télécoms la question mérite d’être posée : la carte SIM est-elle l’unique avenir du M2M ?

  • La standardisation des protocoles de communication, indispensable afin de rationaliser le marché et de faire émerger des modèles économiques stables, n’est toujours pas avérée. 

  • Les applications M2M en temps réel demande une fiabilité totale du réseau et donc une QoS très élevée

  • Certaines applications M2M font émerger un nouveau circuit de distribution des cartes SIM qui sont embarquées et installées directement par les équipementiers. C’est le cas, par exemple, des constructeurs automobiles qui les intègrent dans leur chaine logistique : on assiste donc à la perte de la relation de l’opérateur avec le client final. Au point de se demander si certains constructeurs automobiles ne seraient pas susceptibles de vouloir devenir MVNO M2M ?

S’imposer sur ce marché nécessite donc des investissements importants pour les opérateurs d’autant plus que la réussite des offres M2M passe par des offres spécifiques ciblées par métiers et non par une offre M2M globale. Ces derniers ont alors besoin de marchés de masse, trop rares pour le moment, pour rentabiliser les offres.

Les raisons annoncées d’un développement prometteur

Pourquoi investir dans le M2M ? A cette question, plusieurs réponses sont en passe d’éclairer le développement annoncé.
D’une part, la taille du marché est énorme avec le potentiel de plusieurs millions d’objets connectés. C’est un relais de croissance formidable pour les opérateurs au moment où le marché mobile « voix » arrive à saturation (taux d’équipement + de 100%).
D’autre part, plusieurs marchés sont à présent prêts à « exploser » dans les prochaines mois : automobile, énergie avant livre électronique, santé, etc.
Mais aussi, pour des raisons plus économique. Si l’ARPU connectivité M2M est faible, les contrats sont souvent de longue durée et le taux de Churn tout aussi faible pour des clients ayant des centaines ou milliers de suscriptions: cela pousse les opérateurs à se positionner rapidement sur le marché pour arriver le premier. Dernier point : les opérateurs s’adaptent pour lutter contre un ARPU bas : ils développent des plateformes de services pour apporter de la valeur ajoutée dans des solutions packagées (planification réseau, monitoring d’actif, gestions de flotte). SFR a même développé un système d’information interne spécial M2M afin d’être capable de s’adapter facilement aux modèles économiques de ses clients. Orange, de son coté, se présente parfois comme intégrateur sur certaines offres.
Le marché ou plutôt les marchés du M2M obligent les opérateurs à s’adapter et à proposer des offres sur mesure. A la vue du potentiel du marché, le jeu en vaut la chandelle. Si les techniques sont aujourd’hui matures, les usages ne le sont pas encore dans de nombreux domaines et ce n’est donc que le début d’un vrai engouement.

SIM M2M en France : 68% de croissance mais seulement 4% des SIM actives.

Le marché mondial du M2M (Machine To Machine) qui s’élevait à 11,2 milliards d’euros en 2009, devrait atteindre 27,7 milliards en 2013 (source : Idate). Cette montée en puissance se traduit également sur le marché français avec une croissance constatée de 68% des cartes SIM M2M vendues par les opérateurs sur l’année passée : 2,6M de cartes SIM étaient activées fin 2010 (source : Idate).
Pourtant, bien qu’en forte croissance, les cartes M2M ne représentent encore que 4% des SIM actives et on attend toujours le déploiement massif dans des applications « grand public » qu’on nous promet depuis des années. Car si les technologies M2M sont aujourd’hui disponibles et matures, il reste à faire émerger les usages qui les « démocratiseront » auprès du grand public (exemple : la détection automatique des problèmes techniques de sa voiture, le pilotage à distance du chauffage de son domicile, etc.)
Et ça ne devrait plus tarder. La maturité des technologies, l’intégration par les opérateurs de la consommation au kilo-octet, plus adaptée aux usages M2M souvent peu consommateur, et de la couverture en roaming international à moindre coût (prix de la connectivité garantit en Europe quelques soit le pays dans lequel on se trouve), ont permis l’émergence d’offres tarifaires plus attractives ces derniers mois. Surtout, les conditions semblent aujourd’hui réunies pour que des modèles économiques solides se dégagent autour d’écosystèmes désormais plus mûrs.

Quels sont les marchés à suivre ? La promesse M2M pour le secteur automobile : plus de sécurité et plus de services

S’il ne faut en choisir qu’un, l’automobile est le marché à surveiller cette année. Cela devrait être le 1er secteur à toucher massivement le grand public. Les transports représentent déjà le premier marché M2M en volume grâce notamment à un marché BtoB bien mature, autour des applications de Fleet Management (localisation en temps réel, statut d’activité du véhicule et du conducteur, carnet d’entretien du véhicule, etc.) pour les transporteurs et gestionnaires de flottes. C’est maintenant au tour des voitures des particuliers de se transformer en « SmartCars ». Le marché automobile présente un potentiel énorme avec 2 millions de véhicule immatriculés par an en France.
On peut identifier deux leviers qui encouragent les constructeurs à intégrer la connexion des véhicules dans leur stratégie et leurs chaines logistiques :

  • Améliorer la sécurité. Le projet européen e-call prévoit notamment que toutes les voitures neuves soient équipées d’une carte SIM à partir de 2014 afin d’intégrer un appel d’urgence automatique dans chaque véhicule. Les voitures connectées offrent aussi de nombreux avantages dans la lutte contre le vol (SVR) et pour le diagnostic des problèmes techniques (autodiagnostic).

  • Offrir des services « infotainment » à valeur ajoutée comme axe de différenciation et d’innovation. L’objectif des constructeurs automobiles est bien de donner la possibilité aux conducteurs et passagers de bénéficier d’une galaxie de services cohérente avec un usage en mobilité. Comme prémices des services de demain citons par exemple l’offre Renault Carminat Tom-tom et son navigateur connecté avec cartes SIM GPRS pour services enrichies (info trafic, radars, recherche adresse), l’application Entunes de Toyoya qui permet de bénéficier de services dans la voiture connectée (moteur de recherche, achat de tickets de cinéma, e-radio et création de playlist audio, etc.) ou encore l’option ConnectDrive de BMW qui propose la navigation Internet en Edge sur toute l’Europe avec l’opérateur T-mobile.

L’automobile sera peut-être l’un des premiers mais sûrement pas le seul domaine dans lequel le M2M permettra aux entreprises d’évoluer d’un modèle économique de vente de produits à la vente de services innovants à valeur ajoutée. En plus des transports, l’énergie (télérelevé des compteurs domestiques, pilotage à distance des cuves de gaz, contrôle de la consommation, etc) devrait également soutenir la croissance du M2M dans les mois à venir. Plus généralement, les technologies M2M devraient accroitre la compétitivité des acteurs économiques dans de multiples domaines (exemple: télésurveillance facilité, vitesse de transmission accrue pour les terminaux de paiements,  un professionnel hospitalier suit à distance un patient atteint d’une maladie chronique, un apiculteur surveille à distance ses ruches, etc.)

Bien que quelques freins à son développement subsistent toujours, le M2M s’est peu à peu imposé dans de nombreux domaines, générant des gains de productivité important. La capacité de ces technologies à faire émerger de nouveaux services à valeur ajoutée devrait engendrer un déploiement massif dans les prochains mois et le M2M pourrait donc débarquer très bientôt dans le quotidien des individus.

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