Pourquoi Facebook a-t-il déboursé 1 milliard de dollars pour Instagram ?

Facebook a mis 1Md$ sur la table pour s'offrir Instagram, le service mobile de partage de photos non monétisé aux 30 millions de membres : un coup de tonnerre dans l'univers social et mobile. Retour sur une acquisition qui défraie la chronique.

L’application lancée en 2010 comptait 1 million d’utilisateurs en janvier 2010, 15 millions en décembre dernier et désormais plus de 30 millions. Il aura d’ailleurs fallu moins de 24 heures à sa version Android pour convaincre 1 million de nouveaux utilisateurs la semaine dernière. Cette même semaine l’application mobile de partage de photos levait 50 M$ auprès de Thrive Capital, Greylock Partners, Sequoia Capital et Benchmark Capital pour une valorisation à 500 M$. Une manière sans doute de s’attaquer à Android...
Quelques jours plus tard, Facebook s’empare de l’application dans un deal à 1 Md$ en numéraire et en actions. Devenu leader des réseaux sociaux sur le web en partie grâce aux photos
, Facebook ne souhaitait vraisemblablement pas louper le coche du mobile et cela a un prix. Pourtant une telle valorisation suscite polémique : 13 employés et 30 millions d’utilisateurs pour 1 Md$ nous donnent une valorisation à 33$ du membre pour un service techniquement facile à développer et non monétisé pour l’heure.
Mais on aurait difficilement pu imaginer ce géant laisser Google ou un autre s’accaparer un service aussi stratégique.
Facebook par ce rachat témoigne ainsi de sa réactivité et de sa capacité à rester leader en matière d’innovation sur le digital avant sa prochaine introduction en bourse. On fait alors facilement le parallèle avec le rachat par Google de Youtube en 2006. Ce mouvement témoigne malheureusement aussi d’une difficulté de la firme à imposer une des fonctions originelles de son réseau sur mobile ; sur Instagram une photo peut être partagée via la visite d’une seule et unique page.
Si le service devrait rester relativement autonome pour une intégration en douceur de la communauté, il devrait néanmoins profiter de nombreuses passerelles vers Facebook. On s'attend aussi à ce que son nombre d'utilisateurs double du fait de la version Android sans d'ailleurs considérer la démocratisation des smartphones et l'explosion de leur usage. Ce qui est troublant c’est que Facebook entendait imposer le HTML5 et dépasser les applications. Mais il semblerait que sa volonté de ne pas laisser le partage de photos à un concurrent soit plus importante. D'autant plus que Google lui même avait été contraint d'abandonner en octobre dernier son application de partage de photos Pool Party lancée 4 mois auparavant.
Reste que l’intégration d’Instagram n’est qu’à ses prémisses et que beaucoup y voient aussi une manière de contrer Pinterest ou Path, deux acteurs qui chahutent l’hégémonie de Facebook tant en matière de photo que de mobilité. Cette acquisition constitue donc une nouvelle étape et un réel défi pour Facebook qui devra démontrer sa capacité à intégrer et monétiser ce nouveau produit.

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