E-commerce : plus il y a de fous, moins y a-t-il de riz ?

Si cela continue, il va falloir que le Journal du Net crée un espace dédié aux amorces sages qu'Olivier Bernasson et moi échangeons ici ! Voici donc ma réponse à son harponnage du jour !

Si vous avez raté le début, dépêchez-vous de lire l'épisode E-commerce : Eldorado, couteaux, ciseaux… os ! qui harponne ma précédente réponse à couteaux tirés L'e-commerce a-t-il vocation à devenir une boucherie sans os ?
Olivier explique avec brio et une citation de Michel de Guilhermier son point de vue, de son côté de la rive. Lequel, il le souligne assez justement, n'est pas le même que le mien. Et au milieu, coule une rivière, celle du E-Commerce, qui par définition comprend les e-commerçants, et leurs clients.
Comme taquinerait Twitter : Les clients, qui sont-ils et quels sont leurs réseaux ?
Car voilà ce qui est en jeu, les clients, où, quand, quoi et comment achètent-ils ?

Nous commerçons donc tous, nous e-commerçants, de conserve, au gré des aléas et du débit de l'eau, pour trouver des clients, les fidéliser, trouver de nouveaux clients, les fidéliser, tout en jetant un œil attentif sur nos concurrents qui viennent eux aussi s'installer sur nos rives respectives.


Le point sur lequel je ne suis pas du tout d’accord avec Olivier, c’est le prétendu problème qu'il voit à ce que la rivière ou que son débit change de taille.

"Nous étions, nous dit-il, déjà l’an dernier au Q2, 89 800 convives pour un rôti de 8,9 kg, nous invitons cette année 20 000 affamés de plus pour un gigot de 10,8 kg. Les portions individuelles seront donc mathématiquement, de moins en moins copieuses."
Ne faisons pas dire n’importe quoi aux chiffres. Laissons cela aux hommes politiques !
On ne divise pas le taux de pénétration du e-Commerce par le nombre de e-Commerçants pour calculer le verre à moitié plein ou vide de chacun.
Pour le dire autrement, ceux qui se lancent font grimper le dénominateur alors qu’ils ne contribuent pas au départ à faire monter le numérateur … chacun a son rôle dans cette pyramide des e-commerçants, chacun a ses opportunités, les grands, comme les petits. Seuls leurs challenges sont différents.

Ceci étant posé, lorsque je lis Olivier titrer "Eldorado, couteaux, ciseaux", je sens bien qu'on ne joue pas à chi-fou-mi mais qu'il me prend quand même pour un marchand de pelles et de pioches, ce qui, pour filer la métaphore, ne serait rien d'autres que les cannes à pêche et autres outils de l'orpailleur.
Peut-être même se pose-t-il la question de savoir si c'est honnête ou malhonnête de proposer des pelles et des pioches à des gens qui veulent prospecter un territoire déjà surpeuplé ? Faudrait-il laisser la place à ceux qui sont déjà passés à la pelle mécanique ?
Et le territoire est-il effectivement si surpeuplé quand plus de la moitié des TPME françaises n'a aucune présence en ligne ?

Eldorado ? Si tel est le cas, Oxatis ne vend pas des pelles et des pioches pendant la ruée vers l’or !
Éventuellement, nous louons des modèles que nous contribuons chaque jour à rendre meilleurs que les pelles et les pioches des autres... Et si les e-commerçants qui se lancent n’en trouvent pas l’utilité au bout de quelques mois, ils rendent ces pelles et ces pioches en payant rarement la location !
Si Oxatis prospère, c’est donc bien quand nos clients, ces milliers de e-commerçants qui utilisent nos outils, prospèrent !
Lorsqu'Olivier a créé Pecheur.com, il a eu un espace d’opportunités car il avait l’idée, l’intuition, la connaissance technique… bref il avait une série d’avantages compétitifs qui lui ont permis, en ajoutant, et c'est capital, beaucoup de travail, de créer une très belle entreprise.
Qui empêcherait aujourd'hui pecheur.com de disposer d'un site mobile ? D'une boutique Facebook ? De vendre sur les places de marché ? Rien, ni personne, et cela serait choquant qu’une telle limitation ou des barrières à l'entrée de ces nouveaux canaux existent.

Alors pourquoi y aurait-il un problème à ce que les commerçants aujourd’hui présents dans les circuits traditionnels (boutiques, PME …) se lancent sur le Net ?
Au nom de quoi ne pourraient-ils pas exister et réussir en ligne ?
Souvent je me pose la question concernant les dix premiers sites marchands français : combien commerçaient dans le même métier et avec la même réussite avant d’être en ligne ? Pixmania, CDiscount, Amazon, eBay ? Non. Les seuls sont éventuellement ventesprivées, et encore, pas avec la même position.
Grâce à une vision exceptionnelle et une exécution sans faille de ce que devait être leur métier sur le web versus leur métier dans le monde physique. Pourtant, dans tous les cas, l’Internet marchand a donné à ce top 10 l’opportunité soit de révolutionner leur métier, soit de le créer de toute pièce.
Est-ce pour autant que ceux qui n’ont pas encore saisi l’opportunité de commercer en ligne avec des produits qu’ils vendent par d’autres canaux n’auraient aucune légitimité à se lancer ? Doivent-ils renoncer et mourir sans combattre, sous prétexte qu'ils sont en retard ?

S'il suffisait d'être le premier, les colporteurs ambulants n'auraient eu aucun souci à se faire quand de petits commerces ouvraient en campagne et en centre ville, qui eux-même n'auraient eu aucun souci à se faire quand des hypermarchés  ouvraient en périphérie des villes, etc.

Ainsi va le monde depuis que le commerce existe...

Nous serons effectivement Olivier, une truite, et moi au salon du E-commerce pour poursuivre cette discussion passionnante à laquelle s'il le souhaite il peut convier Michel de Guilhermier.
Je ne crains pas que plus y ait de fous, moins il y ait de riz ;-)


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