Mission Très Haut Débit : pourquoi avoir oublié les entreprises ?

La Mission Très Haut Débit du gouvernement oriente ses travaux vers la couverture du territoire à 100% en réseau de fibre optique. Est-ce vraiment la problématique pour les clients professionnels ?

Au regard des réseaux de fibre optique existants, la couverture du territoire apparaît comme statistiquement satisfaisante. Toute d'abord, les réseaux des opérateurs historiques couvrent de nombreux départements et agglomérations. De plus, grâce aux efforts des collectivités via les Délégations de Service Public (DSP), on a pu constater l'émergence ou l'activation de très nombreux réseaux depuis une décennie. Cet effort a d'ailleurs été effectué dans des zones souvent enclavées car les collectivités ont su très tôt évaluer le Très Haut Débit comme un facteur de compétitivité et d'attractivité et ont su orienter leurs investissements.

Un appui pour de déploiement de nouveaux types de réseau. Ce constat ne permet pas de militer pour de nouveaux déploiements... C'est pourtant le choix qu'on fait certains opérateurs. Et cela malgré des efforts d'investissements très lourds que cette stratégie implique.
Les raisons en sont diverses.
La première motivation tient à la neutralité des réseaux. Le travail de l'ARCEP (Autorité de Régulation des Communications Électroniques et des Postes) en la matière est remarquable. Les orientations prises par cette instance favorisent depuis plusieurs années une concurrence saine dans un secteur concentré, rappelez-vous le débat sur l'accès aux fourreaux. Cependant, la neutralité est un combat quotidien et la réalité est parfois un peu en décalage avec la cible. Du coup, il s'avère stratégique pour un opérateur de disposer de ses propres ressources et notamment sur le sujet du "transport" entre les réseaux de fibre locaux.  C'est grâce à ce transport, qu'un opérateur peut proposer des solutions d'interconnexion, de type VPN.
L'autre motivation tient sur le type de service proposé par l'opérateur. Utiliser le réseau des autres ne permet pas de maîtriser les solutions de bout en bout, d'intégrer sa technologie et ses innovations, sans parler des services.
La mission THD pourrait travailler en priorité sur le développement de ses nouveaux réseaux, en lien avec une politique d'aménagement du territoire.

Le financement du raccordement. Avec ses éléments, on comprend bien que la problématique des entreprises n'est pas la proximité d'un réseau de fibre. Cet aspect est d'ailleurs devenu assez rapidement un critère de choix de site des entreprises lors de leur déménagement, création de nouvelle filiale... Le véritable enjeu pour une entreprise c'est son raccordement au réseau le plus proche. Contrairement aux domiciles des particuliers, raccordés en masse, l'entreprise doit avoir une démarche proactive et faire le choix de décider du raccordement de ses bâtiments. Les travaux et leurs coûts sont du coup perçus comme une charge alors qu'en réalité, ils constituent un investissement. Un investissement d'infrastructure mais aussi vers des solutions de rationalisation des coûts généraux à moyen terme. Prenez une entreprise aux besoins de bande passante élevée. Si elle fait de choix de nombreuses connexions en cuivre pour satisfaire ses besoins, le coût global de gestion, maintenance et de perte de productivité sera souvent très élevé.  
Dans ce contexte, il nous apparaît que les entreprises sont plus en attente de solution de financement des raccordements. Ces solutions peuvent être fiscales, comptables... Ainsi certaines DSP ont fait le choix de subventionner ces raccordements...

Un accompagnement sur les usages. Comme toutes nouvelles technologies, la fibre optique peut paraître inutiles aux entreprises disposant de solutions Haut Débit. Certes, la fibre permet des fonctionnalités identiques aux solutions cuivre (ADSL, SDSL ou EFM). Mais pas seulement. En effet, en plus de temps de réponse proche de zéro, elle permet des débits inégalés et faciles à upgrader sans intervention technique supplémentaire. Le développement des usages numériques rendent nécessaires des bandes passantes plus importantes : Cloud Computing, Téléphonie sur IP, sauvegardes de données... Du coup, l'augmentation moyenne en bande passante d'une entreprise atteint quasiment 50% tous les ans !
D'autre part, les débits de la fibre permettent une nouvelle approche de certaines problématiques. Une entreprise éligible par exemple à du SDSL 4 méga ne pourra pas facilement externaliser ou backuper son infrastructure dans un centre de données. Or grâce aux interconnexions, su le datacenter choisi est raccordé à la fibre optique, l'entreprise peut bénéficier des débits de la fibre sans se soucier de son éligibilité et donc de sa localisation.
Le problème du THD pour les particuliers repose essentiellement sur le financement du déploiement des réseaux, avec des ROI parfois trop faibles pour décider les opérateurs à se lancer dans ce type de projets. Pour les entreprises, l'enjeu du THD est bien plus structurant pour le développement économique de notre pays.
D'une part, il permet de s'orienter des projets d'investissements au cœur de la croissance et de l'emploi. D'autre part, il est au centre de la révolution technologique du XXI° siècle et de la mutation de l'organisation des entreprises.
A quand une mission Très Haut Débit pour les entreprises ?

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